Je suis dans la même ville que lui. Dans à peine quelques heures, je le verrai de mes propres yeux, je pourrai enfin faire la seule chose dont j’ai toujours rêvée; le tuer. De mettre une foutue balle en plein dans son ventre. De le voir souffrir, autant qu’il me l’a fait faire depuis 16 années.
Je fais les cents pas dans ma chambre d’hôtel, observant du coin de l’œil le petit sac en papier brun se tenant sur la commode en me rongeant l’ongle de pouce. Je l’ouvre et prend dans mes mains le fusil qui s’y trouve à l’intérieur. Je passe mon index dessus en touchant sa texture. J’ai lu sur Internet comment s’en servir en gros et je vois qu’il ne contient qu’une seule balle. C’est ce qu’il me faut. Un coup, rapide et efficace.
Je me dirige dans la salle de bain et pointe l’arme devant mon reflet du miroir. Je m’imagine devant lui, en appuyant sur la gâchette.
-Boum. Dis-je en un murmure.
J’ai contacté Julie ce matin et elle m’a dit que son père voulait la rencontrer à son appartement à 22 heures précises. Il est 20 heures.
J’écris son adresse sur un bout de papier et prend aussi la peine de la notée dans mon téléphone au cas où. James Munroe, 1235 1st avenue, appartement 5.
Je glisse le tout dans mon sac à main, bien rempli. Je sors de ma chambre tranquillement et quitte l’hôtel. Je laisse la brise fraîche de la soirée me fouetter le visage tandis que je me dirige vers la salle de concert de Leeds. Je tiens mon sac comme si à tout moment quelqu’un pouvait me l’enlever, nerveuse d’avoir une arme sur moi. J’entre dans la loge de Louis comme si ne rien n’était.
-Coucou. Dit-il en souriant, assis sur une chaise de barbier, en train de se faire maquiller et coiffer.
-Allo. Dis-je en un sourire forcé.
Je me laisse tomber sur le canapé en cuire rouge en soupirant. Il n’a pas l’air de se rappeler que l’assassin de mon père est dans la même ville que nous et que je désire le tuer.
Je sors le papier où il est inscrit l’adresse de James Munroe et le roule dans ma main en jouant avec celui-ci. J’aperçois Louis se diriger vers moi et je le cache en vitesse sous mes cuisses.
-Ça va? Dit-il en s’asseyant doucement à ma droite.
-Ouais. Dis-je en hochant la tête.
Il dépose sa main sur ma cuisse et fait de petits ronds avec son pouce sur celle-ci. Je passe ma main dans ses cheveux en souriant.
-Je l’aime bien cette coupe.
Il glousse.
Un homme en noir entre dans la loge et fais signe à Louis de sortir avec son pouce.
-Je dois y aller. Dit-il.
Il se penche devant moi et m’embrasse. Je dépose ma main derrière sa nuque et prolonge se baiser, voulant qu’il dure pour l’éternité.
Il se lève en laissant glisser sa main sur mon bras.
-On se rejoint ici après le show? Dit-il en se retournant, dans l’embrasure de la porte.
-D’accord. Bonne chance. Dis-je.
Il me souffle un baiser et quitte la loge. Je soupire et laisse ma tête tomber sur le dessus du fauteuil en me remémorant mon plan pour ce soir. Je me décide enfin à me lever et sors dehors. C’est fou comment je suis nerveuse. Je prends des grandes respirations, le souffle tremblotant. Je marche dans la lueur des lampadaires sur la rue principale, les bras croisés nonchalamment autour de mon corps.
Je regarde sur mon téléphone l’adresse pour la énième fois. J’atterrie dans un stationnement vide, excepté d’une vielle camionnette rouge rouillée et d’un vélo. Je vois écris en bronze oxydé les chiffres 1235 et les battements de mon cœur s’accélèrent. Je regarde l’heure : 21h45. J’ouvre la porte en un grincement sourd et une odeur de renfermé et de moisi imprègne mes narines. Je monte les escaliers jusqu’à la porte où un collant « 5 » est inscrit dessus.
Je plis et déplie mes doigts à maintes reprises, et lève mon poignet dans les airs pour cogner mais reste dans cette position.
J’entends quelqu’un tousser à l’intérieur. Je songe à prendre mes jambes à mon coup. M’enfuir. Renoncer. Mais s’il y a une chose que j’ai appris dans ma misérable vie, c’est de ne rien craindre.
Je cogne deux coups secs et le regrette aussitôt.
-Entre. Dit une voix rauque mais qu’il m’est un peu familier.
J’entre ou pas? Je pose ma main sur la poignée de porte glacée et l’ouvre. L’appartement est sombre et miteux et rempli d’un brouillard de fumée de cigarette. Je pose un pas, puis deux et referme la porte fébrilement. J’entends encore tousser.
-Je suis dans le salon. Dit la même voix.
Je tourne à droite et vois une ombre assise sur un fauteuil, tenant une cigarette. Je peux voir son immense sourire aux dents jaunis au travers de la pièce. Et ses yeux bleus azure. Ces yeux. Je pourrais les distinguer entre mille.
-Julie. Dit-il d’un ton joyeux en ouvrant les bras.
-Non. Dis-je, désespérée qu’il me confonde à sa propre fille.
Je m’approche encore un peu. Je peux voir son visage ridé et ses quelques cheveux restant poivres et sels.
Il me dévisage un instant, surpris.
-Qui êtes-vous? Dit-il, en fronçant ses sourcils gris et mêlés.
À ce stade, je n’ai plus peur. J’ai confiance. J’ai même un sourire en coin.
-Sa meilleure amie. Dis-je sur un ton amusé.
