Chapitre 31

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Je prends une grande respiration. Je l'ai enfin devant moi. Je peux enfin le regarder en face, le défier du regard. Le voir affolé me fait pratiquement rire. Je ne me tiens qu'à quelques mètres de lui. Devrais-je le faire? Je dirige le revolver direct vis-à-vis l'endroit où il est supposé avoir un coeur. Le mien bat à tout rompre, je le sens résonner dans ma tête. Son visage apeuré est parsemé de gouttes de sueur. Il lève ses bras dans les airs et murmure des paroles que je ne peux distinguer. Devrais-je appuyer sur la gachette? Cela fait des années que j'attends ce moment... 16 ans. 16 ans que je veux ma vengeance.

Suis-je une meurtrière? 

Toute ma vie j’ai pensé qu’il était un salop, un connard. Mais, finalement, il ne tuait pas pour le plaisir. J’avais une image trop obscure déjà faite de lui. 

Je ne comprends plus rien. Je ne sais plus quoi faire. Les larmes me montent aux yeux. D’un côté, j’ai tout fait ce chemin pour réaliser ce qui me tracassait depuis des années, et de l’autre, je ne veux quand même pas tuer le père de ma meilleure amie… 

Julie. Je l’avais oubliée celle-là. 

Elle paraissait heureuse d’avoir de ses nouvelles, même si elle le détestait. Et lui, il l’adore. Je peux le voir dans ses yeux quand il prononce son nom. Il est sincère. Et je suis la mieux placée pour savoir qu’est-ce que ça fait de perdre son père.

Et en plus, il a tué son patron, le vrai assassin dans toute cette histoire. 

-Ne fais pas de bêtises. Dit-il d’une voix rauque. Je vais mourir dans quelques jours de toute façon, j’ai le cancer. 

J’écarquille les yeux.

-Laisse-moi au moins voir ma fille une dernière fois avant de mourir. Je l’aime. 

Un point se forme dans mon estomac. Je peux comprendre qu’est-ce que c’est, d’avoir le cancer. Je commence à pleurer. Je suis divisé en deux. Le tuer? Ou pas?

-Vous… Avez tuer… m-mon père… Dis-je entre deux sanglots. 

Il secoue la tête en fixant le sol. Je me pince les lèvres. Il va mourir de toute façon. Mais j’aimerais tellement le faire souffrir moi-même…

Je resserre encore mon emprise sur le fusil qui tremble de plus belle en pleurant.

Suis-une meurtrière?

*PDV Louis*

Je cours dans le stationnement sombre jusqu’à l’immeuble décrépit. J’ouvre la porte en un grincement sourd.

Pow.

Mon cœur s’arrête. C’était bien un coup de fusil. J’accélère le pas jusqu’à la porte 5 et l’ouvre en un fracas sourd. Je toussote un peu, surpris de l’odeur nauséabonde du tabac mélangée à celle du renfermé. L’appartement est mal éclairer. Mes yeux s’habituent à la pénombre et j’aperçois une silhouette accroupie parterre. Romy.

Je m’a genoux devant elle, les deux mains sur ses épaules. 

-Romy? Romy est-ce que ça va? Dis-je, inquiet.

Elle ne fait que secouer la tête en pleurant. Je l’observe de haut en bas, aucune blessure apparente. 

-J-je… Dit-elle en se prenant la tête entre les mains.

Je n’avais pas remarqué que nous étions trois dans le petit appartement miteux avant que j’entende un toussotement. Je me retourne en sursaut.

-Qu’est-ce que vous avez fait? Dis-je, avec de la rage dans la voix.

L’homme me regarde, un peu incrédule.

-Rien du tout. Elle a voulu me tuer mais elle a visé la fenêtre. Elle…

-Partez. Dis-je en le coupant.

-Mais c’est chez m-…

-PARTEZ.

L’homme se lève difficilement du sofa et marche lentement jusqu’à la sortie en se grattant le crâne.

-Je n’ai pas pu… Je n’ai pas pu… Dit Romy en pleurant.

-Shhhh… Dis-je en l’approchant contre moi pour la calmer.

*PDV Romy*

Tout mon corps tremble. Je n’y suis pas arrivée. Je suis une lâche. Une horrible lâche. 

Je pleure contre l’épaule de Louis. Je ne sais pas comment il a fait pour me retrouver mais ce n’est pas ce qui m’importe le plus pour l’instant. 

On aurait dit que je ne pouvais pas le faire. Qu’il y avait une force surnaturelle qui m’empêchait d’appuyer sur la gachette. Je me sens idiote et stupide d’avoir cru un instant que je pouvais tuer quelqu’un. 

Et ce quelqu’un étant le père de ma seule amie. 

Même s’il a tué mon père, il n’a qu’appuyé sur un bouton. Le véritable assassin est son patron, lui qui l’a forcé à passer à l’acte. 

-J-je ne pouvais pas… Dis-je en sanglotant, essayant de m’expliquer à Louis. E-excuse-moi…

Je me sens soudainement affreusement gênée.

Il ne fait que resserrer notre étreinte. 

Arès un bon moment, quand je réussis enfin à me calmer, Louis décide de prononcer un mot.

-Viens, Dit-il. On rentre. 

Il me tient la main serrée jusqu’au stationnement. J’essuie du revers de la main mes larmes en les étendant sur mes joues. Je marche super lentement, comme si mes jambes allaient cédées au moindre mouvement brusque.

Nous embarquons dans la voiture et le trajet se fait en un silence complet. J’appuis ma tête contre la vitre et regarde le paysage défilé. 

Je l’observe, concentré sur la route. Il a la mâchoire crispée et ses biceps sont contractés sous la forte emprise du volant. Nous débarquons dans le parking souterrain de l’hôtel. Il me prend les mains et me transperce de son regard. 

-J’ai un peur pour toi. Dit-il, les yeux humides.

Je regarde le sol, honteuse.

Il m’enlace, laissant quelques baisers au passage sur ma nuque. Je m’agrippe à son T-Shirt, pour ne plus jamais m’éloigner de lui.

Vengeance *terminée*Où les histoires vivent. Découvrez maintenant