...Damian...
Les nuits sans sommeil s'accumulent, et avec elles, l'épuisement s'infiltre en moi, comme un poison lent. Je ne vis plus que dans l'ombre de mes pensées, hanté par cette idée fixe. Depuis cette vidéo, depuis cette vision insupportable, je me persuade que tout cela n'est qu'un jeu cruel orchestré par le Sculpteur. Il n'y a aucune autre explication acceptable, aucune autre version que je peux supporter. Parce que si cette femme, celle que j'appelle mon cygne, est bien celle que je connais, elle ne pourrait jamais me faire ça. Elle ne pourrait jamais disparaître ainsi, me laisser dans cette descente infernale sans une explication, sans un mot, sans un regard. Elle n'est pas de ceux qui fuient, encore moins de ceux qui trahissent.
La théorie du Sculpteur, cette conviction qu'il orchestre tout cela pour me briser, devient ma bouée de sauvetage. Une façon de rester ancré dans la réalité, de croire que je ne suis pas en train de sombrer dans une folie sans retour.
Je me lève de mon lit, le corps alourdi par la fatigue, et je me retrouve encore une fois à compter les jours, à marquer le temps comme un prisonnier dessine des traits sur le mur de sa cellule. Quarante-cinq jours. Dans quarante-cinq jours, cela fait un an depuis que j'ai écrasé l'empire des Miller et, dans ce même mouvement, perdu mon cygne. Le chiffre me réconforte presque, comme une promesse silencieuse. Elle ne m'aurait jamais laissé derrière elle, pas pour un an. Mais, malgré moi, une autre part de moi n'a de cesse de me rappeler cette possibilité déchirante, celle où elle a vraiment disparu de sa propre volonté. Et ainsi, je retombe dans ce même cercle vicieux, rattrapé par mes pensées obsédantes. La liste, la vidéo, sa fuite...tout revient comme des spectres me hantant sans répit. Tous les scénarios défilent, s'entremêlent, se multiplient à un rythme qui me dépasse, me ramenant à cette question lancinante.
Comment le cerveau humain peut-il être capable de tant de cruauté par la simple pensée ?
D'un geste mécanique, comme guidé par une force invisible, j'ouvre le tiroir où je garde tout ce que je prétends vouloir oublier. Dans ce tiroir, des morceaux d'elle, de nous. Je prends mon carnet de dessin, mais je n'y trouve plus aucun réconfort. Depuis son départ, je ne dessine plus, et les pages de mon carnet ne contiennent plus que son visage, figé dans des traits que j'esquisse sans relâche, comme pour m'accrocher à ce que j'ai perdu. À côté, il y a un de mes vieux t-shirts, celui dans lequel elle dormait parfois, une habitude qui me semble désormais appartenir à une autre vie.
Et puis, il y a cet écrin rouge. Ce petit boîtier, discret mais vibrant de cette couleur profonde, fait remonter en moi une vague de souvenirs rien qu'à le regarder. Le jour où elle m'a confié que c'était sa couleur préférée, j'achète cet écrin sans réfléchir, un acte impulsif. Ce geste, je ne l'explique jamais vraiment, comme si ma main avait été guidée par une certitude inconsciente.
À l'intérieur, il y a une bague, un simple anneau serti d'un rubis birman qui, à mes yeux, reflète parfaitement la force de son regard. J'ai acheté cette bague pour elle, pour un jour qui ne se réalisera jamais, pour un moment que j'espérais voir naître sans jamais l'oser pleinement. Une bague pour un avenir que je refuse d'admettre, un symbole que je gardais pour moi, sans jamais oser le lui montrer. Et à l'époque, elle ne croyait même pas vraiment en moi. Elle doutait de mes intentions, doutait de la place qu'elle avait dans ma vie, de ce que nous partagions réellement. Chaque regard qu'elle me lance est empreint de méfiance, une barrière invisible qu'elle tient fermement entre nous.
Peut-être que c'est précisément cette distance qui m'a poussé à faire cet achat insensé. Je ressentais ce besoin incontrôlable de me prouver, à moi-même, que je pouvais me projeter dans quelque chose de réel, de solide. Une manière de défier mes propres démons, de prouver que j'étais capable de quelque chose de plus profond que mes instincts de survie et mes mécanismes de défense. Mais la vérité, c'est que cette bague symbolise un amour que je n'ose jamais admettre, même à moi-même. Elle, mon cygne, était une tempête dans ma vi. En achetant cette bague, je voulais me préparer à l'idée qu'un jour, peut-être, je pourrais être un homme capable d'aimer vraiment, de se consacrer à quelqu'un d'autre. Mais cette illusion s'envole, et cet écrin rouge n'est plus qu'un rappel cruel de la faiblesse que j'ai voulu refouler, de ce moment de folie où j'ai laissé mes barrières se fissurer, croyant qu'elle serait là pour toujours.
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NIGHTHAWK T1&T2
Romance« J'aime la façon dont tu prononces mon nom, mais c'est vulgaire venant d'une bouche aussi pure. » « Ne me sous-estime pas. » « Oh, je n'oserais pas, princesse. » « Je suis un ange, pas une princesse. » Elle s'était juré de mettre un terme à son pas...
