#4 Proposition

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Alors que les aiguilles de l'horloge murale avaient entamé la dernière heure de l'après midi, une fatigue commune avait fait de nous, des êtres dénués de force. Le plateau télé désormais vide de présence, j'avais soudainement repensé à ces nombreuses questions que l'hôte s'était fait un plaisir de nous poser.

Les lignes de nos textes encrées dans notre mémoire, on s'était assurés de répondre exactement, et à la lettre près. Le script possédait sa part d'importance et pour cause, nous ne possédions aucun droit d'exprimer nos idées personnelles. 

Parce que nos réponses étaient déjà écrites et qu'il nous était interdit de faire part de nos opinions.

Et alors que j'avais fermé les yeux dans la voiture, une question m'était revenue en tête, telle une douce et ingrate torture.

"Alors que vous ne jurez plus que par la musique, et que la scène semble ne plus vous quitter, croyez-vous pouvoir décrire votre ressenti lorsque vos pieds foulent ce sol cacophonique?"

Cette question, j'avais beau eu la lire. Passer mes iris sur ces écritures d'imprimerie... J'avais eu beau la détailler, encore et encore, ça n'avait pas empêché mon cœur de se serrer à chaque tentative.

Sur le moment, installé sur la chaise du plateau et un micro accroché au col de mon pull, je m'étais interrogé. Sur les émotions que j'aurai pu exprimer... Sur les larmes dévalant mes joues, chaque fois que je quittais le public. J'avais questionné mes pas, lorsque je délaissais les dernières marches de cette scène.

Cette question, j'avais été incapable d'y répondre.

Sans doute que fut là, la raison pour laquelle je n'y avais pas donné d'explications.

A mes côtés, Taehyung semblait avoir assisté à mon manque de réaction. Il avait pris l'initiative de répliquer à ma place, aussi.

C'est dans les loges que j'en avais payé le prix. Que les cris de mon manager s'étaient chargés de me faire fermer les yeux. 

Lorsque nous avons rejoint le van, je m'étais installé côté fenêtre, pour y appuyer ma tête le temps d'un trajet. J'avais ignoré Jungkook qui, assis à côté de moi, avait tripoté ses doigts, certainement honteux. C'est dans une vaine tentative de réconfort qu'il avait cherché le regard fuyant de Taehyung, à sa gauche.

Le regard vide de Namjoon hyung m'avait fait comprendre, qu'il valait mieux ne pas ouvrir la bouche. Parce que nous avions sans doute tous besoin de ce silence.

Un silence désagréable, lourd, qui s'était peu à peu installé au sein du groupe ces derniers mois. Les murs des dortoirs n'accueillaient plus les éclats de rire, et les larmes de joie se faisaient chaque fois, un peu plus rares. En fait, la fatigue nous bouffait, ne laissant derrière elle, qu'une pauvre envie de tout arrêter.

Notre vie n'était pas catastrophique. Bien que j'avais l'impression que rien n'allait comme je le souhaitais. Que je voyais mes sourires disparaître et mes motivations s'effriter. Nous ne demandions pas grand chose, pourtant. Un temps de repos, une trêve.

A ce moment là, j'avais difficilement compris, que je n'avais besoin de rien d'autre, que de vacances.




***




- Tiens. Taehyung s'était doucement penché sur mon épaule, une paire de baguettes entre les doigts.

You're not aloneOù les histoires vivent. Découvrez maintenant