Chapitre 1.

61.7K 1K 1.3K
                                        

...Swan...

Cette pensée me hante. Une seule nuit pour hurler, frapper, courir, exploser, aimer. Comme je le veux, sans que personne ne m'arrête. Une nuit où mes actions n'ont plus de conséquences, où je n'ai pas à porter le fardeau de mes choix. Une nuit où j'efface enfin les traces de mon passé, sans jamais me retourner. Une nuit où je n'ai plus à dissimuler mes origines, où chaque mensonge, chaque trahison, cesse de me définir. Une nuit où le monstre, forgé par les ombres de mon enfance et les cicatrices du monde dans lequel j'ai grandi, se libère pour de bon, sans retour possible.

Mes doigts tapotent distraitement le rebord de la fenêtre alors que je fixe les immeubles d'en face. Est-ce que, derrière ces façades, quelqu'un se pose les mêmes questions que moi ?Ce dilemme a-t-il déjà hanté l'esprit de quelqu'un d'autre sur cette terre ?

Perdue dans mes réflexions, le monde autour de moi s'estompe. Le brouhaha devient lointain, presque irréel. Cette réalité qui m'entoure... je ne l'aime pas. Peut-être que je ne l'ai jamais aimée. Ce que j'aime, c'est la réalité que je me suis construite. Celle où je peux plonger quand je suis enfin seule, libre de mes pensées.

- Swan ! gronde une voix en entrant brusquement.

Allongée sur mon lit, vêtue d'un simple t-shirt trop grand et d'une culotte, je me retrouve face à ma tante. Une apparition sortie tout droit d'un film d'horreur.

- Pour l'amour du ciel, tu vas être en retard ! Et par pitié, habille-toi quand on entre dans ta chambre, s'exclame-t-elle d'un ton excédé.

- Il faudrait déjà frapper, répliqué-je en me levant d'un bond.

À peine ai-je prononcé ces mots qu'elle disparaît déjà de l'encadrement de la porte. Je déteste quand quelqu'un fait irruption dans ma chambre. Cet espace, c'est mon sanctuaire, mon cocon. La seule chose qui ait encore un peu de sens pour moi.

Mon téléphone vibre sur la table de nuit, mais je n'ai aucune envie de consulter les messages accumulés depuis la veille. Je profite simplement de l'occasion pour vérifier l'heure. Effectivement, je suis en retard.

Je m'empresse d'enfiler des vêtements plus décents et j'attrape mon sac à la hâte. Un rapide coup d'œil dans le miroir me rappelle qu'il me faudrait plus de temps pour être vraiment prête. Je me contente alors de rassembler mes cheveux bouclés en un simple chignon. En me regardant une dernière fois dans le miroir, un sourire effleure mes lèvres. Pour une fois, je me sens fière de moi. J'ai appris, lentement mais sûrement, à m'accepter. Cela a pris du temps. Mais j'y suis arrivée.

En sortant de ma chambre, je ne prends pas la peine de vérifier si quelqu'un est encore là. Je claque la porte sans me retourner. Chaque jour, je prie pour ne pas avoir à la rouvrir pour rentrer. Vivre chez ma tante n'a jamais été mon choix. Cela fait déjà plusieurs années qu'elle m'a recueillie. Ou plutôt, que mon père l'a persuadée avec un peu d'argent. J'ai essayé de partir. Mais je suis toujours revenue.

En route pour l'université, je repasse en boucle la soirée d'hier dans ma tête, grimaçant à chaque souvenir. Thea a encore réussi à me convaincre de la suivre dans l'une de ces nouvelles boîtes branchées de New York. Comme toujours, je n'ai pas su lui dire non. Il faut dire que je préfère l'accompagner plutôt que la laisser seule courir les risques de la nuit new-yorkaise.

Mes pensées s'entrechoquent encore quand je sens soudain mon corps heurter celui de quelqu'un. Le choc n'est pas violent, mais assez fort pour faire tomber mon sac au sol, répandant son contenu sur le trottoir.

- Pardonnez-moi, je ne regardais pas où j'allais, s'excuse-t-il, la voix douce, légèrement embarrassée.

Je hausse les épaules en me penchant pour ramasser mes affaires éparpillées.

NIGHTHAWK T1&T2Où les histoires vivent. Découvrez maintenant