La voilà. La fameuse Tour qu'il recherche depuis cinq jours. Comme il s'y attendait, une nuit de marche ainsi que la matinée avaient suffis pour qu'il arrive. Arrivé à temps, par contre, il n'en savait rien. Mais s'il ne se trompait pas, sa sœur devrait être arrivée il y a quelques heures, peut-être ce matin ou hier soir... Elle devrait être encore en vie.
Le jeune brun se pinça les lèvres. Et si le Roi l'avait tout de suite tuée ? S'il n'avait pas attendu et qu'il avait appelé son bourreau sans perdre de temps ? Non. Du peu que ses parents lui avaient dit à son propos, il n'a pas l'air d'être du genre à se contenter de tuer pour une enfreinte de règles. Surtout qu'il s'agit de Louise, celle qu'il a eu pour objectif de tuer dès qu'elle est née... Il ne la tuerait pas si rapidement.
Mathieu se dévissa le cou pour tenter de voir le sommet de la Tour ; en vain. Louise se trouvait sûrement enfermée, quelque part dans cette immense Tour. Cette idée fit grincer des dents le brun. Sa sœur, enfermée dans une cellule, prête à mourir. Que lui était-il passé par la tête, bon Dieu ?
Le visage rosit par la colère, Mathieu sortit du bois et se dirigea d'un pas déterminé vers l'entrée. Un Pion se trouvait face à lui, adossé à la Tour. Il se dirigea vers lui, et, lorsque celui-ci vit le garçon marcher droit sur lui, il eut à peine le temps de réagir que Mathieu l'attrapa par le col et le plaqua un peu plus sur la paroi de la Tour.
-Amène-moi à ton Roi, articula Mathieu avec un rictus sauvage.
Le Pion déglutit péniblement sa salive et hocha la tete, une perle de sueur au front.
***
-Je ne comprends pas.
Le grand homme aux cheveux noirs à qui était destiné la phrase se tourna en soupirant.
-Qu'est-ce que tu ne comprends pas ? demanda-t-il.
Une jeune fille aux yeux pareils à deux puits sans fond inclina la tête sur le côté en détaillant l'homme de haut en bas.
-Tu es un assassin, commença-t-elle sans état d'âme. Tu as tué des centaines d'innocents pour parvenir à tes fins. Tu envoies tes propres soldats à la mort sans remords. Tu... Tu m'as dit que tu détestais le Roi et son Royaume. Et pourtant, tu es le "Maître des Cavaliers", selon les propos du type de l'armurerie. Ce qui veut dire que tu combats pour lui depuis longtemps...
Louise s'arrêta et posa son index sur sa lèvre inférieure.
-Et tu t'inclus dans le peuple qui souffre ? Tu es une des personnes qui le fait souffrir.
Le Cavalier encaissa tout sans broncher. Il soutint le regard curieux de Louise sans répondre, pour ensuite se retourner et poursuivre sa route.
Un peu plus tôt, celui-ci avait demandé à Louise pourquoi elle s'était rendue au Roi. Celle-ci n'avait pas répondu, et William avait insisté.
-Pourquoi t'es-tu rendue ? Tu étais la personne que j'attendais ! s'était-il exclamé.
Louise avait froncé les sourcils, pas sûre de bien comprendre.
-Pardon ?
-Si tu imaginais la colère que ressent perpétuellement le Roi depuis que tu es née ! Jamais personne n'avait osé entraver ses lois... (William avait sourit amèrement suite à cette phrase.) Tu étais la seule capable de nous sauver.
-Sauver qui ? avait demandé Louise.
-Le peuple ! Tu étais notre salut.
-Les centaines d'innocents dont tu parles, ce sont les villageois, n'est-ce-pas ? sourit William.
-Oui. Mais je suis sûre qu'ils ne sont pas les seuls.
Un sourire mi-figue mi-raisin étira la bouche de William.
-Écoute. Je n'ai pas tué ces villageois...
-Tu te fous de...
-Je n'ai pas tué ces villageois, reprit William d'une voix forte en se retournant. Je n'ai jamais voulu cela. Ne me prends pas pour un lâche qui s'en prends à plus faible que lui. J'ai donné des ordres clairs à mes Pions, mais ils n'en ont fait qu'à leur tête, grogna-t-il.
-Piètre excuse, marmonna Louise.
-Je ne demande pas à ce que tu me crois, mais c'est la vérité. Quant aux Pions qui meurent sous mes ordres, je n'ai pas d'excuse.
Louise arqua un sourcil.
-Je ne suis pas ton ennemi, insista William.
Un gloussement s'échappa des lèvres de la brune. Elle reprit sa marche et dépassa William.
-Dit l'homme qui est venu me chercher pour me ramener auprès de son Roi, qui a failli tuer mon frère -et moi, au passage-, qui...
-Qui t'a fait sortir de la Tour il y a quelques heures et qui depuis cet instant risque sa vie.
Louise s'arrêta, mais ne se retourna pas. Son regard tomba sur les feuilles jaunes d'un peuplier, et elle se mordit la lèvre. C'était vrai. Il avait voulu la tuer, elle et son frère, et pourtant...
-Je n'ai jamais voulu vous tuer, ton frère et toi, dit William en réponse à sa question intérieure . Si je l'avais voulu, je l'aurais fait.
-C'est pas la modestie qui t'étouffe, railla Louise.
Le Cavalier soupira. Il voyait bien que la jeune fille était partagée. Était-il l'ennemi, ou non ? Il ne pouvait pas la forcer à le croire, c'était inutile. C'était à elle de voir. Il se tut et se remit en marche.
-Une dernière question, fit Louise. Pourquoi as-tu pris ce chemin ? Le village que je veux rejoindre était au Nord, tu le sais, et tu t'es dirigé vers l'Est. On va mettre beaucoup plus de temps à rentrer.
-Le Roi a déjà dû se rendre compte de ton absence. Il m'a sans doute appelé dès qu'il a trouvé ta cellule vide. Or, je n'ai pas répondu à son appel. Il a dû me chercher ce matin, pour finalement assembler les pièces du puzzle et comprendre que je t'avais délivrée. Énervé, il a envoyé une horde de soldats -des Cavaliers, sûrement- nous rechercher. D'après toi, quel chemin ont-ils pris ?
Louise ouvrit des yeux horrifiés.
-Le village !
La jeune fille réagit instantanément et courut sans se soucier de sa jambe dans la direction qui lui semblait être celle qui l'amènerait au village.
William avait raison. Le Roi aurait tout de suite pensé au village dans lequel Louise était restée dernièrement, et, puisqu'il sait apparement tout de sa vie, de ses déplacements et des gens à qui elle parle, ses amis étaient en danger. Oui, ses amis. Lucien, Théo et Aïna.
Louise slalomait entre les arbres à une vitesse folle, persuadée qu'elle arriverait trop tard alors que les soldats avaient dû être envoyés il y a à peine deux heures. Elle devait les rattraper et prévenir tout le village.
-Louise ! hurla William.
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