...Swan...
Je déambule dans les couloirs animés du Daily Telegraph, presque en pilote automatique. Depuis notre retour en Australie, j'y passe mes journées, préférant l'agitation de la rédaction à la compagnie de Derek. Deux semaines sont passées, et je lui en veux toujours autant d'avoir envoyé cette vidéo. La vidéo que j'ai effacée, la vidéo que j'aurais dû garder sous contrôle. Chaque jour, une question me hante sans relâche, Damian a-t-il vu cette vidéo ?
Est-ce que ma mort te paraît moins douloureuse ainsi ?
Je tente de refouler cette pensée en me concentrant sur mon travail. Dalton, mon rédacteur en chef, m'a confié une série de petites chroniques sur des faits divers de quartier. Je publie des articles modestes, une enquête sur des vols dans les boutiques du centre-ville, un reportage sur les groupes de jeunes qui se rassemblent près du port. Rien de notable, rien qui pourrait éveiller un véritable intérêt, mais c'est le début. La publication de ces premiers articles me donne un avant-goût de ce que je souhaite vraiment accomplir. Dalton, lui, ne cesse de me rappeler de ne pas perdre mon temps sur le sujet du Sculpteur, avec si peu d'informations concrètes. Pour lui, cet intérêt pour le Sculpteur frôle l'obsession, et il ne veut pas que cela empiète sur les articles plus « utiles » et « rentables » qu'il m'assigne au quotidien. À ses yeux, ce n'est qu'un mystère de plus, un nom parmi d'autres sans visage ni véritable histoire.
Mais je sais, au fond, que le Sculpteur est bien plus qu'un simple fait divers. C'est une énigme qui me fascine autant qu'elle me terrifie, et chaque fil que je tire pour le comprendre semble me ramener à des zones sombres que j'ai essayé d'oublier.
Je poursuis pourtant mes recherches en secret. Je trouve un nom lié à lui dans des forums cachés du dark web, des transactions douteuses en lien avec des galeries d'art privées et même une connexion potentielle avec une série de disparitions en Europe. Tout est fragmenté, comme un puzzle où les pièces semblent se refuser à moi. À plusieurs reprises, je laisse volontairement des traces, espérant attirer son attention, le provoquer pour qu'il me remarque.
Le dark web n'est pas un terrain inconnu pour moi. J'explore des forums, des salles de discussion anonymes, traçant des fils rouges entre les échanges et les pseudonymes. Parfois, j'attrape un indice, un nom murmuré, une transaction suspecte ou un message crypté qui, à mes yeux, porte la signature de cet homme insaisissable. Le Sculpteur. J'apprends que ce n'est pas un simple pseudonyme, mais une référence à son œuvre brutale, presque artistique. Il n'est pas qu'un criminel, il se voit comme un créateur, et chaque meurtre comme une sculpture d'horreur.
En arrivant à mon bureau, cet espace impersonnel parmi les autres, sans photo ni bibelot, où les seules traces de moi sont des piles de dossiers et d'articles en cours, mon regard est immédiatement attiré par quelque chose qui ne devrait pas s'y trouver. En plein milieu du bureau, un paquet rouge flamboyant repose, soigneusement déposé. Le papier, lisse et scintillant sous la lumière, contraste avec le désordre habituel de mes documents.
Une tension glaciale me traverse, une nervosité que je n'arrive pas à contrôler. Mes mains tremblent légèrement en approchant le paquet, mes doigts hésitant sur le bord du papier. La pièce entière semble se figer autour de moi. Finalement, avec précaution, j'ouvre le paquet. Mon cœur se serre, mon estomac se noue violemment en découvrant ce qui m'attend à l'intérieur. Une carte blanche, maculée de lettres d'un rouge sombre et humide, écrites avec une brutalité si intense que le papier semble meurtri. Le message est simple, mais son impact résonne comme une déflagration dans mon esprit.
"Tu me cherches ?"
Mon cœur bat à tout rompre. L'odeur métallique du sang imprègne l'air, un parfum âcre et dérangeant qui colle à ma peau, me rappelant qu'ici, dans cette enveloppe, quelque chose de vivant s'est transformé en menace. Tout mon corps se raidit, chaque muscle en alerte, alors que les mots semblent presque s'animer devant mes yeux, hurlant de manière silencieuse leur violence et leur ironie.
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NIGHTHAWK T1&T2
Storie d'amore« J'aime la façon dont tu prononces mon nom, mais c'est vulgaire venant d'une bouche aussi pure. » « Ne me sous-estime pas. » « Oh, je n'oserais pas, princesse. » « Je suis un ange, pas une princesse. » Elle s'était juré de mettre un terme à son pas...
