...Damian...
La colère bouillonne en moi, s'amplifie à chaque pensée, à chaque souvenir qui refait surface. Une colère froide et aigre, mais aussi brûlante, comme un feu incontrôlable. Elle m'a laissé seul, elle m'a regardé m'effondrer, et elle n'a rien fait. J'aurais voulu croire à ses mots, croire qu'elle m'aimait vraiment, mais comment puis-je accepter qu'elle m'ait abandonné aussi longtemps ? Comment expliquer qu'elle ait pu me voir à ce putain de cimetière, la seule nuit où j'y suis allé, la seule nuit où j'ai laissé tomber ce masque de surface, et qu'elle n'ait rien fait ? Rien.
Mes poings se serrent, mes jointures blanchissent sous la pression. J'ai ordonné à mes hommes de garder le silence sur son retour. Personne en dehors de notre cercle proche ne doit savoir qu'elle est en vie. Pas encore. Pas avant que je décide quoi faire, pas avant d'avoir enfin toutes les réponses. Mais cette décision, aussi froide et calculée qu'elle paraît, n'est qu'une façade. Parce qu'à l'instant où je l'ai vue, mon monde s'est écroulé et reconstruit à la fois. Je déteste cette sensation. Je déteste ressentir autant. J'ai bâti une vie sur le contrôle, sur la froideur. Mais avec elle, tout ce que je crois savoir sur moi-même disparaît. Putain, avec elle, j'ai l'impression d'être un gosse de trois ans, incapable de contrôler ses émotions.
Et pourtant, je ne suis pas sûr qu'elle voit tout ça. A-t-elle seulement remarqué la douleur dans mes yeux quand elle me raconte tout ça ? A-t-elle vu à quel point ses mots, ses confessions, déchirent chaque fibre de mon être ? Parce que moi, je ne vois que sa douleur à elle. Cette souffrance qu'elle porte, qu'elle cache mal, et qui semble vouloir me repousser autant qu'elle m'attire. Mais cette nuit-là, au cimetière, elle m'a vu. Elle a regardé ma douleur. Et elle est restée cachée, immobile, silencieuse. Elle n'a rien fait pour me rejoindre. Comment ose-t-elle dire qu'elle m'aime alors qu'elle a eu une chance de me retrouver, de tout changer, et qu'elle ne l'a pas saisie ?
Je hais cette sensation d'être mis à nu, d'avoir été observé dans mon moment le plus faible, sans même le savoir. Comme si j'avais été pillé, dépouillé dans mon propre mal-être. Et maintenant, cette même personne, cette femme que j'aime toujours malgré tout, se tient devant moi, avec ce regard. Un regard qui semble demander pardon sans oser le dire, mais qui ne change rien à ce que je ressens. Je passe une main sur mon visage, tentant de chasser ces pensées. Elles tournent en boucle dans ma tête, s'accrochent à chaque recoin de mon esprit. Pourquoi suis-je aussi en colère ? Peut-être parce que, malgré tout, je sais que je ne peux pas la haïr. Pas vraiment. C'est elle. C'est Swan. Et elle a ce pouvoir sur moi, celui de détruire et de reconstruire tout ce que je pensais savoir sur moi-même.
Et ça me tue.
Cette putain de petite tête brune, c'est moi qui l'ai fait entrer dans ma vie. Moi qui ai tracé le chemin pour qu'elle trouve sa place, moi qui ai planté les graines du chaos sans même m'en rendre compte. J'ai orchestré son rôle, son utilité. Elle devait être un appât. Une carte à jouer. Juste une pièce sur mon échiquier. Mais la vérité, brutale et inévitable, me gifle chaque fois que je pense à elle.
Si j'avais su que cette petite tête brune, avec ses yeux pleins de défi et cette lumière presque insupportable, s'infiltrerait dans chaque recoin de mon esprit. Que ses silences m'obséderaient plus que ses mots. Que son rire, si rare, deviendrait une arme contre moi. Si j'avais su qu'elle m'apprendrait ce que signifie réellement être vulnérable... Je l'aurais tenue loin, très loin de tout ce bordel.
Mais je ne l'ai pas fait.
Je l'ai attirée dans mon monde, convaincu que je pouvais la contrôler, que je pouvais la modeler comme toutes les autres. Je lui ai tendu des pièges, mis en scène des manipulations, et pourtant... c'est moi qui tombe. Moi qui finis par être détruit. Parce qu'au fil du temps, elle n'est plus seulement une pièce sur mon échiquier. Elle devient quelque chose que je n'avais jamais prévu.
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NIGHTHAWK T1&T2
Romantik« J'aime la façon dont tu prononces mon nom, mais c'est vulgaire venant d'une bouche aussi pure. » « Ne me sous-estime pas. » « Oh, je n'oserais pas, princesse. » « Je suis un ange, pas une princesse. » Elle s'était juré de mettre un terme à son pas...
