-Rentrée-

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A ma rentrée en Première L, j'ai cru pleurer de joie.

Quand j'ai vu qu'Alice était dans ma classe, je n'ai juste pas pu m'empêcher d'avoir un grand sourire sur mon visage.

Elle allait être dans ma classe, peut-être à côté de moi pour certaines matières ! On allait peut-être travailler ensemble !

Pour Alice, je travaillerais jusqu'à minuit pour l'aider à avoir des bonnes notes.

Vous devez bien imaginer mon état d'esprit lorsque j'ai découvert que nous étions voisins pour la physique-chimie.

Mais là n'est pas le sujet.

Lorsque j'ai vu que nous étions dans la même classe donc, j'ai aussitôt décidé que je serai au fond pour la majorité des cours, afin de pouvoir la regarder durant autant de temps que je veux sans avoir l'air étrange.


Le lendemain de la rentrée des cours, je me suis planté et suis arrivé un quart d'heure en avance. Les couloirs étaient vides, tout le monde était dans la cour, mais je n'avais pas envie d'y aller, donc je me suis juste assis devant la porte de la salle de classe.

Je n'avais rien de très intéressant à faire, pas même sortir mon portable, n'ayant ni internet, ni d'amis à qui parler, ni jeux intéressants.

Je me tenais en tailleurs, le menton dans ma main, à rêvasser simplement, quand Alice est arrivée. Mon cerveau s'est aussitôt affolé.

Alice n'avait donc toujours pas d'amis. Au lieu d'aller essayer de sociabiliser avec les autres, elle savait, comme moi, que cela ne servait à rien, et préférais juste attendre patiemment que le temps passe.

Elle s'est assise à côté de moi, et deux parties de ma conscience se sont mises à batailler.

Je crevais d'envie de lui parler, de lui dire comme elle m'avait manqué, comme elle n'avait pas changé excepté son bronzage.

Mais encore une fois, une personne comme moi ne méritait pas de parler à quelqu'un comme Alice. Je devais me contenter de sa présence, juste à côté, qui me donnait envie de poser ma tête contre son épaule.

Alors j'ai inspiré d'un coup et j'ai décidé de redire un truc bizarre.

« Alice, je... J'adorerais avoir une discussion avec toi, mais dès que je te vois, tu m'impressionnes tellement que je perds toute idée de sujet de conversation, c'est horrible. »

Alice est vraiment parfaite.

Elle ne s'est pas moquée de moi, elle n'a pas roulé des yeux, elle ne m'a pas ignoré.

Elle a juste tourné la tête pour cacher ses dents dans son rire. Et elle m'a aidé.

-Ne t'inquiète pas, je connais ça aussi, parfois c'est compliqué... Alors, en L, hein ? C'est rare les garçons. Tu comptes faire quoi plus tard ?

-Quelque chose dans l'information et la rédaction, voire même la traduction. Pour ça que j'ai tenté le club Journal. Toi tu veux être illustratrice pour enfants, c'est ça ?

Je me suis aussitôt mentalement claqué en me rappelant que je n'étais pas censé connaître cette information. Je l'avais entendu par hasard, en laissant mes oreilles trainer l'an dernier.

Mais heureusement, Alice n'a pas relevé et a acquiescé en souriant.

Alice est parfaite.

J'allais reprendre lorsque le prof a débarqué en nous disant que s'asseoir dans le couloir était interdit. On s'est relevé, et lorsque le reste de la classe est arrivé, j'ai préféré faire figure basse, parce que s'il y avait bien une chose que je ne voulais pas, c'était la mettre mal à l'aise devant les autres, ou lui coller une étiquette.

Le pire serait qu'on commence à la vanner parce que le garçon bizarre et seul de service lui tourne autour.

Si cela venait à arriver, alors peu m'importe ma réputation ou quoi, et je dirai à tous que je suis gay. S'il le faut, je ferai semblant d'aimer un homme. Tout plutôt que de lui infliger ça.


La fin d'année approche à grands pas à présent.

Nous n'avons plus eu aucun échange durant lequel je lui dise mon admiration pour elle. Je préfère faire cela quand nous sommes seuls, chose qui arrive rarement, et je ne veux pas lui demander de me suivre dans un endroit calme.

Non, je ne veux vraiment pas la déranger.

Il est vrai, peut-être que je ne la verrai pas l'an prochain. Peut-être que c'est ma dernière chance.

Mais je m'en fiche. Je ne veux pas la mettre mal à l'aise avec mes idées étranges. Alors je préfère admirer mon soleil de loin.

Après tout, nous ne sommes pas faits pour être au même niveau. Jamais je n'aurais la prétention de lui demander un baiser, ou d'affirmer pouvoir la rendre heureuse.


Je suis en plein dilemme.

Devrais-je tout de même tenter ma chance ? Je n'ai jamais ressenti quelque chose comme ça auparavant. Ai-je le droit d'être un peu égoïste ?


Et cette forme d'amour est tellement différente que celle que je porte à Luc. C'est troublant.

Est-ce que ça veut dire que je n'en aime en réalité qu'un, et me trompe sur le compte du deuxième ? Ou bien y a-t-il réellement différentes façons d'aimer quelqu'un ?

Je n'en sais rien.

Alice, c'est la douceur, l'élégance, mon bonheur contre le sien à tous prix. Mais qui me dit que ce n'est pas juste de l'admiration ?

Luc, c'est la fougue, la brutalité, l'envie féroce qu'il m'appartienne et vice-versa. Mais qui me dit que ce n'est pas juste de l'attirance ?


Peut-être ne suis-je pas fait pour la romance, et ferais mieux d'arrêter d'espérer en vain.

De toute façon, ce n'est pas comme si j'avais une chance avec ne serait-ce que l'un des deux.


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