Un raclement de gorge, suivi d'un "Hé !" pressant réveilla Louise. Celle-ci battit des paupières. Elle se trouvait dans une pièce sombre, à-même le sol.
Je suis tombée de mon lit ? se demanda-t-elle.
Non, ce n'était pas cela. Le sol, sous son corps, était dur et froid. Louise le caressa dans un état second, et fronça les sourcils.
De la pierre ?
-Louise ! chuchota impatiemment quelqu'un.
Louise écarquilla les yeux en reconnaissant la voix de la personne. Ce fut l'élément déclencheur. Elle se rappela brusquement de ce qu'il s'était passé avant qu'elle ne s'évanouisse, et sentit son cœur se serrer petit à petit. Elle avait tué... La jeune brune se remémora toutes les paroles qui l'avaient frappée plein fouet, les visages déformés par la rage de ces hommes qui l'entouraient... Le Roi.
Louise se redressa vivement sans réfléchir, et sentit une surface dure lui frôler le crâne lorsqu'elle s'assit. Elle leva la main et sentit le plafond juste au-dessus de sa tête, à à peine cinquante centimètres du sol.
-T'es enfin réveillée ! soupira la voix.
En se tournant vers la provenance de celle-ci, Louise vit, grâce à un faible faisceau de lumière filtrant derrière la personne qui était penchée sur elle, des barreaux. Elle se trouvait dans une cellule. Alors comme ça, ils l'avaient enfermée lorsqu'elle était inconsciente. La brune tendit la main avec hésitation pour attraper un des barreaux. Elle tira avec énergie dessus et sentit ses fesses frotter le sol pour se rapprocher de la lumière. Un mal de crâne lancinant l'empêchait de comprendre entièrement la situation. Elle posa sa main libre sur sa poitrine et soupira.
-Bordel, je sens que tu vas pas m'aider, marmonna la voix.
Louise sentit quelqu'un lui faire lâcher son emprise. La main qui la détacha du barreau était chaude, rêche. Elle leva la tête, incertaine. Sa vue était obstruée par un voile gris impossible à lever. Elle savait qui était devant elle, qui lui parlait, mais ne parvenait pas à ressentir de la crainte. Alors que son corps entier se tendait face à l'homme, son cœur tentait de comprendre ce qu'il lui voulait.
-Que veux-tu ? parvint-elle à demander au prix d'un grand effort.
L'homme qui trifouillait la serrure de la cellule s'arrêta dans son geste et regarda les yeux sombres de la fille. Il laissa un silence planer, ses yeux plantés dans les siens.
Sans répondre, il reprit son geste. Louise, perturbée, tenta de passer outre le sifflement aigüe qui oppressait son crâne. Un "clic" retentit, suivit d'un léger grincement lorsque la petite porte s'entrebâilla. Louise ne bougea pas. Elle gardait ses yeux plongés dans le bleu glacial des yeux de l'homme face à elle. Malgré l'obscurité pourtant épaisse de la pièce, l'éclat bleu de ses yeux était visible.
-À toi de voir, finit-il par dire en haussant les épaules. Si tu veux rester ici, à tes risques et périls. Le Roi ne te tuera pas immédiatement, si c'est ce que tu crois. Avant de s'en donner le plaisir, il t'humiliera devant le Royaume entier pour susciter la crainte chez le peuple et que tu sois ainsi la dernière à transgresser ses règles. Mais tu peux aussi sortir de cette cage pour chien et me laisser te faire sortir de cette...
-Pourquoi ? murmura Louise.
