1. Blanche

230 14 0
                                        

  Dans la petite ville de Blackcity, le seul lycée disponible dans les alentours est le lycée d'Albert Brook, un établissement scolaire qui peut accueillir cent cinquante élèves. Albert Brook était un homme merveilleux, ma sœur et moi avons été triste de sa mort. Il était l'un des fondateurs de cette ville normande et c'est lui qui a commencé à fonder ce lycée. Venir étudier dans ce lieu que j'ai commencé à construire en 1849, me rappelle des souvenirs merveilleux. C'est aussi un privilège. Ce lycée représente tellement la personnalité d'Albert. C'est un peu comme revivre avec lui. Je n'ai jamais vu le lycée fini, car Guenièvre et moi avons dû partir. Peu de temps après Albert est mort. Apparemment, il a réussi à finir son lycée. On m'a dit qu'il fait deux étages et qu'il n'a pas été rénové depuis qu'il a ouvert en 1851. Quand nous sommes parti, le rez-de-chaussée venait à peine d'être terminé.

   Je suis légèrement inquiète pour cette rentrée. Je n'ai pas été au lycée depuis près d'un siècle. Les méthodes éducatives ont bien changé et de nouveau cours ont été créés. J'ai peur de ne rien comprendre. J'ai beau connaître plein de choses depuis ma venue au monde, je ne comprends pas le fonctionnement d'internet.

   Je suis à peine rassurée de savoir que le proviseur du lycée est un vampire comme nous, enfin comme moi. Elle m'a mise dans une classe où l'emploi du temps comporte le moins d'heure de sport. J'ai une licence pour ne pas en faire, mais en avoir le moins possible c'est toujours mieux. L'apparence d'un vampire ne peut changer négativement. Nous ne grossissons pas, mais par contre nous pouvons maigrir. Nous ne pouvons pas récupérer notre poids perdu. En faisant du sport, nous perdons du poids que nous ne gagnions plus même si on passe une semaine à se gaver de nourriture la plus grasse du monde. Le sport est donc interdit pour les vampires. La directrice a promis d'informer mes futurs enseignants que je pourrais avoir des problèmes pour suivre et pour comprendre des cours à cause de l'accident de mes parents.

   J'ai rendez-vous avec le proviseur à huit heures trente précise, l'heure où les cours doivent commencer, à ce que j'ai compris. Je ne tiens pas spécialement à la faire attendre alors je suis partie assez tôt chez moi. Sauf que maintenant, j'ai une bonne demi-heure d'avance. Une personne normale serait parti chercher où se trouve l'administration et aurait attendu là-bas jusqu'à l'heure du rendez-vous. Sauf que je ne suis pas une personne normale, je suis un vampire. Arrivée en avance n'est pas dans mes habitudes et encore moins dans celles des vampires. Un vampire n'arrive jamais en avance. Dans notre culture, arriver en avance est considéré comme de l'impolitesse. Votre hôte aura considéré que vous allez arriver à l'heure et n'aura peut-être rien préparé. Elle se précipitera et oubliera, sans doute, des choses. Vous ne pouvez pas faire plus impoli. Être à l'heure est respectueux. Le retard est excusable tant qu'il reste léger. Plus d'une heure de retard sans prévenir à l'avance votre hôte est une faute grave. C'est impardonnable. Vous pouvez même être envoyé en prison pour ça. Vous trouvez ça ridicule ? Ce sont pourtant les lois vampiriques. Allez dire à un vampire que ces lois sont ridicules et je ne donne pas cher de votre vie. Vous serez soit mort soit devenu un vampire. Dans les deux cas, ça reviendra au même. Les vampires sont pacifiques sauf quand il est question de leurs lois et des traditions qui vont avec.

   En attendant que l'heure du rendez-vous arrive, je vais dans un petit café que j'ai repéré non loin du lycée. Je gare ma voiture, un C4Picasso bleu, sur le parking de l'établissement. Je suis rassurée de constater que toutes les voitures présentent sur le parking ressemblent à la mienne. J'avais peur que ma voiture fasse tâche et que je me fasse encore plus remarquer qu'en arrivant ici au milieu de l'année. Ma voiture garée, je pars à pied vers le café. Je ne mets que deux minutes pour y arriver. Je rentre à l'intérieur lorsqu'un groupe de jeunes y sort. Un rapide coup d'œil à la pendule en bois m'indique qu'ils vont au lycée. Le sol est un damier noir et blanc qui contraste avec les murs d'un rouge bordeaux. Des banquettes marron sont disposées au milieu de la pièce au niveau de chaque poteau. Le bar se situe au fond de la pièce en opposition à la porte. Quelques clients se trouvent dans la pièce. C'est rustique mais magnifique. Je décide de manger un peu avant de retourner au lycée. Je m'installe derrière le bar typique des années trente. Une serveuse d'une vingtaine d'année et à la chevelure de feu s'approche de moi, un sourire aux lèvres.

Arthur, Tristan et moi.Des histoires addictives. Découvrez maintenant