Chapitre 71

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...Damian...

Je suis seul dans cette salle, l'horloge accrochée au mur égrène les secondes comme un métronome impassible. Les heures défilent, mais rien ne se produit. Je ferme les yeux, incapable de retrouver les conseils de ma mère, me répétant de compter jusqu'à dix, de me concentrer sur ma respiration. Mais rien ne vient. C'est comme si mon esprit avait été vidé, un vide troublant s'installe en moi, laissant place à une confusion insupportable.

Comment tout cela peut-il être possible ?

Mon père n'a pas été tué par Miller, mais par Swan. Cette révélation tourne en boucle dans ma tête, un écho insistant qui refuse de se taire. Je ne peux pas accepter cette réalité. Comment pourrais-je comprendre que l'homme que j'ai toujours considéré comme le responsable de ma douleur, celui sur qui j'ai déversé des années de haine, n'est pas l'auteur de cet acte ? C'est comme si cette information, aussi brutale soit-elle, ne pouvait pas exister dans le cadre de mon monde.

Je repense à toutes ces années durant lesquelles j'ai imaginé les circonstances de la mort de mon père, cherchant des détails, des indices dans les yeux de ceux qui l'ont connu, élaborant mille scénarios sur la manière dont ce fils de chien a ôté la vie à un homme si cher à mon cœur. Mais aujourd'hui, c'est une vidéo qui vient troubler mes pensées, une vidéo qui remet tout en question.

Je ne sais pas si la folie me guette, mais une haine sourde s'insinue en moi, insidieuse et brûlante, en voyant cette enfant commettre un acte si froid. Comment un homme peut-il engendrer un tel mécanisme de violence dans le cœur d'une enfant ? Et pourtant, malgré cette tempête, je ne peux pas éprouver de haine envers elle.

L'image de la vidéo, gravée dans mon esprit, refuse de s'estomper. Je la fixe, mon cœur se serre à chaque instant. Mon père gît au sol, Miller au-dessus de lui, tandis que Swan, impassible, se tient dans l'ombre, l'arme tombée au sol. C'est une scène d'une froideur terrible, un tableau qui, en dépit de sa monstruosité, révèle des vérités que je ne suis pas prêt à affronter.

J'ai découvert l'existence de Swan grâce à Thea, une révélation qui a bouleversé mon monde. À partir de ce moment, un plan s'était dessiné lentement dans mon esprit, un plan qui visait à plier Miller, à l'obliger à se soumettre à ma volonté en menaçant la vie de sa propre fille. L'ironie m'apparaissait alors cruelle, car j'avais imaginé des centaines de scénarios pour lui faire du mal. Mais rien dans ma putain de vie ne se déroule comme je le planifie. À cet instant, tout tourne dans ma tête. Comment l'amour peut-il se lier à la mort ? C'est une question qui me dévore, qui me hante. J'aime la femme qui a ôté la vie à mon père, mais qui a trahi le sien pour être à mes côtés.

Quel paroxysme tragique.

Les trois personnes de cette vidéo sont mortes, chacune ayant marqué ma vie de façon indélébile. Mon cœur se serre à l'idée de ce que Swan devait ressentir à cet instant. Pourquoi ne m'a-t-elle rien dit ? Est-ce qu'elle se souvenait de ça ? Savait-elle qu'il s'agissait de mon père ? Puis soudain, tout s'aligne dans mon esprit, comme les pièces d'un puzzle mal assemblées qui prennent enfin du sens. Le soir du bal, elle n'avait aucune raison de fuir. Pourquoi choisirait-elle de retrouver son père, tout en connaissant le danger qui pèse sur elle ?

Elle n'a jamais su...

Après six mois d'errance dans mes pensées, de cauchemars nocturnes, je réalise enfin la raison la plus probable de sa fuite. Je revois tous les éléments, un à un, comme si mes souvenirs décidaient soudain de s'aligner malgré moi. Sur les vidéos de surveillance du bal, on la voit se disputer avec son père. Une conversation silencieuse, mais son visage dit tout. Cette angoisse brute dans ses yeux, cette tension dans ses épaules quelque chose vient de s'effondrer en elle. Puis, quelques instants plus tard, elle réapparaît. Elle court. Elle court comme si quelqu'un venait de lui arracher le sol sous les pieds. La panique sur son visage n'a rien à voir avec ce que j'ai connu d'elle. Et je comprends enfin. Si elle avait eu un autre problème, si elle avait été en danger, blessée, perdue...elle serait venue vers moi. Elle serait venue. Je le sais. Je la connais.

NIGHTHAWK T1&T2Où les histoires vivent. Découvrez maintenant