Chapitre 11 - 2 - Dans la toile

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Des années durant, nous avons suivi, mois après mois, semaine après semaine, le lent retour vers la Terre du module de survie de la station Laïka. Et à chaque nouvelle, à chaque image, revenait en moi la même angoisse. Puis vinrent les déboires de la « mission de secours » ; ce qui n'était que de l'angoisse devint une peur tenaillante, crispante, qui me réveillait la nuit.

Au-dehors, j'étais toujours la même : je riais, je plaisantais avec les autres. Au-dedans, c'était comme un poison qui me rongeait.

Personne ne le savait. Pas même Ric. Je n'avais pas encore les mots pour en parler. Mais je sentais que je n'étais pas la seule. Dans mes rares moments de rêverie, quand je baissais ma garde mentale et que je me laissais envahir par les échos des activités psychiques de l'Institut, je devinais tout autour comme une brume, un voile gris répandu partout, présent dans toutes les pensées.

 Dans mes rares moments de rêverie,  quand je baissais ma garde mentale et que je me laissais envahir par les  échos des activités psychiques de l'Institut, je devinais tout autour  comme une brume, un voile gris répandu partout, présent dans tout...

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Des choses changeaient en profondeur. Des choses vastes et vagues, dont les mouvements souterrains remontaient à la surface du sol en cercles concentriques. Des échos en parvenaient jusque dans la rhétorique de la propagande.

Peu après le drame de Dubaï, un nouveau professeur vint se joindre à l'équipe de l'Institut. Il s'appelait Elshan Zelmaty ; il était exobiologiste.

Je ne pouvais pas le voir sans frémir. Je l'évitais autant que possible.

Il n'était pourtant pas dénué de qualités. C'était un petit homme rond, jovial, d'un contact facile, très à l'aise avec les élèves ; à la fois collectionneur de bons mots et très pointu dans sa discipline, sur laquelle il dissertait avec un plaisir évident et un vrai talent de pédagogue. Le nouveau module de cours qu'il animait, et qui tournait largement autour des questions que posaient les Shuriken, était très apprécié de tous. Les élèves y allaient comme en récréation. Elshan Zelmaty avait une manière bien à lui d'enseigner. Les caricatures et les animations numériques en forme de jeux y tenaient une grande place.

Mais derrière cette façade débonnaire, il n'y avait rien. Tout ce que je percevais, c'était le grondement de cataracte d'un barrage psychique aussi élevé, aussi épais que celui de Mr Cheng.

Bien sûr, Elshan Zelmaty s'était soumis, comme tous, à la discipline mentale rigoureuse qui s'imposait à tous les enseignants. Les autres « bios » ne remarquaient pas de différence.

Moi, si. Et j'en venais à redouter de croiser sa silhouette ronde de bon vivant, son visage toujours amène et ses yeux toujours souriants, derrière lesquels je ne lisais rien.

Quelques semaines après son arrivée, je voyais se former la première déchirure dans l'esprit du professeur Sarkissian.

Ses pensées m'avaient toujours été transparentes, depuis que j'avais découvert que je pouvais être en lien avec un autre psychisme sans en être détruite. Cette relation remontait pour moi à si loin, elle avait été si bien entretenue, comme les pas dans l'herbe tracent à la longue un chemin, que je ne pouvais envisager que la moindre partie de son esprit puisse me demeurer opaque.

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