...Damian...
La colère. Rien d'autre que cette violence brute et primale qui pulse dans mes veines, comme un poison impossible à neutraliser. Elle monte en moi, inarrêtable, brûlante, transformant chaque battement de mon cœur en un coup de marteau. Mes mains tremblent légèrement sur le volant, non pas de peur, mais de cette rage sourde qui ne trouve aucune échappatoire. Je serre les dents, cherchant désespérément à me raisonner. Mais comment raisonner, quand la mort elle-même semble être un mensonge ?
Elle est en vie. Elle aussi.
Ces mots résonnent dans mon esprit comme un écho insupportable. Il n'y a aucune joie dans cette révélation, rien d'autre qu'un vide glacial et une douleur renouvelée. Comment éprouver de la joie ? La personne pour qui vous avez cessé de croire en l'amour, la personne dont la mort, il y a quinze ans, vous rappelle chaque jour que la vie n'est qu'une sale blague, une pute cruelle qui ne cesse de vous trahir. À cet instant, ma seule réaction est un rire amer, rauque, qui s'échappe de ma gorge comme un cri étranglé. Les femmes que j'ai aimées sont toutes mortes. Et maintenant ? Maintenant, elles semblent revenir, comme par magie, comme si leur absence n'avait jamais été réelle. Je ne peux plus trouver de paix dans la mort. Plus jamais je n'y croirai. Plus jamais je ne pourrai l'accepter.
Les documents que nous avons trouvés dans l'entrepôt plus tôt dans la journée me reviennent en mémoire. Parmi eux, il y a des clichés. Des visages. Ceux de personnes qui ont fait appel aux services du Sculpteur. Et parmi eux, une chevelure blonde. Des yeux noisette. Une gueule d'ange que je ne pourrai jamais oublier.
Elsa.
Je l'ai vue sur une table d'autopsie. J'ai reconnu chaque trait de ce visage inerte, cette absence de vie qui m'a hanté pendant quinze longues années. Et maintenant ? Maintenant, elle est là, immortalisée sur une photo récente, bien vivante, comme si sa mort n'avait été qu'une illusion. Une seule pensée me traverse, un coup de poignard brutal. Qui m'a trahi ? Qui savait ?
Mes mains se crispent davantage sur le volant alors que je pousse la voiture à une vitesse dangereuse, mes pensées tourbillonnant sans relâche. Où vais-je ? Il n'y a qu'un endroit où je peux trouver des réponses. Sa maison d'enfance. Ce lieu abandonné depuis des années, vidé de toute vie après sa mort. Ses parents sont partis peu après, incapables de supporter la douleur de son absence. Mais aujourd'hui, il semble que cette absence n'ait été qu'un mensonge, un simulacre soigneusement construit. La rage, cette vieille amie qui m'a toujours accompagné, atteint un point de non-retour. Des insultes franchissent mes lèvres, d'abord à mi-voix, puis à pleins poumons, résonnant dans l'habitacle de la voiture.
- Putain de vie de merde ! grogné-je, ma voix brisée par la colère. T'es qu'une foutue illusion, une traîtresse... une putain de farce cosmique !
La maison apparaît soudain devant moi, se découpant dans la pénombre comme un vestige d'un passé que j'aurais voulu effacer. Je coupe le moteur brusquement et descends, claquant la portière si fort que le bruit résonne dans la nuit. Mes pas sont lourds, déterminés, et chaque respiration me semble être une lutte contre la rage qui bouillonne en moi.
La porte d'entrée est toujours là, usée par le temps, mais encore debout. Je l'enfonce d'un coup d'épaule, et elle cède dans un craquement sinistre. Mon regard se pose sur une vieille chaise en bois, sur un tableau poussiéreux, sur des papiers épars. Et là, quelque chose cède en moi. Je ne vais pas laisser cet endroit m'étouffer. Je ne vais pas laisser ces murs garder le pouvoir sur moi. Je trouve un bidon d'essence dans le garage, probablement oublié par quelqu'un des années plus tôt. Je dévisse le bouchon, l'odeur âcre me brûlant les narines, et je retourne dans la maison. Sans réfléchir, je verse le liquide sur le sol, aspergeant les meubles, les murs, chaque recoin qui porte encore son empreinte.
VOUS LISEZ
NIGHTHAWK T1&T2
Romance« J'aime la façon dont tu prononces mon nom, mais c'est vulgaire venant d'une bouche aussi pure. » « Ne me sous-estime pas. » « Oh, je n'oserais pas, princesse. » « Je suis un ange, pas une princesse. » Elle s'était juré de mettre un terme à son pas...
