-Décision-

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J'ai ri.

Après un silence de quelques secondes suite à ses révélations, j'ai ri.

Je crois que ça l'a surpris un peu parce qu'il a haussé un sourcil. Mais moi, je pouvais juste penser aux SMS.

-C'est clichéééé ! j'ai glissé entre deux rires.

Je crois qu'il comprenait encore moins, donc j'ai développé :

-Tu sais, y a quelques semaines, tu m'avais envoyé des messages bourrés pour me dire que tu m'aimais encore... C'est hyper cliché le coup du « je suis bourré donc je dis la vérité mais en fait tu crois que je divague » !

Il n'a toujours rien dit et a juste attendu en me regardant avec cet air blasé.

Puis j'ai réalisé que je venais littéralement de lui rire au nez alors qu'il s'était confessé.

-Pardon. Je-

-Pas grave. Je me fiche du râteau. Je veux juste que tu le saches. Que tu prennes ça en compte quand tu choisiras si tu veux m'effacer de ta vie.

L'ambiance était très vite devenue tendue, et je n'éprouvais pas tant de joie de savoir que Luc m'aimait.

Enfin, si, bien sûr, j'en étais plus que ravi.

Mais ça bouleversait tout. Tous mes plans.

Pouvais-je lui demander la fin de notre relation à présent ? Et si je pouvais l'aider à aller mieux ? L'amour plus fort que tout et tout le bazar ? Je ne savais plus, et je ne pouvais pas lui dire comment je me sentais, parce que ça allait juste tout empirer.

Luc venait clairement de me dire qu'il ne choisirait pas.

Que j'étais le seul à choisir notre futur.

Je n'en savais rien.

J'étais mort de peur.


J ' é t a i s  c o m p l è t e m e n t  p e r d u .


-Que- Luc, je ne peux pas-

-Oh si tu peux. C'est pas bien compliqué. Tu semblais avoir pris ta décision pas bien plus tôt en plus. Quoi, maintenant que tu sais ce que tu voulais savoir, tu me prends en pitié ?

-Je- Non ! Juste- Tu ne peux pas me demander de choisir un truc aussi important seul et sans me laisser le temps de réfléchir !

-C'est oui ou non Lucas. Rien de plus.

Je n'ai rien pu répondre. Je l'ai regardé d'un air complètement hagard parce que Luc était redevenu méchant. Il me regardait d'un air impassible, froid. Il était toujours sur moi mais ne me touchait pas.

Il était redevenu le nouveau Luc.

Et une porte en moi a claqué.

Il se foutait de ma gueule. Il disait m'aimer mais restait comme ça.

Si j'acceptais de rester avec lui, il allait continuer sur cette voix.

C'est ça que je voulais ? Être en couple avec le fantôme de celui que j'aimais, qui était à présent distant, méchant, résigné, déprimé, mort ?

Non.

Définitivement pas.

Ce n'était pas Luc qui était amoureux de moi, c'était son cadavre.

-Parfait, j'ai juste dit froidement en me levant, le poussant sur le côté.

-Parfait, il a répété sans aucune émotion, ne bougeant pas.

J'ai renfilé mon haut, suis allé chercher mon sac déjà préparé, ai mis mes chaussures et mon manteau et me suis dirigé vers la porte d'entrée.

Je pensais que tout allait se passer dans le même silence écrasant et pesant quand la voix de Luc a retenti, rugissant toute sa haine, gerbant son dégout.

-C'est ça ! Casse-toi de chez moi connard ! Va baiser ton ange, laisse-moi crever comme un rat tout seul, j'le mérite ! T'as été la pire chose qui me soit arrivé de toute ma vie putain !

Je me suis retourné, la main sur la poignée, pour le fusiller du regard.

-Qu'est-ce que je devrais dire.

Je suis sorti en claquant la porte derrière moi.

Quelle après-midi de merde.


J'ai commencé à descendre les quatre étages par les escaliers en me retenant de me rouler en boule dans un coin pour pleurer. Je voulais juste rentrer à la maison et me mettre dans mon lit pendant des heures. Mais à quoi bon ? Je savais depuis bien longtemps que mon Luc était mort, ce n'était pas nouveau.

Cela faisait bon moment que je savais que le nouveau était différent, froid, et


Déprimé.


Dépressif.


S u i c i d a i r e


Je n'ai pas réfléchi, j'ai quitté le hall et ai fait un demi-tour violent en courant, manquant de rater des marches dans mon ascension. Qu'importe, je m'en foutais, tout ce à quoi je pensais était que je venais de laisser seule et dans un état mental horrible une personne qui aimait se faire du mal et avait un désintérêt prononcé pour la vie.

Je me suis précipité le plus vite possible au bon étage avant de m'engouffrer dans son appartement qui, Dieu merci, n'avait pas été verrouillé suite à mon départ.

J'ai balancé mon sac à la con qui me gênait dans le salon vide, et j'ai couru dans sa chambre en m'époumonant sur son prénom.

Vide.

J'ai rappelé Luc, et ma voix a déraillé pendant que je me dirigeais à nouveau en courant vers la salle de bain.

Elle était entrouverte et je pouvais voir de la lumière à l'intérieur.

Je n'ai pas réfléchi et ai foncé pour l'ouvrir, avant de manquer de tomber en arrière sous la résistance qui s'y opposait.

Il était en train d'essayer de la fermer à clef de l'autre côté.

Je n'ai pas sa force, mais je suis un squelette sur pattes, alors j'ai placé la partie droite de mon corps dans l'ouverture, l'empêchant de la fermer, ignorant la douleur et ses insultes criées.

D'un coup, la résistance a disparu, et à peine étais-je entré dans la pièce qu'un poing s'est abattu sur ma face, me déséquilibrant.

J'ai chuté en avant en ayant cependant le réflexe d'agripper au passage Luc qui continuait de m'insulter.

J'ai voulu maintenir ses bras (qui n'étaient à mon plus grand soulagement pas encore rouges) au sol, mais il m'a donné un coup de pied et nous a fait rouler, échangeant nos positions, et se retrouvant donc au-dessus de moi.

Je n'ai pas réfléchi.

Quand je l'ai vu lever son poing,

Je me suis redressé.


Et je l'ai embrassé.

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