-Réalisation-

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J'étais assis sur ma chaise de bureau, pour une quelconque raison. J'essayais de dompter mes maths il me semble, sans grands succès. Luc avait toujours été meilleur que moi dans cette matière.

Lui, il était juste à côté, et il savait parfaitement dans quelle galère j'étais. On pouvait voir à son petit sourire en coin qu'il s'amusait pas mal de la situation, penché vers ma feuille -à moins que ce ne soit vers moi- avec sa main posée sur ma cuisse. Je pouvais sentir son odeur et sa chaleur.

Ses encouragements en avaient la forme, mais on sentait bien dans la façon qu'il les disait qu'il ne les pensait pas, et ne voulait que m'embêter pour me déconcentrer.

Malheureusement pour lui, son plan avait échoué, parce que j'avais eu une illumination en me rappelant enfin de la forme canonique de cette putain de fonction.

Ça l'a énervé et il a froncé les sourcils. Au moment où j'allais pour écrire la réponse, il a saisi mon poignet pour le poser vers sa nuque, m'en empêchant.

J'ai a mon tour été agacé et allais lui demander ce qu'il faisait, quand il m'a coupé en se penchant vers moi pour m'embrasser.

Je ne comprenais rien, à part que sa bouche était -très- agréablement chaude et qu'il venait de se hisser sur mes genoux sans s'arrêter, m'encerclant la taille de ses jambes.

Et ma fierté ne put s'empêcher de remarquer que, même dans cette position, je restais légèrement plus grand.

Je crois que mon cerveau a décidé d'arrêter de coopérer à peu près à ce moment-là et je me suis laissé emporter par les sensations agréables en utilisant ma main bien placée pour le presser plus fort contre moi, passant mon autre bras par-dessus son épaule pour pouvoir agripper le dos de son haut.

Je ne pensais plus avec des mots qui m'auraient rappelé qu'on n'est -en théorie- pas censé embrasser son meilleur ami, mais avec des sensations qui adoraient sentir son poids sur moi, ses mains à moitié fourragées dans mes cheveux, à moitié posées sur mes joues, ses ondulations de hanches contre les miennes, et bien sûr sa bouche contre la mienne, démultipliant ma perception de nos contacts.

Je n'ai jamais eu de relations amoureuses, et n'ai donc aucune expérience, mais tout est venu instinctivement sur le coup. Savoir quel endroit caresser, quand arrêter le baiser, ce n'étaient pas des questions auxquelles je devais réfléchir, mais des envies que je mettais en place quand je le voulais.

Quand il a quitté ma bouche pour descendre prendre soin de mon cou par des baisers et autres mordillements, mes lèvres étaient bizarres et je voulais qu'il remonte pour ne pas les laisser seules. J'ai perdu tout sens du consentement et l'ai tiré de force pour qu'il s'exécute. J'ai senti son sourire dans le baiser en même temps que ma respiration commençait à s'affoler à cause de (ou grâce à) nos bassins qui me faisaient sérieusement tourner de la tête.

Je me souviens de sa main glisser lentement vers le bas mon torse pour remonter mon haut, et de son dos qui se courbait sous mes caresses.


Et je me suis réveillé.

En sueur.

Brulant.

Les lèvres glacées.

Et avec un problème en bas.


Comme il était tôt et que me rendormir après ça était compliqué, je me suis préparé et ai essayé de me mettre les idées en place.

Cela faisait à présent plusieurs mois que le trou était en place, c'est-à-dire qu'il n'y avait définitivement aucun message ou aucune communication entre nous deux. Alors bon sang, pourquoi, pourquoi maintenant ?

Alice me faisait déjà perdre mes moyens depuis un bon moment aussi, et pourtant je n'avais jamais eu de rêves de ce genre avec elle, alors qu'elle semblait à priori mieux y avoir une place.

J'ai réfléchi longtemps, ai été honnête avec moi, ai ressorti certains souvenirs qui avaient été au bord d'être oubliés.

Toute la journée, je n'ai fait que ça, réfléchir à ce rêve et à ma relation avec Luc. Etais-je censé faire le premier pas ? Le recontacter ? Je ne savais pas.

Et à plusieurs reprises, je me suis surpris à avoir des pensées déplacées.

Beaucoup plus que prévu.


Au final, ce n'était qu'un rêve. Inconscient, sans importance. Le problème n'était pas que j'en avais rêvé. Le problème était que, même reposé et la tête fraîche, l'idée me plaisait bien trop.

Je voulais le revoir, je voulais qu'il me fasse perdre mes moyens, qu'il me murmure des choses gentilles à l'oreille, qu'il soit comme avant.

Je n'ai jamais eu d'amis comme Luc.

Était-ce parce que Luc n'était pas un ami, mais quelque chose en plus ?

Du jour au lendemain, il est revenu dans ma vie, dans mes pensées, dans mon cœur, et dans mes rêves.


Je suis en plein dilemme.

Devrais-je tout de même tenter ma chance ? Je n'ai jamais ressenti quelque chose comme ça auparavant. Ai-je le droit d'être un peu égoïste ?


C'est différent de l'amour que je porte avec Alice. Lui, je veux qu'il m'aime, moi, pour qui je suis, qu'il me le dise, qu'il soit différent et gentil avec moi, qu'on ait la même relation si étrange et parfaite que nous avions avant, celle où il était tout pour moi, et où j'imagine que j'étais tout pour lui.

Avec Alice, c'est tellement doux.

Mais avec Luc, c'est un autre monde.

Je veux l'ouvrir en deux et nager dans ses veines, je veux le griffer et le mordre pour marquer son corps comme étant à moi, je veux qu'il fasse la même avec le mien, je veux qu'il soit jaloux et possessif parce qu'il en a le droit, je veux que ce soit tellement brulant et passionné qu'on s'en fasse presque mal pour que l'autre puisse nous soigner, je le veux lui, tout à moi, je veux que tout le monde sache que je suis à lui.

Parfois, c'est tellement violent que je sens un truc étrange dans ma poitrine, qui se compresse, qui menace d'imploser, et qui m'en empêche presque de respirer.

Je ne m'aime pas, mais je veux que Luc le fasse de façon à ce que je ne puisse plus en douter.

C'est tellement bizarre, pour moi qui ne suis en général pas égoïste ou quoi, de vouloir posséder une personne -ou être possédé par elle-, alors que je suis contre le principe.

Enfin, inutile que je ne me fasse de faux espoirs.


Ce n'est pas comme si j'avais la moindre chance.

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