Louiza est sûrement une réincarnation d'Aphrodite, ou Vénus si vous préférez.
Je ne sais pas comment elle a réussi son coup, mais nous y voici : je vais dormir chez Luc !
Enfin, officieusement.
Officiellement, mes parents ainsi que ceux de Louiza pensent que je vais chez elle. Ma tante et mon oncle partent en voyage ce week-end et lui laisse la maison. Je suis donc bien sûr invité à rester avec elle.
Sauf qu'elle a appris pour mes résolutions, et que pour elle, il est impensable que je ne mette pas aussitôt mon plan en exécution.
Alors pendant que je traînais sur mon téléphone avec elle devant Sherlock, elle me l'a arraché des mains et a couru s'enfermer aux toilettes pour que je ne puisse pas l'attraper.
Quand elle est ressortie, elle avait envoyé un sms à Luc pour lui dire que je voulais aller dormir chez lui ledit week-end.
J'ai bien sûr aussitôt renvoyé un message pour lui dire qu'il n'était pas obligé et que je déconnais, mais il a dit que ça ne le dérangeait pas. Qu'il avait lui aussi l'appartement seul.
Que je pouvais venir.
C'est environ à ce moment-là que j'ai paniqué en sautant à pieds joints, disant à Louiza qu'elle était à la fois ma cousine préférée et détestée. Il fallait être culotté pour s'inviter comme ça à l'improviste, mais vue le résultat, avais-je le droit de lui en vouloir ?
On a passé la fin de notre après-midi devant la série à réfléchir à, je cite, « un plan d'attaque » pour que le week-end se passe bien. Ce qui s'annonçait assez compliqué vue que Luc est une vraie girouette en terme de sentiments et humeurs.
Nous avons décidé que, pour la première journée (enfin, après-midi/soirée) et nuit, j'allais être bonne pâte, ne pas aborder de sujets fâcheux, à savoir tout ce qui était notre future relation ou sa mutilation.
Et ce sera le lendemain que ça se corsera.
Parce que je vais devoir parler franchement des deux plus gros sujets sérieux qui nous divisent.
Et que je sais que ça risque de nous énerver.
Quand il m'a ouvert, j'ai encore fait mon étrange coucou de la main en souriant.
Ça l'a fait rire, et il m'a donné une tape sur l'épaule en m'invitant à rentrer. Il était de bonne humeur, ce qui était une super chose.
Il avait un peu l'air fatigué. Peut-être que ça allait avec. Trop fatigué pour se battre ou se prendre la tête. Son teint était toujours aussi blanc, ses cernes toujours aussi foncés, ses cheveux dignes d'une œuvre d'art, et il avait sa « tenue de flemme », celle qu'il mettait pour traîner chez lui. Un pantalon large, un gros pull, ses lunettes et pieds nus.
Oui, ce n'était absolument pas un rendez-vous. C'était une journée détente, à la cool. Entre amis.
On a fait plusieurs parties de jeu vidéo en mangeant des trucs pas forcément bons pour la santé tout en parlant de tout et de rien (même si on privilégiait ce qu'on appelait des « mini-débats » sur un peu tous les sujets polémiques possibles) et en blaguant pas mal.
On a (enfin, surtout moi, Luc ne mange pas beaucoup) pris le gouter en mettant au point un scénario de série (parce qu'on adorerait en créer une), puis on a décidé que, comme elle serait dans le genre de l'horreur et glauque, on allait se faire un marathon de films du style pour s'inspirer. Mais le soir. Pour avoir peur.
En attendant la nuit donc, on a juste traîné sur le canapé dans des positions qui ne sont pas adaptées au meuble et où nos jambes étaient souvent plus hautes que nos têtes, à moitié sur nos portables, à moitié sur notre projet de série.
On a vraiment passé un bon moment.
Surtout quand Luc a commencé à poser sa tête sur mon ventre.
On ne parlait pas spécialement, mais nous n'en avions pas besoin. Entre nous, on se comprends sans discuter. Ça m'a détendu.
C'était presque comme avant.
Quand notre relation était plus qu'ambiguë, mais sans aucun sentiment romantique de mon côté.
C'était agréable et rassurant. Vraiment.
J'avais envie de lui caresser la tête et de jouer avec ses boucles, mais je me suis retenu. Parce que je ne voulais pas évoquer des sensations contradictoires, être très proche un jour pour le repousser le lendemain.
Même si c'était quand même un peu ce que je faisais.
Bref, on a traîné et c'était super.
Quand il a commencé à faire tard, il s'est levé pour aller prendre son manteau et mettre ses chaussures. Il voulait sortir pour aller commander à la pizzeria dans l'angle de la rue (et sûrement se griller une cigarette discrètement), mais j'ai insisté pour l'accompagner.
Luc est une personne très à cheval sur les manières, contrairement à ce qu'on pourrait penser. Il déteste lorsque ses invités font des choses non-agréables pour eux. Alors vue qu'il faisait froid et qu'il pleuvait, ça ne l'enchantait pas vraiment que je vienne avec lui, parce que « Tu es un enfant, et les enfants ça reste à la maison au chaud devant un Disney pendant que papa va chercher le repas ! ». J'ai fait une remarque sur notre différence de taille mais il m'a juste écrasé le pied.
Donc je l'ai bel et bien accompagné quand même.
On n'avait qu'un parapluie pour deux, mais ça ne me dérangeait pas de me coller à lui pour rester à l'abri. Il a bien sûr dit que je pouvais l'avoir pour moi tout seul, mais je lui ai donné une claque dans la nuque pour lui dire que non.
On en a acheté deux, on est rentré, et comme je claquais des dents à cause du vent qui s'infiltrait dans ma veste, Luc m'a proposé de prendre son manteau en plus.
Bien sûr, j'ai refusé, parce que d'un, je ne voulais pas que lui choppe la crève, de deux, ses vêtements n'étaient pas à ma taille, et de trois, merci, j'ai encore un honneur.
Mais rien que le fait qu'il me l'ait proposé, ça me rend heureux.
Enfin bref.
Nous sommes rentrés, nous avons lancé le premier des films d'horreur, puis on s'est installé confortablement pour passer une bonne soirée.
Et elle le fût.
On s'est maté plusieurs films pour se faire un marathon, ce qui fait qu'on s'est couché vers les trois heures du matin. En fait, Luc aurait même pu continuer un petit moment, mais je commençais sérieusement à ne plus comprendre ce qu'il se passait à l'écran.
On est allés dans sa chambre, il y avait un matelas par terre. Comme je savais parfaitement qu'il voulait dormir dessus et me laisser son lit, je me suis mis en tenue de nuit pour aussitôt m'étaler comme une loque dessus, l'en empêchant. C'était son lit bon sang.
Il a râlé et essayé de me soulever pour me mettre sur son matelas, mais il n'a pas réussi.
Donc il m'a grogné dessus et s'est mis sur le bord de son lit après plusieurs longues minutes de débat.
On s'est souhaité bonne nuit et puis plus rien, juste le bruit de nos respirations.
Je pense qu'il s'est dit que je dormais. Alors il a baissé sa main à mon niveau, et il m'a caressé les cheveux.
Et ça m'a bel et bien aidé à vite m'endormir.
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Notre Bordel d'Amour
RomanceJe ne dis pas que notre histoire d'amour était de base vouée à l'échec. Je dis juste que, si j'avais mis en marche trois neurones, j'aurais un minimum repéré le plan foireux à notre sujet. Je veux dire, vous en connaissez beaucoup, vous, des ados e...
