Chapitre 8 - 3 - Jeu de piste

96 6 4
                                        

Ils fuyaient le long des lisières.

Ils traversaient d'anciennes zones dégagées, des coupes plus récentes, isolées par des portions denses de jeunes arbres poussant de façon anarchique. Souvent, seul un rideau de bouleaux les séparait des champs, et Janina guettait anxieusement par la vitre des traces de présences entre les troncs.

La piste forestière avait obliqué vers l'ouest, puis vers le sud. Dans cette zone plus exposée à la chaleur, loin du cœur inondé de la forêt, elle était déjà sèche, et les ornières durcies comme du ciment déjà pulvérulentes. Vassili s'était risqué à passer la deuxième, et le camion grignotait pesamment les kilomètres en bronchant comme un cheval dans tous les creux. Chaque heurt s'accompagnait, derrière la paroi de la cabine, d'un gémissement du bébé : un pleur sourd, épuisé, que suivait aussitôt un murmure d'Uwe. À leur droite, un soleil rouge survolait de courtes plaines, rasait des collines.

 À leur droite, un   soleil rouge survolait de courtes plaines, rasait des collines

Oups ! Cette image n'est pas conforme à nos directives de contenu. Afin de continuer la publication, veuillez la retirer ou mettre en ligne une autre image.

À l'arrière, un tapotement impératif, et la voix de Jolanta :

« Il y a du monde, derrière nous, vers la droite, regardez... »

Janina tordit le cou vers le rétroviseur et distingua au loin, derrière les champs, ce qui ressemblait à un nuage de poussière. Ric se pencha vers elle et hocha la tête :

« Un convoi », fit-il.

Janina, l'œil toujours rivé au rétroviseur, observait avec inquiétude les traces du camion, d'où s'élevait également une poussière fine, brune :

« Si on peut les voir, ils peuvent nous voir aussi... On ne devrait pas repartir sous les arbres ? »

Ric secoua la tête.

« Ça ne servirait plus à rien. Maintenant, ils savent plus ou moins où nous sommes. Il faut avancer. On essaiera de cacher le camion au tout dernier moment. »

Vassili conduisait crispé, silencieux, le corps penché sur le volant, l'œil fixe. Il tenta de passer la troisième, tout en scrutant dans son rétroviseur. Le moteur rugit et le camion se mit à bondir dans un tintamarre de tôles ; Vassili dut rétrograder.

« Ric, tu les vois toujours ?

– Non, monsieur Vassili, mais je sais où ils sont. Un peu moins de deux kilomètres, sur un chemin le long d'un champ. Ils doivent contourner une ferme. Ils vont perdre un peu de temps. »

La lumière décroissait. Le soleil à leur droite s'enfonçait entre les collines, dans un ciel rouge violacé. La forêt se faisait plus épaisse. Parfois, la perspective des champs s'effaçait derrière un bosquet de sapins, et une brusque pénombre s'abattait sur le camion.

À sa gauche, Janina sentit un mouvement : Ric venait de s'affaisser sur son siège, comme une marionnette soudain privée de fils. Elle l'agrippa par l'épaule, releva une tête aux yeux clos. Vassili lui avait à peine jeté un coup d'œil avant de reporter son attention sur la conduite et de tenter, une nouvelle fois, de passer la troisième.

ShurikenDes histoires addictives. Découvrez maintenant