Chapitre 7 - 1 - Investigations

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Randall émergeait d'un sommeil agité, avec la sensation de sortir la tête d'un puits.

Il était sanglé dans un siège trop étroit, agité de secousses. À sa gauche, une vitre obscurcie de poussière derrière laquelle défilait un paysage bas : des prairies d'un vert de cresson et des champs inondés, des fermes grises aux toits couverts de bâches, des bosquets de sapins. À l'horizon, un soleil rouge, immense, qui lui rôtissait la joue et le faisait cligner des yeux.

Un instant, il chercha à rassembler ses souvenirs, incapable de nommer ces lieux qui apparaissaient derrière la vitre et s'effaçaient aussitôt dans le lointain. Puis l'homme assis dans le siège devant lui, à côté du conducteur, se retourna, et il croisa le regard familier de Krzysztof. Un Krzysztof vieilli, aux traits creusés, mais avec toujours les mêmes yeux bleus pétillants d'étudiant.

Ils s'étaient retrouvés dans un parking de l'aéroport de Varsovie. Krzysztof lui avait dit :

« À partir de maintenant, nous sommes une mission d'inspection de la Société des Nations-Unies. »

Ils s'étaient entassés à cinq dans un 4X4 déjà couvert d'un voile de poussière, aux portières barrées du logo de la SUN, et ils étaient partis aussitôt vers la frontière lituanienne. Randall avait demandé le nom de leur destination, et reçu cette réponse improbable : « Suwałki, voïvodie de Podlachie ». Krzysztof avait ajouté : « Mais avant ça, il y a quelque chose que je voudrais vous montrer. Dans la même région, pas très loin vers le nord. C'est un paysan du coin qui a fait la découverte, et qui a préféré avertir les autorités locales avant que les troupes russes ne s'en mêlent. »

 Randall avait hoché la tête, renonçant à comprendre

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Randall avait hoché la tête, renonçant à comprendre. Krzysztof et lui avaient en commun un passé suffisamment agité pour qu'ils puissent se faire mutuellement confiance.

Krzysztof Chodkowski avait fait une bonne partie de sa carrière dans ce qu'on appelait alors l'AW en Pologne, ou Agencja Wywiadu, l'Agence des renseignements extérieurs. Lorsque Randall l'avait rencontré pour la première fois, il exerçait un rôle actif au sein d'un réseau informel européen qui s'était constitué, entre hauts fonctionnaires de même rang, pour tenter de contrer les premières menaces sino-russes. C'était un esprit subtil, amateur de philosophes grecs et d'humour britannique, de chants d'opéra et de whisky écossais ; assez pessimiste sur la nature humaine pour ne succomber ni à la déception, ni au cynisme, et suffisamment porté sur l'autodérision pour tout supporter avec flegme. Au physique, un petit homme sec, à la chevelure d'un noir de corbeau, au visage en lame de couteau, mais toujours éclairé d'un demi-sourire ironique ; le genre à passer inaperçu dans la rue. Il aimait à renforcer cette apparence anodine par des vêtements de coupe stricte, qui le montraient, assurait-il, très exactement tel qu'il était : un fonctionnaire consciencieux et dévoué.

Pendant quelques années, avec Randall et divers collègues européens, ils avaient fait leur possible pour alerter sur ce qu'ils voyaient monter à l'est, et qui devait bientôt tout emporter : le soutien actif aux partis et groupuscules les plus extrémistes, aux thèses les plus déstructurantes pour le corps social ; le noyautage des réseaux sociaux et des instances internationales, une propagande subtile attaquant à la fois tous les points faibles, tous les symboles d'autorité, toutes les références, toutes les informations, et finissant par remettre en question dans l'esprit des populations occidentales jusqu'à la possibilité de s'appuyer sur des faits objectifs. Au moment de la première vague d'assaut qui avait déferlé sur le continent européen, ils avaient tenté, des deux côtés de l'Atlantique, de fédérer un réseau de renseignement pour soutenir les mouvements d'insurrection qui naissaient spontanément dans le dos des troupes russes. Il y avait eu là quelques mois terribles et palpitants, un grand jeu aux règles impitoyables et compliquées, des voyages secrets et des nuits de discussions acharnées, des rencontres avortées lorsque l'un d'eux, mystérieusement, disparaissait. Une partie d'échecs fébrile et terriblement dangereuse entre trois continents, qui avait pris fin aussi brusquement qu'elle avait commencé, lorsque les États-Unis, à leur tour, s'étaient désagrégés.

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