Chapitre 23

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Eriel n'avait jamais vu cela. Quand l'alerte avait retenti, il avait pensé trouver une ville endormie, sereine, chaque garde à son poste, prêt à se battre. Il n'en était rien.

C'était le chaos. Des soldats passaient en courant dans les rues étroites, bousculant les habitants sans se retourner. Les cloches des temples d'Elthan sonnaient à tout rompre, ne parvenant pas à écraser le vacarme qui régnait dans la ville. Les gens se battaient pour rentrer chez eux.

Ils bien avaient bien entendu reçu l'ordre de se préparer, de ne pas sortir dans les rues, et ce bien avant l'attaque. Mais nombreux étaient les marchands qui avaient bravé le couvre-feu en quête de bénéfices faciles. En effet, provisions, vêtements, bougies, les citoyens d'Elthan avaient fait la queue sur les marchés nocturnes en quête de telles choses, de peur qu'elles ne deviennent rationnées. La garde de la ville n'avait rien pu faire pour les en empêcher.

Le jeune homme avait cependant une mission extrêmement importante, selon les mots de Falkas. Comme tous, Eriel avait été réveillé au son des cors de guerre qui avaient résonné dans toute la ville, et il s'était précipité depuis sa chambre du Collège jusqu'aux bureaux de Borl. Après un court entretien avec le gouverneur, Falkas lui avait confiallait devoir courir à travers cette tempête d'agitation jusqu'à l'autre bout de la ville, jusqu'au Grand Port. Il était porteur d'une missive qui pouvait bien changer le cours de la guerre. Il avait bien compris à la mine grave de son maître que les augures n'étaient pas en leur faveur. Même si le vieil homme avait dit avoir énormément de travail pour envoyer Eriel porter son message, celui-ci savait qu'il avait fait preuve d'une confiance sans faille. C'était bien plus qu'une épreuve. C'était une question de vie ou de mort.

Devant ses yeux, un marchand pressé de rejoindre son étal bouscula un homme sur son passage. La lanterne qu'il portait tomba directement sur le tonneau rempli d'huile d'un autre. Une flamme verte monta rapidement, jusqu'à lécher le toit de la maison qui donnait sur la rue. Le bois se mit à crépiter et une immense langue de feu se jeta à l'assaut de la nuit. Des gens se mirent à hurler mais Eriel n'avait pas le temps de s'attarder. Il poursuivit sa course, esquivant les obstacles avec agilité.

Enfin, après de longues minutes, il parvint aux entrepôts qui bordaient le port. Une ligne de gardes empêchait les habitants de fuir par la mer. Borl avait été strict à ce sujet : personne ne devait partir sans qu'il n'en donne l'ordre.

Mais Eriel ne comptait pas fuir. Bien au contraire, il allait se battre à sa manière. Ils n'étaient pas assez nombreux. C'était une évidence. Le siège allait tourner au carnage si les renforts arrivaient trop tard. Il n'y avait presque aucun espoir de ce côté-là. Même si le gouverneur avait envoyé un appel à l'aide à toutes les cités environnantes, la plus proche capable de lever une armée était à deux journées de cheval d'ici. L'aide allait donc devoir venir de l'intérieur. Falkas semblait savoir où la trouver.

Le jeune homme s'engagea dans une maigre ruelle entre deux entrepôts. Comme convenu, il s'arrêta au milieu, fit un tour sur lui-même, s'accroupit et avança de trois pas. Il refit le même manège et crû apercevoir une ombre bouger en haut des toits qui le dominaient. Leur méfiance semblait quasi paranoïaque mais l'étudiant comprenait désormais comment les Stylets avaient fait pour rester en vie si longtemps. Il arriva enfin devant une petite porte plongée dans l'obscurité. Trois coups brefs et un raclement de gorge la firent pivoter en silence.

Il entra alors à tâtons dans ce qui semblait être un couloir étroit percé de petites ouvertures.

Sans doute pour laisser passer un carreau d'arbalète, pensa Eriel.

Son genou buta douloureusement contre la pierre, lui rappelant qu'il devait tourner à droite au bout de dix pas.

Après plusieurs minutes d'un labyrinthe tortueux dont il n'aurait jamais pu sortir sans les instructions du Mémoire, le jeune homme arriva dans une grande salle éclairée par de nombreuses torches. Une dizaine d'hommes l'y attendaient, le visage caché par de profondes capuches. La plupart tenaient une arme dans leurs mains, épée courte, masse, couteau, ou flèche encochée. Jamais il n'aurait pu penser en arriver là en choisissant de devenir Mémoire ...

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