Chapitre 24

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Quand Eriel ressortit du bâtiment, l'ordre avait remplacé le chaos dans les rues. Les gens avaient regagné leurs maisons, les incendies avaient été éteints, des gardes patrouillaient régulièrement. Les cloches avaient arrêté de sonner, sans doute sur ordre de Borl qui avait dû craindre qu'elles ne déconcentrent les soldats. L'étudiant se retrouva donc dans une ville fantôme. Il se dirigea alors vers le point de rendez-vous dans un silence pesant, troublé par le son de ses pieds claquant sur les pavés.

Comme prévu, Eriel retrouva Falkas dans une des tours de guet du mur Sud. La pièce servait de réserve pour les flèches, l'huile, les boulets qui étaient ensuite utilisés sur les murailles. L'unique source de lumière, une large fenêtre creusée dans la pierre, offrait une vue imprenable sur l'armée qui s'alignait en haut des collines qui entouraient la cité. Le vieil homme était debout, bras croisés dans le dos, le visage tourné vers l'ouverture, quand l'étudiant vint se placer à ses côtés. Ils étaient seuls, à l'exception des deux gardes qui suivaient désormais le Mémoire où qu'il aille. Sans se retourner, Falkas demanda :

- Alors ? Quelles nouvelles des Stylets ? Se joindront-ils à la bataille ?

Eriel hésita avant de répondre. Il était encore bouleversé parce qu'il venait de voir. En fermant les yeux, il pouvait clairement revoir les six gemmes colorées et cette abomination obscure grandissant entre elles. Il frissonna, et fit son rapport :

- Ils nous aideront, mais ... Mémoire, saviez-vous ce qui se cache derrière les portes des Stylets ?

Falkas sembla se crisper légèrement, mais ne répondit pas tout de suite. A la place, il s'écarta, et désigna la fenêtre.

- Que vois-tu ?

Le jeune homme réfréna sa frustration devant son silence, et s'avança un peu plus. Il n'avait jamais vu autant de soldats. Leur armure sombre absorbait la lumière de l'aube naissante, formant des tâches sombres sur l'herbe verdoyante. Bientôt, des milliers de cadavres joncheraient la plaine et le rouge se mêlerait au vert. Même avec l'aide des Stylets, le siège promettait d'être impitoyable.

L'ennemi s'était regroupé en larges unités serrées, et l'éclat de leurs épées dégainées formait des halos éblouissants. Ils formaient ainsi des carrés, disposés en formations précises, dégageant des accès rapides de chaque côté des blocs. Des tentes noires avaient été plantées à intervalles régulier, et des barricades aiguisées protégeaient chaque allées. Eriel parcourut rapidement les troupes, estimant mentalement le nombre de soldats qui s'alignaient là. Des dizaines de milliers. Ils semblaient tous bien équipés, et, au vu des chariots amassés loin derrière, bien approvisionnés.  Ce n'était pas une horde de barbare qui s'étendait là. C'était une armée professionnelle, entraînée et prête. Il fit part de ses observations au Mémoire.

- Reconnais-tu ce blason ? demanda le vieil homme après avoir écouté son rapport, tout en tendant la main vers un des étendards qui flottaient en contrebas.

Une flamme dorée sur fond noir.

- Non, répondit Eriel après quelques instants. Je ne l'ai jamais vu.

- C'est bien ce que je pensais. Notre ennemi est inconnu, soupira Falkas.

- Un envahisseur de l'autre côté de la Faille ? proposa l'étudiant.

- C'est peu probable. Une telle armée aurait dû passer à côté de Lystras tout en restant invisible. Un exploit. Non, je pense plutôt que cette armée s'est formée sur notre territoire, répondit Falkas, la mine soucieuse.

Eriel plongea dans ses pensées tout en observant le champ de bataille. Qui pouvaient-être ces hommes ? Soudain, il crut voir une chose qui le sidéra.

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