...Swan...
Une semaine s'est écoulée depuis que j'ai publié le premier article de L'Encre Noire. Une semaine depuis que Derek m'a avoué la vérité, brisant cette carapace de mystère qu'il portait avec tant d'arrogance. Ces sept jours ont défilé, lourds de réflexion, d'angoisses et de remises en question. Je fixe le plafond, la pièce plongée dans une pénombre apaisante. Une partie de moi s'accroche encore à l'euphorie de cette première publication. Chaque mot que j'ai écrit a été un coup porté contre ce silence imposé, un cri dans l'obscurité. Pourtant, cette semaine a été étrangement calme.
Derek...Je n'arrive pas à le sortir de mon esprit. Son aveu, son corps marqué par les batailles, cette confession sur sa sœur disparue. Tout tourne en boucle dans ma tête. J'essaie de comprendre ce qu'il a dû sacrifier, ce qui l'a poussé à me manipuler, à m'utiliser. Je ne peux m'empêcher de le voir différemment maintenant. Il n'est plus seulement cet homme brut, dur et sarcastique. Il est aussi un frère brisé, un survivant hanté par des pertes qu'il n'a jamais pu surmonter.
Je laisse échapper un soupir en me redressant légèrement, le dos appuyé contre la tête de lit. Les souvenirs de cette semaine m'assaillent. La tension palpable dans chaque interaction avec Derek, ses salutations fuyantes, comme s'il regrettait de m'en avoir dit trop. Cette distance qu'il maintient, à la fois pour me protéger et pour se protéger lui-même. Je laisse mes doigts glisser sur le clavier de mon ordinateur, une expression d'émerveillement mêlée de fatigue étirant mes traits. Je n'aurais jamais pensé que L'Encre Noire trouverait une telle résonance, pas aussi vite, pas avec cette intensité. Mon premier article a suscité des réactions, certes, mais ce n'est rien comparé à l'explosion d'attention que mon deuxième article, publié la veille au soir, a déclenchée. Mon audience a littéralement grimpé en flèche du jour au lendemain.
Les chiffres sur le tableau de bord du site sont presque irréels. Des centaines de messages sont arrivés en une seule nuit. Je passe en revue les messages sur le site, les yeux plissés. Certains demandent des détails supplémentaires sur mes sources, d'autres me supplient d'enquêter sur d'autres formes de corruption, ou même sur des figures publiques précises. Mon cœur bat plus fort en lisant certains messages qui résonnent comme des appels à l'aide, mais aussi comme des avertissements voilés. Il y a toujours ce risque, cette tension sous-jacente, mais je sais que j'ai fait le bon choix. Révéler la vérité a un prix, et je suis prête à le payer.
J'aime cette zone d'ombre. J'aime être invisible, totalement cachée derrière mon écran, dans cet espace où je peux écrire sans être vue, où je peux exister sans être jugée. C'est exactement ce que j'ai toujours voulu, même si ce n'est que le début. Et pour la première fois, je sens que j'y suis parvenue.
C'est ça, le journalisme pour moi. Ce frisson d'adrénaline qui monte en moi chaque fois que je publie un article, chaque fois que je sais que mes mots vont toucher des vies, provoquer des réactions, secouer des vérités trop longtemps tues. Cette sensation comble un vide en moi, un vide que je n'ai jamais su expliquer. L'écriture a toujours été une nécessité, un besoin vital. Et maintenant, en exposant des vérités, en jouant avec les ombres pour dévoiler ce qui doit l'être, je sens que le puzzle de mon âme trouve enfin sa pièce manquante.
Mais malgré tout... il manque toujours quelque chose.
Lui.
Rien ne se passe jamais comme on le souhaite. Et encore moins en amour.
Les paroles de Derek résonnent encore dans mon esprit, un rappel brutal de cette vérité que je ne veux pas voir. Je me mens à moi-même. Je prétends l'aimer, prétends vouloir être à ses côtés, mais une peur glacée s'insinue en moi à l'idée de lui refaire face. Cette peur me paralyse, m'empêche de bouger, de franchir le pas. J'ai imaginé nos retrouvailles des centaines de fois, dans mes rêves les plus fous et mes cauchemars les plus sombres. Mais une seule question revient, toujours la même, me prendrait-il encore dans ses bras après tout ce que j'ai fait ?
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NIGHTHAWK T1&T2
Romance« J'aime la façon dont tu prononces mon nom, mais c'est vulgaire venant d'une bouche aussi pure. » « Ne me sous-estime pas. » « Oh, je n'oserais pas, princesse. » « Je suis un ange, pas une princesse. » Elle s'était juré de mettre un terme à son pas...
