Les jambes lourdes, l'esprit agité et une blessure qui le faisait souffrir, Mathieu avançait tant bien que mal au milieu des arbres hostiles de la forêt. L'impression amère de voir les arbres se pencher de plus en plus vers lui, construisant une prison de branches à travers laquelle il est impossible de voir le ciel, le faisait regarder partout autour de lui d'un regard hagard. Il avait peur de perdre la tête...
Il faut dire que passer deux jours entier à marcher sans s'arrêter ni se reposer -car oui, il avait fait nuit blanche-, devait lui embrouiller l'esprit. Mais qui pouvait-il ? Il fallait coûte que coûte qu'il retrouve Louise, le plus rapidement possible. Il n'avait qu'une nuit de retard sur elle ! Ils devraient être séparés de quelques kilomètres à peine... Du moins, il l'espérait.
Tout ce que Mathieu espérait, c'était de la retrouver avant qu'elle ne mette un pied sur le sol de la pelouse qui entoure la Tour. Il ne demandait que cela. Il lui demanderait de rentrer, de laisser tomber cette envie de se rendre qu'était son idée. Et si elle ne l'écoutait pas, il irait avec elle. Hors de question qu'il la laisse traverser cela toute seule. Il était son frère, nom de Dieu. Qu'avait-il fait pour que la jeune brune ne se repose pas sur lui lorsqu'elle se sentait mal ? Elle était la seule personne qu'il aimait, à qui il était attaché, pour qui il donnerait la vie sans hésiter une seconde.
Pourquoi ne le savait-elle pas ?
***
-Excusez-moi de vous déranger alors que vous êtes en plein entraînement, Maître, mais il y a un problème qui requiert votre aide.
L'interpellé se retourna, une haine sans pareille réunie dans ses yeux bleus clairs. Il rangea son épée et s'essuya le visage. Sur un signe de tête sec, il demanda au Cavalier contre lequel il se battait de disposer. Il se retourna ensuite vers le Pion qui semblait impatient.
-N'est-ce pas ton tour de garde ? Tu as laissé tomber ton poste pour me retrouver ? C'est irresponsable, le réprimanda ironiquement l'homme brun, qui n'en avait pourtant rien à faire.
-Maître, si vous pouviez me suivre, s'il vous plaît... C'est une urgence.
Le "Maître" fronça les sourcils. Ce Pion n'avait pas l'air de rigoler. Sa voix était tremblante et pressante, et il n'arrêtait pas de regarder derrière lui, comme si un quelconque monstre allait lui sauter à la gorge. Le Pion avait attisé sa curiosité. Il marcha vers lui et le suivit.
-Quel genre d'urgence est-ce ?
-Une intruse, Maître. Sauf erreur de ma part, il me semble que c'est la recherchée Louise Daum.
Le Maître s'arrêta brusquement. Il dévisagea le Pion, incapable de cacher sa surprise. Que faisait-elle ici ? À quoi diable pensait-elle ? Heureux de son effet de surprise, le Pion poursuivit :
-J'étais prêt à l'amener au Roi mais des Pions sont intervenus, expliqua-t-il. Ils sont une quinzaine, Maître...
Ce dernier se reprit et arbora un visage qui se voulait ennuyé.
-Elle saura s'en débarrasser, je ne serai d'aucune aide.
-Sauf que Félix y est aussi, Maître.
Cette phrase eut l'effet d'une douche glacée sur le Maître. La seconde suivante, il était en train de courir, droit vers les exclamations et les rires qu'il n'avait pas entendu jusqu'à présent.
Louise avait mis hors d'état de nuire cinq soldats. En à peine une minute. La brune aurait pu s'en réjouir, si seulement il ne lui restait pas le triple. Elle se sentait capable de s'en sortir. Il suffisait qu'elle reste concentrée, et qu'il n'y ait pas un lâche dans la mêlée. Si seulement...
Malheureusement, il y avait un lâche. Non, rectification. Il y en avait trois. Trois petits Pions qui eurent une idée de génie -à leurs yeux- : Et si ils l'attaquaient par derrière, alors qu'elle était en plein combat contre déjà deux des leurs ? Quelle splendide idée !
Louise les entendit arriver derrière elle. Elle savait qu'elle ne parviendrait pas à se débarrasser des deux soldats contre lesquels elle se battait à temps. Dans un grognement, Louise tenta le tout pour le tout, même si elle avait la conviction que ça ne fonctionnerait pas.
Elle bondit en arrière, prit appui sur sa jambe gauche et lança sa jambe droite en arrière, qui percuta la jugulaire d'un des Pions. Dans le même mouvement, elle se baissa pour éviter d'être décapitée par un des deux soldats contre lesquels elle se battait, et fit une roue sur le côté. Elle atterrit aux cotés de l'autre lâche et asséna son poing droit dans son nez, qui craqua sous le coup. Encore un lâche et deux soldats. Le sifflement d'une épée la prit au dépourvu et l'obligea à se baisser et rouler au sol, droit vers les soldats. Quelle idiote ! Elle se releva, mais son manque d'attention la fit trébucher, et elle retrouva son équilibre juste à temps pour éviter d'être embrochée. Elle voulut reculer, mais se souvint qu'un lâche se trouvait parmi les soldats, et qu'il serait simple pour lui de l'éliminer. Elle pivota alors sur sa jambe gauche et fit un chassé qui atteint l'abdomen de ce dernier. La revoilà face aux deux soldats. Mais les autres attendaient leur tour, et son souffle était court, trop court pour qu'elle tienne jusqu'au bout.
