Chapitre 23

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Quelques semaines plus tard, un soir de pleine lune, ce fut au tour de Lycia de venir me trouver. Il faisait déjà nuit lorsqu'elle vint toquer à la porte de ma chambre. -Est-ce que la démonstration est toujours d'actualité ? demanda-t-elle lorsque je lui ouvris. -Ouais, je m'attends à quelque chose d'un peu flippant, mais il faudrait quand même que je vois au moins une fois a quoi ressemble un loup garou qui se transforme. Elle m'emmena alors jusqu'à l'extérieur du chalet. -On a pas le droit de se transformer trop près des habitations, expliqua-t-elle. Pour ne pas risquer de blesser qui que ce soit accidentellement. Ainsi, elle me guida dans la nuit, sans pour autant aller trop loin. -Parce que tu peux décider quand est ce que tu te transforme ? -Non, pas vraiment. Par contre je peux y résister pendant quelques heures au maximum. Mais plus on attend plus c'est difficile de lutter. Elle s'arrêta après une dizaine de mètres, me fit signe de rester là, et reculait encore de quelques pas. Quand elle s'arrêta, elle se tint bien droite, et, reversant un petit peu la tête en arrière, offrit son visage a la faible lumière de la lune. Alors, ses traits se tendirent. Ses points se contractèrent. Ses dents s'entrechoquèrent violemment. Elle se courba tandis que ses bras et ses jambes se distordaient. Ses épaules se disloquèrent. Son squelette entier pris une nouvelle apparence. Son visage se crispa en une expression de douleur lorsque sa tête pris a son tour une nouvelle apparence. Si le début de cette horrifique transformation avait eu l'air de se dérouler au ralentit, la fin en fut d'autant plus rapide. Il me suffit de cligner des yeux une toute petite demi seconde de plus que nécessaire, essayant de ne pas rendre mon diné en regardant mon amie se tordre dans tous les sens en une expression affreuse, et l'instant d'après, en ouvrant a nouveau les paupières, Lycia avait été remplacée par un grand loup gris. Elle n'était pas aussi gigantesque que les loups garous décrits dans mes romans favoris, mais elle restait tout de même bien plus imposante qu'un loup normal. Par réflexe, je reculais d'un pas, ou peut-être deux, impossible à dire, mon cerveau semblait avoir disjoncter. J'étais préparer à voir Lycia se transformer en loup garou, mais je n'avais pas songé a ce que cela ferait de me retrouver face a l'animal en lui-même. Je me sentais ridiculement petite. Je commençais à réellement paniquer lorsque celle-ci avança d'un pas dans ma direction. Si jamais cette monstruosité décidait de me courir après, je n'aurais aucune chance. Lorsqu'elle avança d'un deuxième pas dans ma direction, je cru bien disjoncter. Ma respiration était on ne peut pas saccadée. Ma vision s'était on ne peut plus rétrécie. Je n'avais plus conscience de quoi que ce soit d'autre que le l'immense loup qui me faisait face, éclairé seulement par la lune. Ses pattes devaient être aussi large que ma tête. Alors que je m'apprêtais à partir en courant, elle s'arrêta. Elle sembla avoir remarquer ma terreur, car elle s'était tout à fait immobilisée, et que, quelques secondes plus tard, elle se baissa, avec une infinie lenteur. Elle s'inclina jusqu'à ce que son museau touche de sol, a moins d'un mètre de moi. Je mis un moment à comprendre ce qu'elle faisait : a en croire mes romans, un loup qui s'inclinait ainsi se soumettait. Elle me montrait son respect pour moi, pour me faire comprendre que je ne risquais rien. Ce n'était pas un loup qui me faisait face, mais un loup garou. Ce n'était pas n'importe quel loup garou : c'était mon amie. Lycia avait déjà prouvé qu'elle ne me voulait que du bien, qu'elle était encline à me protéger, qu'elle n'était certainement pas là pour me faire du mal. Alors pourquoi en aurait-il était autrement simplement car elle n'avait plus forme humaine ? Je m'étais inquiéter pour rien. La panique avait pris le dessus sur la raison. Mais je n'avais aucune raison de m'inquiéter. Dans un accès de confiance, je m'avançais à petits pas, et tendis timidement la main vers la louve. Elle sembla comprendre mon geste, et releva lentement la tête, de quelques centimètres seulement. Son pelage n'était pas vraiment doux, c'était celui d'un animal de la forêt après tout, mais il n'était pas rugueux non plus. Je passais les doigts dans sa fourrure, quelques instants, puis reculait à nouveau. Lycia fit un vague signe de la tête en direction du chalet, et je compris alors qu'elle m'avait montré tout ce que j'avais besoin de voir. Le lendemain, un dimanche matin, Lycia m'emmena en dehors du camp. Une fois par semaine, nous avions le droit d'entrer et de sortir comme nous le voulions, et je voulais en profiter pour aller m'acheter des vêtements. Je l'avais déjà remarqué en arrivant le premier jour, mais ces derniers temps, cela commençait a réellement me sauter aux yeux. Ici, personne ne s'habillait comme les humains. C'était étrange de le formuler ainsi. « Les humains ». Je m'étais si longtemps identifier en tant que tel. Après tout, c'était une évidence, rien d'autre n'était envisageable, jusqu'à il y a presque un mois. Un mois déjà. M'adapter devenait tellement facile qu'une garde-robe adaptée devenait une nécessité. Ici, tout le monde était toujours accoutré comme s'ils sortaient tout droit d'un roman et était prêt à se battre