mission CONTACT - entrée n°15

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Journal de bord du DELS Espérance


Cette nuit encore, mes rêves ont été hantés par Paddy. Il devait avoir dix ans, peut-être plus. Une nouvelle fois, il se trouvait dans un lit... celui d'un hôpital. Je voyais le temps défiler comme une vidéo qui avancerait en accéléré, et je restais à son chevet. Chaque jour, je lui répétais que je l'aimais, et chaque jour, il me renvoyait un pâle sourire en réponse. Son organisme rejetait un élément vital. S'il continuait à ne pas vouloir l'accepter, Paddy allait mourir. Je le savais. Lui aussi.

Malgré tout, il restait souriant et continuait ses dessins. Cela n'avait plus rien à voir avec ses gribouillages d'enfant, et il avait un véritable talent pour cela. Il m'arrivait parfois de rester des heures à admirer ses œuvres : savant mélange de beauté, de concepts et de mots. C'était un garçon intelligent et doué. Je ne pouvais pas le perdre si tôt.


Les larmes coulaient toutes seules lorsque je me suis réveillée.

Le souvenir du visage enfantin resta encore quelques longues minutes après cela, flottant devant mes rétines comme s'il était incrusté dedans. Je ne me sentais pas très bien, nauséeuse et fatiguée, et j'avais soif. Terriblement soif. J'ai bu d'une traite le gobelet qui se trouvait à côté de mon lit. C'était ma ration pour la matinée. Cette dernière promettait d'être affreusement longue. Pour bien faire, il aurait fallu que je puisse rester inactive, mais c'était exclu. Nous avions trop à faire au camp. Trop à faire dans la ville également dont l'exploration des bâtiments prenait beaucoup de temps.


Et puis Héra ne répondait toujours pas.

Elle aurait dû pourtant. Il y avait sûrement un problème. J'ai donc ordonné l'envoi d'une navette avec une petite équipe à son bord pour retrouver l'Espérance. N'ayant pas de contact avec le vaisseau, il nous était impossible d'avoir des données précises sur son emplacement. Toutefois, nous pouvions retracer le chemin initialement prévu. Ce serait la mission de cette équipe. La difficulté était de leur fournir assez d'eau potable sans trop puiser dans les réserves du camp. C'était impossible en réalité. Il a donc fallu leur laisser un des appareils de traitement. Cela allait rendre notre rendement encore plus bas qu'il ne l'était déjà, mais au moins l'équipe serait autonome pour les trois semaines qu'allait durer son voyage.

Tim a pris la tête de cette expédition. Le voir partir ne m'enchantait pas vraiment et je sentais qu'il avait lui aussi quelques réticences, mais nous savions tous les deux que c'était un choix logique et qu'il serait apte à faire face à tous les imprévus. Je pouvais me fier sans crainte à ses compétences et à sa débrouillardise.


Une fois la navette partie, et plus personne n'ayant besoin de moi, je me suis octroyé un moment de calme en forêt. Au bout de dix minutes, je suis tombée nez-à-nez avec Virginie O'Donnell. Elle semblait aller beaucoup mieux depuis sa sortie de l'hôpital (de moins en moins de gens le désignait encore comme étant une infirmerie à force d'y voir autant de personnes malades). Elle paraissait même étrangement joyeuse. Sécateur et éprouvettes en mains, elle récupérait de nouveaux échantillons de flore pour des analyses en labo. C'était notre botaniste.

J'ai décidé de l'y aider. Elle m'apprit alors qu'elle essayait de créer un prototype de jardin en combinant des plantes terrestres avec des plantes d'Edae4. Lorsque je lui ai demandé pour quelle raison, elle m'a expliqué que nos plantes, hormis sous serre où l'atmosphère pouvait être contrôlée, avaient du mal à supporter la différence de composition de l'air, la légère différence de gravité, le manque de précipitations et les vents violents qui arrachaient trop facilement leurs racines. Virginie espérait donc ainsi pouvoir les renforcer et les développer afin que nos futures cultures puissent se passer de la contrainte des serres. J'ai trouvé son projet très intéressant et me suis promise de le suivre avec attention.


Lorsque je suis ensuite revenue au camp, c'était l'heure de la distribution des rations d'eau. Il était temps car j'étais assoiffée. Il a d'ailleurs fallu que je me fasse violence pour ne pas vider de nouveau d'un trait mon gobelet. Je ne souhaitais pas que l'on me pense malade. Aucun autre cas souffrant de cette insuffisance aqueuse ne s'était déclaré, mais cela ne voulait pas dire qu'il n'y en avait pas. D'autres personnes peut-être essayaient, tout comme moi, de contrôler leur soif. 

Mission CONTACT (en cours de réécriture)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant