Chapitre 7

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La petite particule flottait devant lui, virevoltant silencieusement dans son champ de vision. On aurait dit un flocon de neige, comme ceux qu'il avait si souvent observés à ... Cela n'avait plus d'importance. Wektu se contenta de regarder cette minuscule tâche grisâtre s'élever puis retomber gracieusement dans un monde sans bruits ni couleurs. Enfin, elle se posa sur une silhouette recroquevillée contre un mur, qui ne réagit pas quand le flocon la toucha. La vision de Wektu s'éclaircit, et il distingua mieux la scène. C'était une petite fille, les bras enserrant ses genoux contre sa poitrine, la tête rentrée entre les épaules, le corps agité de sanglots. Un liquide épais et sombre coulait dans ses cheveux clairs, jusque sur son visage couvert de tâches.

Soudain, déchirant le voile qui engourdissait ses sens, une voix résonna au loin :

- Wektu ! Réveille-toi, allez ! Je t'en supplie, il faut bouger !

C'est alors que tous ses sens revinrent, avec une acuité telle qu'il faillit s'évanouir. Le monde bascula autour de lui, puis les premiers cris retentirent à ses oreilles. Des hurlements de terreur et de douleur qui résonnaient autour de lui.

Il voulut inspirer un grand coup mais une fumée âcre emplit alors sa gorge, le pliant en deux en le forçant à tousser. Ce simple mouvement réveilla la douleur qui sommeillait dans son corps. Une souffrance atroce lui traversa l'épaule, là où une dague était encore plantée.

- Wektu, est-ce que tu m'entends ? On ne peut pas rester là !

A ces mots, le jeune homme releva la tête. Alors seulement il prit conscience de la situation, et l'horreur le saisit.

La ville était en flammes.

De larges langues de feu s'élevaient des bâtiments autour de lui, partant à l'assaut de la nuit, éclairant les rues d'un rougeoiement inquiétant. Une bataille devait faire rage aux alentours car le Porte-Rêve pouvait entendre le fracas des armes, le bruit caractéristique de l'acier frappant l'acier.

Aldrianne, une méchante estafilade le long de la tempe, se tenait à côté de lui , le fixant d'un regard angoissé et Wektu se perdit dans ses yeux. Deux billes d'un noir profond, emplies d'une pure panique, telle qu'il n'en avait jamais vue. Quelque chose se réveilla alors en lui, et il se leva d'un bond, ignorant les protestations de son corps meurtri. Il se tourna vers la jeune femme.

- Je suis là. Que s'est-il passé ?

Un soulagement visible traversa son visage, vite remplacé par l'inquiétude qui barra son front.

- On ne peut pas rester là, il faut y aller, suis-moi !

Elle le prit par la main et le tira vers une rue perpendiculaire une dizaine de mètres plus loin. Arrivé au croisement, Wektu s'arrêta brutalement, et l'élan d'Aldrianne manqua de le faire basculer.

- Qu'est-ce que tu fais ? Il faut y aller ! Maintenant !

Le Porte-Rêve, lui, ne voyait que ce petit corps recroquevillé, entouré de maisons en flammes, de la cendre tombant en volutes grises sur ses cheveux. Il aurait voulu aller la chercher, la prendre dans ses bras, comme ...

Wektu secoua la tête. Cette ville avait besoin de lui. S'il n'agissait pas, des centaines, des milliers d'autres innocents pourraient perdre la vie. Pourtant, une voix au fond de son cœur s'agita, semant le trouble dans ses pensées. Après plusieurs instants indécis, il expira d'un coup sec. Il ne savait pas encore comment sauver Neros, mais une chose était sûre, il devait bien commencer quelque part. Se libérant d'un geste sec de la poigne d'Aldrianne, il se précipita dans la direction de la jeune fille, ignorant les protestations de la Cristalliseuse. Il ne pouvait pas tolérer d'abandonner quelqu'un à son sort, pas s'il pouvait l'aider.

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