Chapitre 78

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...Damian...

Le silence de la pièce n'est brisé que par ses râles et les gouttes de sang qui tombent sur le sol, formant une flaque sombre à ses pieds. Leo est attaché à une chaise en métal, ses poignets liés si étroitement que la peau sous les liens est entaillée. Sa chemise, autrefois immaculée, est désormais imbibée de sang. Je m'accroupis devant lui, le regard rivé sur son visage déformé par la douleur. Mes mains serrent encore le poignard que j'ai enfoncé dans son abdomen quelques instants plus tôt. La rage me brûle les veines, un feu que rien ne semble pouvoir éteindre.

- Pourquoi tu es en vie ? hurlé-je, ma voix résonnant dans la pièce.

Il relève péniblement la tête, crachant un mélange de sang et de salive qui macule le sol. Son regard, pourtant voilé par la souffrance, porte une étrange lueur de défi.

- J'en ai aucune foutue idée ! hurle-t-il à son tour, sa voix rauque, éraillée par la douleur.

Je resserre ma prise sur la manche du poignard avant de l'enfoncer légèrement, lui arrachant un cri rauque. Le flux de sang s'intensifie, glissant le long de sa chemise pour rejoindre la flaque à ses pieds.

- Où est-elle ? grondé-je, mon visage à quelques centimètres du sien.

- Je ne sais pas ! répond-il, la voix brisée par un mélange de colère et de désespoir. Tu crois que je suis au courant ? Tu crois que j'aurais préféré survivre à ça ? J'aurais préféré mourir ce soir-là ! Tu crois que j'ai pas honte d'être en vie alors que tu as buté toute ma famille ?

Je me redresse brusquement, reculant de quelques pas pour reprendre le contrôle, pour ne pas le tuer tout de suite. Mon regard reste fixé sur lui, sur sa lutte acharnée pour rester conscient.

- Elle est en vie ? exigé-je finalement, la voix plus calme mais toujours menaçante.

Il relève difficilement les yeux vers moi, ses lèvres tremblantes sous l'effet de la douleur.

- Je donnerais ma vie pour qu'elle le soit... soufflé-t-il, les mots presque noyés dans un râle.

Je fais un pas en avant, le poignard toujours ensanglanté dans ma main, tenu comme une menace silencieuse.

- Qui t'a fait disparaître ?

Leo ferme les yeux, sa poitrine se soulevant laborieusement alors qu'il cherche ses mots.

- Je me suis réveillé dans un autre pays, murmure-t-il, la voix à peine audible. Si tu veux savoir, c'est tout ce que je me souviens. Je ne sais pas qui. J'ai aucun souvenir, sauf... sauf de quitter le bal.

Ses mots tombent dans un silence lourd. Je le fixe, cherchant un mensonge, mais je ne vois que la douleur et l'angoisse. Il n'a pas toutes les réponses. Peut-être qu'il n'en a aucune.

- Alors trouve-les, grogné-je, abaissant le poignard pour effacer la distance entre nous. Tu veux rester en vie, Leo ? Prouve-le. Donne-moi quelque chose. N'importe quoi.

Il hoche lentement la tête, sa respiration rauque. Je sais déjà que cette promesse sera difficile à tenir. Et moi, je ne suis pas sûr de pouvoir attendre. Leo Miller est une clé. Une clé brisée, certes, mais peut-être celle qui me mènera à des réponses. Et si je dois l'écraser un peu plus pour ouvrir cette porte, je n'hésiterai pas. Il ne restera pas en vie, même s'il finit par parler.

Lui mentir ? Rien à foutre.

Ce n'est qu'un outil. Une clé temporaire que j'ai l'intention de briser une fois qu'elle aura servi.

Je sors de la salle d'interrogatoire, refermant la porte derrière moi d'un geste sec. L'odeur métallique du sang et la tension de la pièce restent accrochées à moi comme une seconde peau. Je lance un regard à l'un de mes hommes posté à proximité.

NIGHTHAWK T1&T2Où les histoires vivent. Découvrez maintenant