Chapitre 13

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Les mâchoires de la bête claquèrent dans le vide, à quelques centimètres à peine du visage de Wektu, au moment ou celui-ci s'envolait vers les frondaisons.

L'instant d'après, il était debout sur une large branche, face à un homme gigantesque à la peau noire comme la nuit. Confus, le jeune homme se retourna, et faillit basculer dans le vide, retenu juste à temps par une poigne d'acier.

- Es-tu donc si pressé de mourir ?

Sa voix était grave et chaude, teintée d'un accent exotique que Wektu ne parvint pas à situer. Avec plus de précautions cette fois-ci, il se tourna, tentant de comprendre ce qui venait de se passer.

Une large nœud coulant fait dans une corde épaisse était passé sous ses bras, l'autre bout reposant actuellement dans la main de l'inconnu.

Il ne l'avait quand même pas remonté tout seul ? A mains nues ?

En dessous de lui, le félin se déchainait sur le tronc de l'arbre, impuissant. Ses griffes acérées laissaient de larges entailles sur l'écorce, faisant voler des copeaux de bois dans tous les sens.

- Ne t'inquiètes pas, les volgaros ne savent pas grimper aux arbres.

Son sauveur lui adressa un sourire désarmant puis, après avoir détaché le nœud avec des gestes experts, lui fit signe de le suivre, en sautant avec grâce sur une autre branche adjacente. Stupéfait, Wektu le regarda s'éloigner agilement.

Qu'est ce que c'est que ... 

- Alors, tu viens ? Les volgaros ne savent peut-être pas grimper aux arbres, mais si tu leur laisses le temps, ils risquent d'apprendre, et tu ne voudras pas être dans le coin quand ça arrivera. L'homme laissa éclater un grand rire, qui réchauffa le cœur battant du jeune homme.

En bas, le monstre s'acharnait de plus en plus sur le tronc, et ses pattes commençaient à prendre appui sur les crevasses qu'il avait creusé.

Wektu rassembla donc son courage, et s'élança. Son premier saut, mal calculé, faillit le précipiter à nouveau dans le vide. En une seconde son mystérieux guide était à ses côtés, le rattrapant de justesse par le bras.

- C'est la première fois que tu fais ça, pas vrai ? Ne t'inquiètes pas, on s'y habitue vite. Allez, ne traînons pas, Saven va commencer à s'inquiéter.

Le jeune homme déglutit, expira un grand coup, puis sauta à la suite de son sauveur.

Après plusieurs minutes qui parurent des heures à Wektu, ils arrivèrent enfin en vue d'une large clairière. Une maison en bois, simple, était installée au bord d'un petit ruisseau qui serpentait mélodieusement avant de disparaitre dans les fourrées. 

- Bienvenue chez moi ! cria son guide, perché plusieurs mètres devant le jeune homme qui était déjà essoufflé. Par les Anciens ! Quel hôte je fais ? Je ne me suis même pas présenté ! Je suis Ardamjaroc, mais tu peux m'appeler Ardam. Et toi, quel est ton nom, mon ami aux habits bariolés ?

- Je ... Je m'appelle Wektu. Merci de m'avoir sauvé tout à l'heure, je vous dois ma vie.

Le dénommé Ardam partit de son rire chaleureux, et fit un large geste de la main.

- Oh ce n'est rien, pas besoin de me remercier ! C'est plutôt toi que je devrais remercier.

- Moi ?

- Oui mon ami ! Car toi, tu me dois une histoire, et à en juger par ton état, elle doit valoir cher.

Ces paroles sonnèrent curieusement aux oreilles de Wektu. Encore cette sensation de déjà-vu, sur laquelle il n'arrivait pas à mettre le doigt. Le jeune homme se secoua, et suivit plutôt Ardam, qui était déjà aisément descendu de l'arbre.

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