Il me regarde, incertain de bien comprendre ce qui se passe.
-Je m’appelle Romy McGowen. Ce nom vous dit quelque chose?
Il me regarde avec des yeux exorbités, en remuant les lèvres, puis soudain, un sourire frappe son visage.
-Ah… dit-il en prenant une bouffée de cigarette. Je savais qu’on allait se revoir un jour.
Ces paroles me déstabilisent un peu.
-Que me vaut ta visite? Dit-il en jetant son mégot de cigarette parterre.
Il est toujours assis, et moi debout devant lui, le regardant d’un air de dégout.
-Je veux des réponses.
Il sourit en allumant une autre cigarette.
-Pourquoi avez-vous tué mon père?
Il soupire en secouant la tête.
-Bien franchement. C’est bien loin dans ma mémoire… Dit-il.
Je sors mon flingue subitement de mon sac. Il recule le coup en voyant mon geste.
-Je crois que vous pouvez creuser un peu plus loin. Dis-je sèchement en pointant mon engin sur lui.
Je trouve ma phrase assez cool. Je me sens comme dans un film d’espion et d’avoir piéger le bandit.
-Hé bien... Il soupire et se frotte les mains. Je vais faire ça le plus bref possible. Ma femme et moi venions d’être divorcés, je n’avais plus un sous. Je voulais plus que tout au monde que mon ange, Julie, puisse vivre chez moi autant qu’elle le pouvait chez sa mère.
J’hausse un sourcil en me croisant les bras.
-Mais pour cela, je devais pouvoir payer une partie de son éducation. Ce que je ne pouvais aucunement. On m’a engagé rapidement comme livreur. Mais de marchandises pas trop… légales. J’avais un énorme salaire alors je ne pouvais nier l’offre.
Il tousse.
-Mais plus le temps avançait, plus les jobs que mon employeur me donnaient étaient sales. Il me menaçait de me dénoncer si je ne les faisais pas. Il m’a forcé à tuer ton père. Il disait qu’il ne lui payait pas ses dettes et qu’il fallait en finir de lui. Ton père lui avait emprunté de l’argent pour payer ta maternelle si je me souviens bien.
J’ai un pincement au cœur.
-Et ensuite il m’a forcé à tuer une mère de famille. Et là, je n’en pouvais plus. Je ne dormais plus la nuit, suite à tous les remords que j’avais. J’ai donc décidé d’en finir et de le liquider à son tour, mon patron. Malheureusement, on m’a repérer pour le meurtre de ton père quelques jours plus tard.
Ouais. Malheureusement.
-Je ne suis pas le méchant dans cette histoire, Romy. Comme ton père, je ne voulais que le bien de mon enfant. Il a sacrifié sa vie pour sa fille, et moi bousillée la mienne.
Il tousse et prend une autre inspiration dans sa cigarette.
Mon cœur arrête de battre. Je suis complètement déboussolée. J’inspire bruyamment, les larmes aux yeux et les mains tremblantes. Je ne m’attendais pas du tout à cela.
-Maintenant range ce flingue ma petite. Dit-il, calmement.
-Non.
Il fronce les sourcils.
-Je suis venue ici pour autre chose aussi.
Je me mords la joue. Je n’ai pas tout fais ce parcours pour rien… Je ne peux pas reculer comme ça! Il reste tout de même l’assassin de mon père…
-Pour me venger. Dis-je en resserrant mon emprise sur le fusil.
*PDV Louis*
Je finis ma dernière note et nous remercions le public une énième fois puis je quitte la scène, encore légèrement sous l’adrénaline. Je parle un peu avec Harry et entre dans ma loge, m’attendant à voir Romy assise quelque part, comme à son habitude. Mais la loge est vide.
Je fronce les sourcils et me change en vêtements plus confortable. Je me décoiffe les cheveux un peu et bois de l’eau. Romy n’est toujours pas là et je commence à m’inquiéter.
Je regarde hors de ma loge, dans le couloir, espérant la voir arrivée mais en vain. Je m’assois sur le fauteuil et décide de l’attendre un peu avant de vraiment m’inquiéter. Elle est peut-être aussi tout simplement retournée à l’hôtel. Je sens quelque chose de rugueux sous ma cuisse et je vois un petit papier, je le déplie pour voir ce qui est écrit.
Mon cœur arrête de battre, comprenant soudain son comportement si nerveux aujourd’hui. J’avais complètement oublié qu’aujourd’hui, nous sommes à Leeds.
J’espère qu’elle n’a pas fait de bêtises.
Je cours dans le couloir menant à la sortie et Harry m’arrête.
-Tu fou quoi mec? Dit-il, une main sur mon épaule, voyant que je ne vais pas bien.
-Romy a des ennuis. Dis-je, anxieux.
Je me déprends de son emprise et cours dehors. Je regarde à gauche et à droite, passant ma main dans mes cheveux. Que Dieu fasse qu’elle ne fait pas de conneries. J’embarque dans la voiture noire et dit au chauffeur de sortir. Il me regarde, confus mais obéis à mon ordre et me laisse le volant.
Je conduis à pleine vitesse jusqu’à l’adresse indiquée. Je frappe le volant violemment. J’ai vraiment peur pour elle. Ce type est dangereux.
Faites qu’elle n’aille rien.
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Vengeance *terminée*
FanficRomy McGowen, 19 ans. Orpheline et assassine malgré elle. Tuer sa mère quand elle vous met au monde compte pour un crime? Son père, tué d'un coup de fusil sous ses yeux à ses 4 ans. Ce souvenir hante ses nuits depuis. Après avoir apprit une horribl...
