cinq.

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   À la mi-janvier, Florence est venue manger à la maison. Je n'avais toujours pas réussi à lui dire quoi que ce soit. Parce que je n'avais pas le cœur à le faire. Elle me rejoint tous les soirs après les cours, au lycée, elle me regarde et me sourit comme si j'étais ce qu'il y a de plus précieux au monde. Elle m'embrasse devant tout le monde. On fait les magasins ensemble. Même, quelques fois, je me sens bien avec elle. Je suis allé chez elle à quelques reprises, elle m'a présenté à sa mère, même son chien m'adore. Je lui en veux d'être allée aussi loin. Je lui en veux parce que ça va être chaud de devoir lui dire que je ne suis pas vraiment heureux et que je me sens coincé et perdu. Elle est amoureuse. Et briser le cœur d'une fille amoureuse, c'était vraiment le truc à ne pas faire. Alors, quoi, j'ai joué le jeu pendant trois mois et demi, et là, elle était à table avec mes parents et Gemma. Gemma qui se tait et qui ne dit rien mais qui m'a fusillé du regard quand elle a appris que je n'avais toujours pas rompu avec elle. Si Louis n'était pas toujours dans ma vie, j'aurais sûrement supporté Florence jusqu'à ma mort, parce qu'elle était une solution facile à presque tous mes problèmes. Je veux qu'on me respecte au lycée ? Elle est là. Je veux que mes parents pensent que tout va bien dans ma vie et qu'ils ne se posent pas de question sur mon orientation sexuelle ? Elle est là. Si je la perds, je perds mon seul véritable bouclier contre tout ce qui me fait peur, l'ancre qui me retient sur Terre. Avec un léger examen rétrospectif, j'ai réalisé que c'était un peu dégueulasse pour elle. Quand tout ça sera fini, je vais vraiment mériter ce coup qu'elle va me mettre dans les couilles, je ne me plaindrai même pas.

Avec Louis, c'est un peu plus compliqué. Je m'attache, et je m'attache tellement vite que je me fais peur. Je vais chez lui et on passe l'après-midi ou même la nuit ensemble. Je m'impose un peu, je l'avoue, je force, mais je n'ai pas l'impression qu'il me considère comme une nuisance. Sa mère me voit et elle s'en fiche. Sa chambre me détend. Il y a toujours une petite musique d'ambiance et il a d'excellents goûts. Quand je dois lire un livre pour une classe, je lis sur son lit et il révise ses notes de cours en passant sa main dans mes cheveux. Je m'endors toujours contre lui et ça le fait rire. Quelques fois, on va danser. On danse, et on ne rentre qu'au petit matin. C'est dans ces moments-là, entre la nuit et le jour, quand on se retrouve dans cette sorte de transe, que je suis le plus heureux. Quand je danse avec lui, je me laisse complètement aller, j'oublie tout, et je sais que lui aussi. Je sais qu'il adore être Le Mec Qui Danse Bien autant que moi j'adore être son Partenaire Particulier.

     Une nuit, on s'embrassait. C'était derrière la discothèque où on allait toujours, un endroit illuminé par les néons bleus. Et on s'était chauffés. Je lui avais dit que je voulais aller plus loin avec lui, pour une fois, parce que ce qu'on faisait déjà, ce n'était pas assez ni pour moi ni pour lui. On est rentrés chez lui à quatre heures du matin. Cette nuit-là, on l'a fait, mais il ne m'a pas laissé le toucher avant que je mette un préservatif. Je n'en mettais jamais avec Florence parce qu'ils me font chier, mais pour lui, j'aurais fait n'importe quoi.

Le reste de la nuit n'était qu'un beau désordre complètement flou; des soupirs, tellement de soupirs, des baisers et nos mains partout. C'était un peu maladroit, par moments, mais je n'ai jamais eu le temps de me sentir mal à l'aise, il me montrait comment me rattraper, il me chuchotait quoi faire, et il approuvait chaque fois que je le faisais bien, il me rassurait tout le temps.

On n'a pas dormi tout de suite après, même si le soleil allait bientôt se lever. Le ciel n'était plus noir, là dehors, il était d'un bleu très foncé, qui s'éclaircissait au fil des minutes. On entendait les tourterelles roucouler derrière sa porte-fenêtre. On reprenait notre souffle ; enfin moi, surtout. J'étais tout contre lui, et je ne savais pas ou commençaient mes propres membres et où finissaient les siens. Il caressait ma peau avec ses doigts, il aimait bien faire ça, et je le laissais faire. J'ai senti qu'un truc avait changé, soudainement, mais je n'ai pas voulu en parler. J'allais devoir y faire face bientôt.

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