Je me réveillai plus tôt que d'habitude. Lukman dormait encore profondément. J'ignorais l'heure qu'il faisait. Tout ce dont j'étais sûr, c'est qu'il n'était pas 5h vu que ma mère ne m'avait pas encore réveillé.
Je me remémorai la discussion que j'avais eue avec l'individu qui ronflait tout près de moi. Il voulait ôter la vie de mon demi-frère afin de me venger. Il avait l'air très énervé. Peut-être même plus que je ne l'ai été durant ces deux années de torture. Était-il comme ça parce qu'il tenait à moi ? Ou c'est juste parce que c'est la réaction normale quand on apprend que quelqu'un a été victime de viol ? Ça n'a peut-être pas d'importance pour vous. Mais, ça en avait tellement pour moi. Je ne voulais pas lui faire pitié. Je n'en avais que faire de son empathie. Je voulais compter pour lui. Je voulais être le seul capable de lui faire déclencher ce genre de réactions. Je voulais être le conquérant de son cœur. La plupart du temps, tout le monde m'aimait. Mais de quel amour ? Cet amour banal qu'on peut éprouver pour plusieurs personnes ? Je n'arrivais plus à m'en suffir. Je pris conscience ce soir-là que j'avais besoin de plus. Beaucoup plus. Et le soir où j'en avais pris conscience, Lukman, tout près de moi, s'étalait dans les bras de Morphée. Coïncidence ? Non, je ne pense pas.
Toute mon attention se concentra sur mon colocataire d'un soir. Il était beau. Mais encore plus quand il dormait. Il semblait, à ce moment-là, tellement fragile. Alors, j'avais envie de le protéger. J'étais attentif à toutes ses mimiques. Les ronflements qu'il émettait étaient une douce musique à mes oreilles. J'essayais d'imaginer à quoi il pouvait bien rêver. Qu'est-ce qui pouvait bien se passer dans la tête d'un personnage comme lui ? Il me fascinait tellement.
Le temps se rapprochait de plus en plus de la prière de Fajr. Et ma génitrice ne tarda pas à faire ce qu'elle s'évertuait à faire depuis ma plus tendre enfance. Je fis semblant de dormir lorsque je sentis sa présence se rapprocher de la case. Vu que cette fois, on avait un invité, elle me réveilla avec un peu plus de douceur. Je me sentis mal de le faire, mais j'écourtai aussi le sommeil de mon camarade de chambre. Il fallut beaucoup de tentatives avant qu'il n'ouvre définitivement les yeux.
– Lukman ! Lève-toi, c'est l'heure de la prière !
Il hocha la tête et me suivit. Il avait du mal à marcher. Le pauvre était complètement épuisé. Mais, il s'efforça de prendre sur lui.
Une trentaine de minutes après la prière, il émit l'envie de me parler. Je savais pertinemment de quoi et je pense que vous aussi, derrière votre écran, vous savez. Le soleil s'étant vite levé, on décida de discuter en se promenant entre les différentes cours du village.
– Lukman, je sais que tu veux me parler des confidences que je t'ai faites dans la nuit.
– Oui ! Tu as parfaitement raison. J'étais loin de m'imaginer que Modou était une raclure de ce genre. J'ai tellement la haine quand j'y pense.
J'étais heureux de le savoir énervé. Ça voulait dire que je comptais pour lui n'est-ce pas ? Et pour ça, je lui fis un sourire. Je me sens un peu ridicule, aujourd'hui, quand j'y repense.
– Ah oui ! Il est vraiment méchant. J'ai, moi aussi, voulu le tuer. Mais, aujourd'hui avec un peu plus de recul, je me dis qu'il ne mérite pas que je me rabaisse à ce stade pour lui.
– Tuer ? Ah non, j'ai dit ça hier parce que j'étais énervé. Je ne vais pas faire ça.
– Ah !
– Ça serait beaucoup trop facile. Il faut le faire souffrir. Le faire mourir à petit feu. Et je vais me charger personnellement de ça !
– En vrai, ça n'en vaut pas la peine. Je préfère le laisser avec Allah. Aujourd'hui, il est malade et il ne peut plus rien me faire. Je pense que la punition divine est en train d'agir.

VOUS LISEZ
BOO BAH !BxB!
Romance« Je n'arrivais pas à fermer les yeux. Inconsciemment, mon esprit l'attendait. Je me posais mille questions en une seule. Et s'il recommençait ? Mes souvenirs me tiraillaient de tous les côtés. Cependant, j'essayais tant bien que mal de rester opti...