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Chapitre 5 - 3 - À travers la forêt

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Ce jour-là, ils ne virent pas de trace de barrage.

Ils se contentaient de suivre la piste des blindés. C'était une besogne épuisante : le camion rebondissait, patinait, s'embourbait dans ces ornières larges et profondes comme des douves, dont chacune aurait pu former une piste à elle seule. Le fond à peine durci cédait parfois sous les roues dans un éclatement de boue visqueuse ; Vassili jaillissait alors de son siège. Avec Ulrich, il partait dans une quête frénétique de bois morts et de branchages à glisser sous les pneus. Une fois le camion désembourbé, Vassili redémarrait au pas, le nez sur le pare-brise, guettant obstinément la piste, cherchant vainement à repérer les pièges dans lesquels il ne tarderait pas à s'enfoncer un peu plus loin.

Plusieurs fois, il avait essayé de prendre au plus court en s'engageant sur des chemins de traverse, d'autres pistes à peine tracées dans les sous-bois. À chaque tentative, il s'était heurté au bout de quelques centaines de mètres à une surface miroitante au milieu des arbres. Toute cette partie de la forêt formait une sorte de dépression, vaste et peu profonde ; suffisamment profonde, toutefois, pour être encore entièrement inondée.

Vassili conduisait le regard fixe, les dents serrées, plongé dans un silence inquiétant ; un silence que personne n'osait rompre. Cette piste impossible, où le camion se traînait sans pouvoir s'en évader, à la manière d'un scarabée dans une flaque, les entraînait insensiblement vers l'est et vers le nord. Toujours un peu plus près du nid de Shuriken.

Ils prirent un déjeuner hâtif dans une clairière récemment déboisée. Ils s'étaient rassemblés derrière le camion, à l'exception de la silhouette courbée sous ses manteaux qui était restée sous l'abri de la bâche, et à laquelle Ric était allé porter de quoi boire et manger. Tout autour, les sombres perspectives de sapins se mêlaient de bouleaux, de pins, de tilleuls et de jeunes chênes, évoquant déjà les paysages de la forêt de Białowieża, à laquelle toute cette zone était rattachée. Avec le recul des cultures, l'ancienne vaste forêt qui couvrait au Moyen-Âge toute la Mazurie s'était reconstituée ; mais une forêt anarchique, noire, hérissée, où les multiples lacs et rivières débordaient de leurs berges et envahissaient les sous-bois à chaque nouvel hiver d'inondation. Vassili observait d'un œil morne ces profondeurs végétales, où s'enfonçait la piste boueuse tracée par les blindés. Dans ce vaste labyrinthe de mares, de fondrières et de taillis, peu de chances de trouver une autre voie carrossable, surtout s'il s'agissait de couper vers l'ouest et vers le sud.

Ulrich devait nourrir des pensées similaires, car il prit la parole pour commenter sombrement, en désignant du menton les ornières des blindés :

« Pas à dire, va falloir contourner. »

Vassili continuait à mastiquer en silence, un bout de quignon à la main, tout en sachant bien que la remarque lui était adressée.

Ulrich s'animait à présent et tendait un bras vers les sous-bois, sur la gauche de la piste, là où Vassili avait vainement tenté depuis le matin de trouver des chemins de traverse.

« Par ici, il n'y a que de l'eau. On ne pourra jamais passer. Et par là (il désignait la trouée suivie par les blindés), non seulement on en a pour des jours à se battre avec la boue ; mais en plus, si on continue, on finira par tomber sur les Russes. »

Vassili ne mastiquait plus ; il avait redressé la tête, et le regardait.

« Alors, tu veux fait quoi ? »

Ulrich s'agitait, renâclait, hésitait à poursuivre. Le reste du groupe observait sans intervenir. Ulrich finit par glisser :

« Il y a un autre chemin.

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