Chapitre 45

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...Damian...

Mon esprit est une machine en surchauffe, chaque seconde consacrée à revisiter chaque plan, anticiper chaque obstacle, éliminer la moindre incertitude. L'idée même de l'échec me glace le sang. Si je venais à faillir, ce ne serait pas seulement la fin de mon règne, ce serait la disgrâce ultime, un affront aux enseignements de mon père, à tout ce que mes ancêtres ont bâti. Ce plan, que j'ai peaufiné des mois durant, prend vie sous mes yeux. Pourtant, malgré l'excitation de voir ma stratégie se dérouler à la perfection, une part de moi sait que ce plan a évolué, qu'il est bien plus complexe que je ne l'avais imaginé. Il ne s'agit plus seulement de démolir Miller et son empire.

C'est devenu personnel, bien plus personnel que je ne l'aurais voulu.

À l'origine, mon plan était simple. La traque, la chasse, et enfin, le chaos. Je m'étais promis de rester fidèle à ces principes. Mais aujourd'hui, ce plan s'est enrichi d'un élément que je n'avais pas prévu. Swan. Quand j'ai appris l'existence de la fille de Miller, je n'y ai vu qu'une faille à exploiter, une faiblesse dans l'armure de mon ennemi. Je pensais la capturer, l'utiliser, la briser si nécessaire. Elle n'était rien d'autre qu'un moyen d'atteindre son père, de le faire plier, de l'humilier avant de l'anéantir. Je ne veux plus la briser de douleur, mais de plaisir. Je ne veux plus qu'elle me supplie de l'épargner, je veux qu'elle me supplie de la consumer. Que chaque parcelle de son corps brûle à chaque frôlement de mes doigts. Je veux qu'elle me supplie de l'envahir, de la posséder tout entière. Elle est devenue ma faiblesse, le désir interdit que je ne peux plus ignorer.

Je n'ai jamais été doué pour les regrets, pour les mots qui apaisent et réparent. Mais pour elle, pour Swan, j'apprendrai. J'apprendrai à m'excuser, à murmurer des promesses que je tiendrai, à lui offrir des gestes empreints de douceur plutôt que de dureté. Jusqu'à ce qu'elle décide de partir, ou peut-être, jusqu'à ce qu'elle choisisse de rester, malgré tout.

Elle ne restera pas.

Je le sais, et pourtant, une part de moi refuse de l'accepter. Même si elle part, même si elle met des kilomètres entre nous, tant qu'elle est en vie, tant que je peux veiller sur elle, même de loin, je ne penserai qu'à elle. Swan a réveillé quelque chose en moi que je croyais mort depuis longtemps. Depuis Elsa. Depuis mes parents.

Elle m'a fait voir ce que j'avais perdu, cette capacité à ressentir, à être lié à quelqu'un d'autre, à partager un fragment de mon âme. C'est comme si une connexion invisible, inexplicable, nous unissait. Peut-être que ce sont nos héritages respectifs qui nous lient ainsi, des fardeaux que nous portons chacun à notre manière. Mais je sens qu'il y a quelque chose de plus, quelque chose de bien plus profond. Même si elle ne reste pas, même si elle s'éloigne, elle continue de hanter mes pensées, de s'infiltrer dans mes rêves. Car désormais, elle est une part de moi.

- Mec, tu es avec moi ? lance-t-il, me coupant dans mes pensées tout en jetant un couteau qui vient se planter juste à côté de moi.

Je fixe la lame sans broncher, je la retire du mur et j'en observe la pointe avec une fausse nonchalance.

- Tu aurais au moins pu essayer de m'érafler, soufflé-je en soupirant.

- Toi et moi, on sait très bien que si je t'avais touché, je finirais planté contre le mur de ton bureau, réplique-t-il avec un sourire en coin.

- J'ai toujours aimé l'art moderne, tu sais, on pourrait essayer ? rétorqué-je. Je suis sûr que ton visage embellira la pièce.

Il sourit avant de s'installer devant moi.

- Nate, je peux te poser une question ?

- Si tu me demandes de t'épouser, c'est toujours non, répondit-il avec un clin d'œil.

- Épouser l'homme qui saute Harper ? Merci, mais non. Je préfère qu'elle te garde.

Son sourire disparaît aussitôt et il lève les yeux au ciel.

- On avait dit qu'on en parlait plus ! Il ne se passe rien, répliqua-t-il, un peu trop vite pour être convaincant.

- Même quand elle est sur ton canapé en train de gémir, c'est rien ?

Nate me jete un regard noir, mais je peux voir la lueur d'amusement dans ses yeux. Il serre le poing comme s'il regrettait de ne plus avoir son couteau en main. Je prends une inspiration, le regardant dans les yeux, cherchant une réponse à cette question qui me ronge depuis longtemps.

- Est-ce que je suis un monstre pour toi ?

Le silence s'installe entre nous. Il se redresse, son expression se faisant plus sérieuse. Il me fixe, cherchant sans doute à comprendre pourquoi je pose cette question.

- T'es pas un nounours, ça c'est clair, répliqua-t-il avec un sourire en coin. T'es un sacré connard, ça, je te l'accorde. Si tu es un monstre, alors on l'est tous, Damian. Moi le premier. 

NIGHTHAWK T1&T2Où les histoires vivent. Découvrez maintenant