a mort contre un redoutable dragon enragé. C'est ainsi que Lycia m'accompagnais dans la ville, en une belle matinée ensoleillée. Il faisait chaud malgré le soleil encore bas dans le ciel. Elle me guida parmi les ruelles colorées, où les passants se pressaient déjà. Finalement, mon amie poussa la porte d'une petite boutique. -Bonjour George, dit-elle a l'homme trapu qui se tenait derrière un comptoir, au fond du petit magasin. On va avoir besoin de vêtements de combat, ordinaires s'il te plait. -Salut Lycia, ça faisait longtemps dit moi. Les anciens uniformes te vont plus ? interrogea-t-il. -C'est pas pour moi aujourd'hui, C'est pour Neiyla. C'est une nouvelle recrue. L'homme s'approcha alors, avec un air intrigué. Il sembla me jauger, puis fini par me tendre la main, avec un air jovial gravé sur le visage. -Laissez-moi deviner, sentinelle ? -Oui, c'est ça, répondis-je. Comment pouvait-il avoir deviner ? Je jetais un regard interrogatif vers Lycia, qui haussa les épaules. Lorsqu'il s'éloigna dans l'arrière-boutique, elle m'apprit qu'il était sorcier, et qu'il devinait facilement ce genre de détail. Cela ne m'avança pas énormément. Je ne pensais pas qu'il pouvait être possible de distinguer les différents surnaturels, pas même en étant sorcier. Comment est ce qu'une chose pareille pouvait être possible ? Enfin, peu importe, j'étais en train d'acheter des vêtements de combat pour sentinelle, dans une boutique pleine de vêtements de cuirs et d'armes reluisantes accrochées aux murs, au beau milieu d'une ville multicolore perdue au fond d'un ravin, où tout le monde se baladait avec une épée a la ceinture, comme si ça avait été un simple bijou. L'homme, George, ramena des vêtements, et m'envoya les essayer dans une cabine, dans un coin de la boutique. Ils étaient légèrement différents de ceux qu'abordait Lycia, mais j'avais cru comprendre que chaque type de surnaturel en avait des différends, adaptés à ses pouvoirs. Le T-shirt était plutôt moulant, mais ne gênait en rien mes mouvements. Le pantalon était davantage évasé, et particulièrement souple. Tout était parfaitement à ma taille. Cela aussi faisait-il parti de ses pouvoirs de sorcier ? Deviner la taille exacte d'une personne au premier coup d'œil ? Lorsque je ressortis de ma cabine, il se lança dans ses explications de commerçant, qui je l'avoue, ne ressemblait en rien au discours qu'aurait pu tenir un vendeur humain. -Ces fringues sont fabriquer exprès pour les sentinelles, commença-t-il. Le tissu est particulièrement résistant, il peut résister facilement aux éraflures, par épée principalement. Si tu te fais planter franco, là ça te sauvera pas, mais ça pourra t'éviter la plupart des coupures. Le T-shirt est renforcé au niveau du dos et des épaules, pour éviter les faux mouvements, voir les épaules déboitées trop facilement. Il reste quand même très souple, ça ne devrait pas gêner tes mouvements. Si j'ai bien deviné la taille ça devrait même les faciliter. Bref, pour le pantalon, il est renforcé aussi, tu pourrais glisser sur les genoux sur plus de dix mètres sans te faire mal. Je hochais la tête pour signifier que je comprenais, ce qui sembla l'encourager. -Pour le reste, je vais te commander des renforcements du type épaulières et coudières, ça pourrait t'être utile, surtout avec les tests qui arrivent. Plus tard, lorsque nous ressortîmes de la boutique, Lycia m'emmena dans le même petit café que le premier jour : La Plume Bleu. Les décorations antiques et les jolis sièges bleu azur n'avaient pas changer d'un poil. La serveuse non plus. Son badge indiquait son nom : Lys. C'est ainsi qu'Harvey l'avait appelé la dernière fois également. Mon amie nous commanda des limonades, qui ne tardèrent pas à arriver. -C'était quoi ces histoires de test ? demandais-je. Lycia me jeta un regard interrogateur, comme si elle ne voyait pas ce dont je parlais. Puis soudain, ses yeux s'illuminèrent. Elle reposa son verre, et m'expliqua qu'a la fin du premier mois, tous les groupes du camp devaient passer un test de simulation, pour voir s'ils étaient suffisamment entrainés pour repartir immédiatement et retourner en ville. Elle dit également qu'on ne passerait probablement pas : je n'étais pas prête, c'était trop tôt pour moi, et le reste du groupe ne s'était pas non plus encore adapter. Or aucun groupe ne s'en sortait sans être parfaitement coordonner. Ainsi nous devrions nous plier à la tâche, mais il était tout à fait improbable que le résultat soit satisfaisant. Je sirotais ma boisson, lorsqu'une nouvelle question surgit dans mon esprit. -Est-ce que son truc des vêtements différent par espèce est vraiment utile ? -Plus que tu ne le crois, répondit-elle. Regarde-moi, quand je me transforme, de simples vêtements humains se déchirent systématiquement, tu comprends bien que c'est pas pratique. Du coup George en a inventés qui résistent à la transformation. Ils restent parfaitement intacts. Il y en a pour ici, ceux que je porte maintenant par exemple, puis d'autres, sur modèle humain. Ils fonctionnent pareil mais se fondent dans la masse, ça évite d'intriguer de trop les gens. Puis finalement il a fait pareil pour tous les autres surnaturels. Et vu que tout le monde s'en sert, je suppose que c'est aussi pratique pour tout le monde. Confortable, joli, et pratique.

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