Louise fit abstraction de sa pugnacité qui s'évanouissait, et reprit son combat. Le rire malsain du soldat qui l'avait regardé avec son regard pervers lui fit tourner la tête vers lui. Elle se rendit compte de sa bêtise lorsqu'elle rencontra son regard qui semblait dire "Tu es prise au piège". Une brûlure au bras arracha une grimace à Louise, qui reporta son attention à son combat. Une autre, à la cuisse, lui fit pincer les lèvres. Elle n'allait pas y arriver. Il avait suffit d'une seconde d'inattention pour que l'avantage tourne en faveur des soldats.
Le soldat qui avait ri s'approcha des deux Pions qui combattaient, et les arrêta. Louise s'arrêta aussi, les dents serrées pour éviter de pousser un gémissement qui la trahirait sur ses blessures. Sauf que le soldat ne s'y trompa pas. Il s'approcha de Louise, et sans qu'elle ne le voit venir, il lui donna un coup de pied dans sa cuisse ouverte.
Louise écarquilla les yeux en étouffant un cri, et tomba à genoux.
-Tu aurais dû t'agenouiller dès le début devant moi, garce.
Il attrapa le bras de Louise et enfonça ses doigts dans sa blessure, de laquelle jaillit du sang. Louise, qui n'en pouvait plus, poussa un cri de douleur. Elle haleta, le front poisseux de sueur. Le soldat s'accroupit pour se retrouver à sa hauteur, et attrapa son menton.
-Maintenant que tu as compris la leçon, tu vas me faire le plaisir de m'obéir. C'est clair ?
Un murmure inaudible lui répondit.
-Pardon ? Je n'ai pas bien entendu, sourit cruellement le soldat.
-Va... Au diable, cracha Louise.
Le soldat se releva et lança son pied dans la figure de Louise, qui tomba sur le côté. Jamais Louise ne s'était sentie si pitoyable et impuissante face à son ennemi. Et elle détestait cela. Au prix d'un immense effort, elle releva la tête et cracha du sang. Elle voulut prendre sur elle, oublier sa douleur et se relever, mais sa tête ne fut pas du même avis et Louise fut prise de vertiges. Elle perdait trop de sang.
Le soldat prenait un malin plaisir à regarder cette belle brune essayer de reprendre ses esprits. Il la regarda essayer de se relever, pour retomber instantanément. Il pourrait l'apporter au Roi dans une petite heure, afin qu'il puisse s'amuser pendant ce temps. Il faut dire qu'aucune fille n'est jamais venue aussi près de la Tour. Du moins, pas depuis que lui y est. Elle n'est composée que d'hommes. Et la voilà qui arrive les yeux fermés, sans se soucier un seul moment de ce qu'ils pourraient lui faire. Il allait s'amuser avec elle dans les bois derrière la tour, lui arracher les vêtements sans qu'elle puisse se défendre et enfin assouvir ses besoins... Et pourquoi pas ici, et maintenant ? Ils étaient derrière la tour, personne ne les verrait. Et ses soldats pourront eux aussi en profiter.
Louise, qui regardait l'homme dessous ses cils bruns, fut écoeurée. Elle n'avait pas la capacité de lire dans les pensées, mais vu les expressions qui s'ensuivaient sur le visage du soldat, elle en fut heureuse. Pas besoin d'être médium pour savoir ce qui lui passait par l'esprit. Et elle était là, incapable de se relever, à sa totale merci.
Elle tenta à nouveau de se relever, en vain. Sa tête ne suivait pas son corps. Une main moite caressa son cou, qui descendit doucement vers son décolleté. Louise leva la main instinctivement, mais elle oublia qu'elle l'aidait à rester en équilibre, et elle tomba. Sa tête rencontra le sol avec force, et la brune sentit les ténèbres se refermer sur elle.
Non ! Elle ne pouvait pas s'évanouir. Elle résista, et ouvrit les yeux. Le visage déformé par la folie du soldat lui apparut juste au-dessus d'elle. Il passa sa jambe par-dessus le corps de Louise, une main sur la cuisse blessée de la jeune fille, qui essaya de le repousser. Une voix grave l'interrompit :
-Félix, je peux savoir ce que tu fais ?
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Condamnée.
Fiksi RemajaQue feriez-vous, si l'on vous reprochait d'être venu au monde ? Si la société dans laquelle vous viviez vous privait de votre liberté ? Si votre vie ne se résumait qu'à une fuite perpétuelle ? "-Et toi, qu'est-ce qu'on te reproche ? La jeune fille j...
