Chapitre 63

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Quelques jours plus tôt

...Swan...

Mes pieds foulent le sol, comme une ancre me ramenant brusquement à la réalité. J'avance dans la queue, le passeport serré dans ma main tremblante. Il ne reste plus qu'une étape avant que je ne sois officiellement de retour aux États-Unis, le contrôle des douanes. Moi, qui ai toujours détesté le crime, mais qui ai grandi dedans, j'ai tenté de fuir ce monde à plusieurs reprises, pour finalement y retomber. J'enfonce mes ongles dans ma paume, une vieille habitude pour garder le contrôle, quand mon tour arrive enfin.

L'agent des douanes me lance un regard neutre, presque blasé, avant de prendre mon passeport. Ses yeux passent du document à moi, et un silence lourd s'installe. Les secondes semblent s'étirer, chaque tic-tac de l'horloge résonnant dans ma tête comme un compte à rebours.

- Bienvenue aux États-Unis, Madame Lark.

Je murmure un remerciement et avance, le souffle court. J'ai l'impression que rien n'a changé, que je ne suis jamais vraiment partie. Pourtant, la dernière fois que j'étais ici, je me débattais pour ma vie. Maintenant, je suis une ombre, un fantôme.

Invisible.

En sortant de l'aéroport, je m'arrête un instant, scrutant la foule qui s'agite autour de moi. J'attends Derek. Il m'a préparée pour ça, avec une précision presque clinique. Les règles, les précautions, tout est calculé. Avant de partir, j'ai eu droit à un relooking complet. Mes cheveux teints en noir, coupés au carré. Trop risqué de revenir avec mon apparence d'avant.

Je regarde autour de moi, des familles se retrouvent, des couples s'embrassent, des amis éclatent de rire, tous absorbés dans des moments de bonheur simple. Certains téléphonent à leurs proches pour annoncer leur arrivée. Moi, je n'ai personne à appeler. Je n'ai jamais eu personne à appeler. Depuis mon enfance, personne n'est jamais venu me chercher à l'aéroport. La solitude est une compagne fidèle, ancrée en moi.

Soudain, la voix d'une petite fille attire mon attention.

- Maman, regarde la main de la dame !

Je baisse instinctivement les yeux vers ma main gauche. La cicatrice, profonde et indélébile, me rappelle chaque jour ce que j'ai traversé. Je réagis sans vraiment réagir, cachant rapidement ma main sous la manche de mon pull. C'est une histoire que je garde pour moi. Pourtant, malgré tout, je me surprends à l'aimer, cette cicatrice. Elle est la preuve de ce que j'ai été, et de ce que je suis devenue. Un rappel constant.

Je vois la mère sermonner la petite fille au loin, un pincement me traverse le cœur. Ce n'est qu'une réaction innocente, une curiosité d'enfant face à l'inconnu. J'attends encore Derek, en silence, mon regard se perdant dans les mouvements de la foule. Je suis prête pour ce qui va venir. Enfin, je crois. Je frôle du bout des doigts cette nuit dont j'ai tant rêvé. Rien ne se déroule comme je l'ai imaginé, bien sûr, mais elle est là, à portée de main. Cette nuit, je vais la vivre, peut-être pas comme je l'ai prévu, peut-être pas en une nuit, peut-être sans Damian, mais c'est pour lui, que je dois la traverser. Il y a des étapes sur cette fameuse liste que j'attends avec impatience, mais une nouvelle en particulière.

Lui envoyer la vidéo.

Ces dernières semaines, j'ai réussi à me distraire en travaillant pour Dalton. Mon article sur "Le Sculpteur" a fait sensation. Même s'il ne sera pas publié tout de suite, Dalton m'a assuré que je tiens quelque chose de prometteur. Je dois encore prouver ma valeur avant de pouvoir prétendre à une publication officielle. Mais je suis motivée, presque impatiente. Il m'a confié d'autres affaires, tout en me permettant de continuer à creuser sur "Le Sculpteur", un projet qui m'obsède. Cependant, je sais bien que si Derek découvre que je poursuis cet article, ma vie sera en danger. Mais quelque chose dans cette affaire m'attire irrésistiblement. Il y a une part de mystère qui m'appelle, une urgence que je ne peux ignorer.

NIGHTHAWK T1&T2Où les histoires vivent. Découvrez maintenant