Le souffle du vent dans ses cheveux. La rosée humide qui traversait ses vêtements déchirés. La fraîcheur de la soirée sur son visage. Ce furent les premières sensations dont il se souvint, à mesure qu'il reprenait conscience de son corps. Il essaya vainement de rassembler les écharpes de brume de sa conscience, ne parvenant qu'à les étioler davantage. Durant ce temps, il garda les yeux fermés, redoutant ce qu'il verrait s'il les ouvrait. Les heures passèrent avant que, enfin, des idées cohérentes ne commencent à se former dans son esprit. Il émergea lentement du monde des limbes et des rayons de lucidité traversèrent ses premières pensées engourdies.
Wektu. Wektu Sylvebrise.
Oui, c'est comme ça que je m'appelle. Et je suis ... Quoi déjà ? En vie ?
En vie, mais peut-être pas pour longtemps. Il faut que je bouge.
Il se mit alors en mouvement, muscle par muscle, un membre à la fois, et parvint finalement à se redresser. Il resta dans cette position quelques instants, assis, les paupières toujours closes. Enfin, il prit une grande inspiration qui le fit tousser, et ouvrit les yeux. Sa vue d'abord brouillée le força à les refermer rapidement.
Il se contraint à respirer calmement, et réessaya. Passées les premières douleurs et le flou qui occultait sa vision, il pût voir clairement ce qu'il l'entourait. Il se trouvait au sommet d'une large colline verdoyante, au pied d'un arbre gigantesque qui étirait ses longues branches au dessus de lui. Wektu prit le temps de contempler le paysage qui se dévoilait devant lui. Des falaises abruptes se découpaient sur l'horizon, créant de monumentaux jeux d'ombres sur la vaste forêt en contrebas, qui s'étendait à perte de vue. Dans le ciel, des oiseaux de proie s'étaient mis en chasse, leurs cris résonnant dans les airs. A l'Est, ou du moins ce qu'il pensait être l'Est en se fiant au soleil couchant, de vastes plaines mordorées s'étendaient sur des kilomètres et des kilomètres. A l'opposé, à l'Ouest donc, de sombres montagnes déchiraient la vallée, creusant les nuages qui côtoyaient leurs cimes.
Son regard se posa alors sur l'immense nuage de fumée qui s'échappait d'une large trouée parmi les arbres au loin, et dont les volutes occultaient complètement la lumière. Et c'est alors qu'il revint à la réalité. Son souffle s'accéléra tandis que les évènements passés submergeaient sa mémoire. Aldrianne.
La douleur lui coupa le souffle, et il chancela.
Une dague dans la gorge.
Son corps basculant sur les pavés.
Ses cheveux tâchés de sang.
Wektu se tourna et vomit bruyamment. Des larmes rageuses montèrent à ses yeux, et il frappa violemment le sol de son poing fermé. Le choc se répercuta dans son épaule, et la souffrance le distrait momentanément.
Surtout ne pas y penser. Continuer de vivre, coûte que coûte. Il devait d'abord sortir de cette situation. Les pleurs viendraient plus tard.
Il commença donc à se focaliser sur sa respiration, comptant les inspirations et les expirations, suivant la cadence de son coeur, comme le lui avait appris ...
Où est-ce qu'il avait appris ça ?
Son corps se souvenait, mais sa mémoire, non. La panique monta en lui, comme une vague emportant tout sur son passage. Aldrianne, la Cristalliseuse, Earin, le Chantelame, Wektu ... Wektu ...
Bon sang, qu'était-il ?
Il fut pris de nouveaux vertiges et s'allongea dans l'herbe, essayant à grand peine de se calmer.
Il tenta de remonter plus loin, avant les événements fatidiques de la veille. Rien.
Sa mémoire sautait directement de souvenirs de sa jeunesse à ceux de la veille, sans rien d'autre entre les deux qu'Aldrianne. Il ne voyait que son visage, n'entendait que son rire.
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Porte-Rêves
Fantasy« Les souvenirs sont comme le sang, perds-en trop et l'obscurité t'ouvrira les bras. » - Proverbe Lakros - Wektu n'était pas prêt à oublier. Dans un monde où les souvenirs peuvent prendre vie et où la mémoire est une réserve de magie, l'oubli est la...