Dans la cuisine, ils s'affrontaient,
Les mots claquaient comme des éclats de verre.
Moi, enroulée dans ma couverture d'enfance,
J'écoutais les murs trembler sous leurs guerres.
Le seuil de ma chambre devenait refuge,
Un sanctuaire rose où je me faisais petite.
On m'avait dit : « Il faut se taire »,
Alors j'ai avalé ma voix, encore et encore.
À douze ans, ma langue s'est risquée,
Mais la gifle est tombée, tranchante et sèche.
On m'a appris que le silence est un bouclier,
Un manteau lourd qui prétend cacher les failles.
« Ne réponds pas, n'aggrave rien,
Le calme se mérite, et la paix est fragile. »
Quand mes rêves d'enfance furent souillés,
Quand des mains sales ont brisé mes barrières,
Je voulais crier, hurler, m'arracher la gorge,
Mais ma voix s'est figée, figée dans l'éther.
Car, vois-tu, on m'a gravé sous la peau
Que parler, c'est ouvrir une guerre qu'on ne gagne pas.
Quand un homme au triple de mon âge
Me traquait dans un sentier désert,
J'ai serré mes clefs, accéléré le pas,
La gorge nouée par des phrases qu'il crachait.
Mais je ne l'ai pas regardé, je n'ai rien dit.
On m'aurait dit que j'avais provoqué,
Parce qu'une fille qui répond, ça se brûle.
Et quand ce garçon a planté ses mots en moi,
Comme des lames aiguisées sous la peau tendre,
Quand ses insultes ont creusé des nuits sans fond,
Quand mes bras portaient les stigmates de mes fuites,
Je suis restée silencieuse, avalant la douleur,
Parce que, tu sais, on nous dit, à nous,
Que garder le silence protège la paix.
Mais où est-elle, cette paix promise ?
Dans les plaies ? Dans les nuits sans lumière ?
Dans les souvenirs qui suintent l'amertume ?
Ce silence, ce poison qu'on m'a enseigné,
N'était qu'un verrou rouillé sur mes espoirs.
Aujourd'hui, mes mots tentent de s'évader,
Pour la petite fille qui se refugiait dans sa chambre rose trop grande pour elle.
