Chapitre 32

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Lorsque j'émergeais du sommeil le lendemain matin, je me sentais étrangement reposée. Quand je daignis ouvrir les paupières, j'eu la surprise de découvrir par la fenêtre un soleil parfaitement levé, déjà haut dans le ciel. Bien plus haut que les matins habituels. Pourquoi Harvey ne m'avait-il pas réveillé ? Je doutais qu'il ne se soit pas réveillé, lui qui était toujours incapable de dormir après le lever du soleil. Était-il arrivé quelque chose durant la nuit ?

Je m'habillais en vitesse, et sortit prudemment de ma chambre. Harvey était là, dans le salon, étalé sur le canapé, occuper a ce qui semblait être zapper chaine après chaine sur la petite télé, sans aucun but.

-Salut, dis-je. On cours pas ce matin ?

-Non, Annie nous donne une dérogation pour la journée. On a tous besoin de reprendre un peu nos esprits, donc pas d'obligations aujourd'hui.

Je le remerciais, et, incapable de retourner me coucher, je sortie. Je errais un moment, seule, sur les chemins terreux, avant de me décider et de changer de trajectoire. Entre les bâtiments du gymnase et le réfectoire, je trouvais l'infirmerie.

Je poussais la lourde porte, et entrait tout simplement. Je pensais trouver une infirmière grincheuse qui me répèterais cinquante fois que je devais laisser mon ami se reposer avant d'accepter de me laisser passer, mais ne trouvais qu'un petit couloir vide, avant de déboucher dans une salle de taille moyenne, remplie de lits d'hôpital, dont un seul occupé. Je me stoppais quelques instants à l'entrée. Luis avait déjà de la visite : Adam était assis sur le bord du petit matelas, et parlait à voix basse, en le regardant droit dans les yeux, d'un regard que je ne lui avais encore jamais vu. En y regardant bien, il me sembla apercevoir que tous deux se tenaient la main, mais avant de pouvoir en être tout à fait sûre, Adam me remarqua.

-Tu tombe au bon moment Neiyla, je m'apprêtais à partir.

Intérieurement, je me permis d'en douter. Il avait l'air très bien installé, plongé en pleine conversation. Cependant, je ne fis aucun commentaire, et me contentais de me promettre de poser des questions plus tard. Ou pas. Je m'avançais vers Luis tandis qu'Adam sortait.

-Comment tu te sens ? interrogeais-je.

-Pas vraiment bien, mais ça pourrait être pire.

Il se redressa avec difficulté, et attrapa une tasse sur la table de nuit à coter du lit.

-ça fait du bien d'être a nouveau moi-même. J'ai la sensation que mon âme est découpée en deux depuis la fête. Je ne me souviens même pas de tout. J'ai beaucoup lutté pour garder une part de conscience, mais c'est un peu comme si j'avais passé tout ce temps sous l'eau, rien n'était vraiment clair, tout autour de moi avait l'air trouble et sourd.

-Les autres disent que tu as été très fort, que la plupart des gens n'arrivent pas à lutter aussi longtemps, dis-je.

-J'aurais tout de même pu vous faire du mal. Je ne me contrôlais plus, je n'étais plus que spectateur de mes propres faits et gestes, répondit-il en regardant sa tasse d'un air accusateur.

-Peut-être, mais ce n'est pas arriver, et même si c'était le cas ça n'aurait pas été ta faute. Tu ne pouvais pas maitriser quoi que ce soit. Personne ne te reproche quoi que ce soit Luis, on sait tous que tu n'y étais pour rien.

Luis ferma les yeux quelques instants. Au loin, à travers une fenêtre entrouverte au fond de la pièce, j'entendis les oiseaux babiller. Bientôt, des voix se firent entendre sur le chemin. Une nouvelle heure devait venir de se terminer, il allait bientôt être temps d'aller manger. J'avais loupé le petit déjeuné ce matin, et commençais à mourir de faim.

-Je suis content que tu sois venue, dit Luis.

-Moi aussi, répondis-je. Ça fait du bien de te retrouver. C'était pas toi ces derniers temps, et je dois avouer que tu m'as beaucoup manqué.

-Tout va revenir à la normal maintenant, ajouta-t-il. On va bientôt pouvoir retourner s'assoir au fond du réfectoire comme les deux introvertis que nous sommes. Je dois dire que même si j'avais pas énormément conscience de ce que je faisais, c'est assez terrorisant de sentir mon corps aller s'assoir à la table des sorciers, dit-il dans un léger rire nerveux.

Quelques temps plus tard, je sortis, et partit en direction du réfectoire, affamée. Annie et Harvey avaient beau dire que Luis s'en était remarquablement bien tiré, il avait tout de même eu l'air épuisé. Le teint pâle, d'imposantes cernes soulignaient ses yeux, il avait l'air de ne pas avoir dormit depuis des jours, alors même qu'il m'avait certifier avoir dormit très profondément toute la nuit durant. Enfin, il était désormais tiré d'affaire, il n'était plus question que de quelques jours pour qu'il s'en remette. Physiquement du moins. Psychologiquement ce serait certainement plus ardu. 

le voile obscureOù les histoires vivent. Découvrez maintenant