L'homme se tut. C'est vrai, pourquoi se donnait-il la peine de sauver cette pauvre fille ? Son destin est déjà tout tracé, c'est un cas désespéré. Il pourrait très bien la faire sortir d'ici, c'est sûr, ce serait même trop simple. Mais après ? Rien ne sera fini. Le Roi n'arrêtera pas de la poursuivre. Elle est destinée à fuir, sans relâche. Alors pourquoi s'embêtait-il à essayer de la sauver ? Il ne pouvait rien faire. Et pourtant, il ne pouvait se résoudre à laisser la fille croupir ici pour ensuite mourir. Qu'était-elle à ses yeux, au juste ? Depuis quand était-elle devenue importante au point de ressentir le besoin de la faire sortir de ce merdier ? Était-ce lorsqu'il a commencé à apprendre plus profondément d'elle un peu plus chaque jour ? Ou était-ce lorsqu'il avait réellement posé les yeux la première fois sur elle, lorsqu'elle cherchait désespérément son regard derrière son casque noir ? Ou alors lorsqu'elle avait commencé à se mouvoir avec une élégance sans pareille, lorsque la Mort suivait chacun de ses pas, sans pour autant qu'il en ait peur ? Ou encore, lorsqu'elle s'est tenue droite devant lui, son poignard prêt à être dégainé, prête à défendre son frère au péril de sa triste vie ? Il n'en savait fichtrement rien. Et pourtant, c'était indéniable. Elle lui était importante.
Alors, même s'ils n'avaient qu'une faible chance de sortir de cette Tour, même si, une fois dehors, le Roi enverra une horde de Cavaliers les arrêter, même si il fera partie intégrante de cette fuite perpétuelle qu'est sa vie... Alors, soit. Qu'il en soit ainsi. Il saura toujours la protéger lorsqu'elle en aura le besoin. Il saura la cacher de ses compatriotes.
Au moment précis où toutes ses pensées défilèrent dans la tête de William, une réalité s'y imposa. Cette jeune fille, sans la connaître, était devenue un mélancolique Tout qui ne le laisserait plus jamais indifférent.
Les dents du Cavalier se serrèrent brusquement, ses yeux bleus s'incendièrent. Que lui arrivait-il ? Depuis quand était-il devenu si faible ?
Un grognement de frustration s'échappa de sa gorge. Il savait très bien depuis quand il était ainsi... Il releva les yeux vers la petite masse sombre repliée sur elle-même, et se rendit compte qu'elle ne l'avait pas lâché des yeux à un seul moment. Il faiblit face au regard perçant de la jeune fille, et détourna le regard. Il avait l'amère impression qu'elle venait de mettre son âme à nue et que toutes ses pensées avaient défilées sur son front. Pour se donner une contenance, il se racla la gorge. Plus brusquement qu'il ne l'aurait voulu, il lâcha :
-Tu te bouges oui ? On n'a pas toute la nuit !
Louise, qui ne nota pas le ton de l'homme, passa une main hors de sa cellule, puis une deuxième. Elle sortit sans difficulté, malgré l'étroitesse de la porte. Elle était à genoux, le souffle court. Il lui semblait qu'elle n'arriverait jamais à se lever et à marcher, voire courir. Tout lui paraissait trop compliqué. Elle prit toutefois sur elle, et se leva avec délicatesse. Le Cavalier noir ne lui proposa pas sa main, et, sans qu'elle ne se doute de la raison du pourquoi, elle l'en remercia silencieusement.
-Tu es prête ? demanda finalement William, qui regardait attentivement Louise.
C'était une drôle de question. Était-elle prête ? Louise fronça les sourcils. On n'est jamais prêts. On se le fait croire lorsqu'on en a envie, ou, lorsqu'on a trop peur, on se perçoit de ne pas l'être. On n'est jamais concrètement prêts. La question repose en fait sur le ressenti de la personne à laquelle on la pose. Or, Louise n'avait pas peur. Elle n'a jamais peur. Elle sera toujours prête.
Alors, la jeune brune leva des yeux plein de détermination vers le sombre Cavalier, et articula distinctement :
-Je suis prête.
William n'en attendait pas moins de la jeune fille. Il hocha la tête, et, alors que son être entier lui criait d'attraper sa fine main, il serra les poings et avança d'un pas résolu vers la lumière.
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Je ne suis pas très fière de ce chapitre. Plusieurs de mes phrases sont mal tournées, et je n'ai pas réussi à exprimer les sentiments de William comme je l'entendais. Ce chapitre vous a-t-il tout de même plu ?
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Vindicta.
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Condamnée.
Teen FictionQue feriez-vous, si l'on vous reprochait d'être venu au monde ? Si la société dans laquelle vous viviez vous privait de votre liberté ? Si votre vie ne se résumait qu'à une fuite perpétuelle ? "-Et toi, qu'est-ce qu'on te reproche ? La jeune fille j...
