Chapitre 97

8.1K 242 62
                                        

...Swan...

Je n'en reviens toujours pas de ce qui s'est passé la nuit dernière. Tout semble flou, irréel, comme si le moment s'est gravé dans mon esprit en clair-obscur. Pourtant, malgré moi, je sais qu'une partie de moi a aimé ça, bien plus que je ne veux l'admettre. Cette pensée, je la garde enfouie, étouffée sous une carapace d'indignation. L'alcool a été ma faiblesse, il m'a désarmée face à lui. La colère que j'ai nourrie contre Damian s'est effondrée en un instant lorsque je le vois. Et pourtant, depuis notre retour il y a trois jours, je ne dors pas avec lui. C'est une décision cruelle, autant pour lui que pour moi, mais nécessaire. Une manière de lui montrer qu'il doit se rattraper, qu'il n'est pas question de céder sans qu'il fasse ses preuves. S'il espère mon pardon, il doit s'ouvrir à moi, entièrement, sans réserve. Ce matin-là, il commence avec une blague, pour évaluer si mon humeur est plus clémente. Sa voix résonne déjà derrière la porte de la chambre.

- Encore combien de nuits ?

Je ne peux m'empêcher de sourire intérieurement, enfonçant ma tête dans mon coussin pour ne pas rire, mais mon ton reste ferme.

- Autant qu'il le faudra.

Je dévale les escaliers d'un pas précipité pour rejoindre la cuisine où, torse nu, se trouve mon plus redoutable adversaire. Je l'observe discrètement, le scrutant avec une attention mêlée d'appréhension et d'amusement, jusqu'à ce qu'il se retourne pour m'adresser un clin d'œil complice. D'un geste feint, je simule un malaise, prétendant être sur le point de vomir, même si mes yeux ne peuvent se détacher de sa nouvelle cicatrice. Le tatouage d'Elsa a disparu, remplacé par une brûlure dont la peau reste tuméfiée, souvenir douloureux des flammes. Je n'en reviens pas qu'il se soit infligé une telle marque, et pourtant, l'esprit humain révèle ici toute sa complexité. La douleur libère autant qu'elle affaiblit. Devant mon air songeur, il se rhabille rapidement, glissant un t-shirt sur son torse.

- Fais attention, tu es en train de baver.

- Je crois que tu deviens aveugle, tu te fais des illusions.

- Et si je devenais aveugle, serais-tu obligée de dormir avec moi ?

Je ne peux m'empêcher d'esquisser un sourire, une lueur d'espoir mêlée à la résignation. Il ne faut pas plus avant qu'il ne s'approche de moi, dissipant la tension qui, jusque-là, semble avoir suspendu le temps autour de nous. Je tente de m'éloigner, de fuir ce moment d'intimité, mais ma tentative ne dure que quelques secondes. Avant même que je ne puisse réellement poser mes pieds à l'écart, ses bras m'enveloppent, me tirant contre lui avec une insistance douce et inexorable.

- J'accepte la phase de ne pas dormir avec moi, mais il n'existe aucun moyen de t'enfuir, mon cygne.

Je réplique, un brin d'amertume dans le ton, en me rappelant que, le jour précédent, il m'a effectivement laissée m'échapper.

- Pourtant, tu m'as laissée m'enfuir loin, l'autre jour...

Dans ses yeux, je distingue alors une lueur de frustration, un éclat qui trahit la souffrance qu'il essaie de dissimuler derrière des mots légers. Il me laisse de nouveau libre de mes mouvements.

- Je te présente mes excuses.

- Je sais que tu es désolé, Damian, mais ce n'est pas cela qui compte vraiment pour moi ! J'ai besoin de comprendre. Je ne te demande pas de me dévoiler toute ta vie, mais simplement de m'expliquer ce qui nous affecte tous les deux.

Ses pas le mènent dans le salon où, dans le silence presque palpable, notre échange se mue en une dispute silencieuse, teintée de mes reproches et de ma colère grandissante.

NIGHTHAWK T1&T2Où les histoires vivent. Découvrez maintenant