EPILOGUE

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...Swan...

- Tu es prête ?

Ce sont des mots simples, anodins peut-être. Mais dans ma tête, ils résonnent comme le lancement d'un putain de générique de fin, comme si les violons d'un vieux film dramatique s'élevaient lentement pour me faire comprendre que je suis à un tournant. Prête ? Est-ce que je le suis seulement ? Est-ce que quelqu'un l'est un jour, vraiment ? Est-ce qu'on sait jamais si on est prête ? Ou est-ce qu'on y va, tremblante, mais en courant quand même ?

Je panique. Putain, je panique.

Mes doigts s'agitent avec cette mèche de cheveux qui refuse de rester sagement dans mon chignon. Elle glisse, se rebelle, se colle à ma joue comme si elle savait, elle aussi, que tout change aujourd'hui. Je l'arrache, je la replace, je la fixe, mais mes mains tremblent trop. Ma mâchoire se crispe. Je perds patience. Et la brosse vole à travers la pièce, heurte le sol avec un bruit sourd, inutile, comme ma colère. J'écrase mon front contre la table en bois, respire fort, ferme les yeux. J'ai mal au ventre. Cette boule de nerfs, de joie, de peur et d'amour mélangés me tord de l'intérieur. C'est si fort que j'ai presque l'impression de mourir. Et pourtant... je sais que tout ce qui va suivre aujourd'hui, chaque pas, chaque mot, chaque regard échangé, va me faire vivre comme jamais. Me faire renaître. Je souffle. Une fois. Deux. Il faut que je me calme.

Je sens une main sur mon dos. Chaude. Présente. Apaisante. Bien sûr que ma robe est dos nu, je voulais sentir Damian, ce soir, ses doigts, sa peau, son souffle contre moi. Je voulais qu'il sache, sans un mot, qu'il est chez lui ici, sur moi, avec moi. Mais pour l'instant, c'est Thea. Thea et sa tendresse discrète, presque maternelle. Elle sait exactement comment me toucher sans m'envahir.

- Tu as peur ? me demande-t-elle doucement, comme si elle devinait déjà la réponse.

Je relève la tête, mes yeux cherchent les siens dans le miroir. Peur ? Non. C'est bien plus que ça. Je suis terrifiée. Je suis prise au piège dans un vertige si fort que j'ai l'impression d'avoir sauté dans le vide sans savoir si quelqu'un m'attendrait en bas.

- J'en ai aucune idée, je souffle. Je ne sais même plus réfléchir.

Elle attrape ma main. Ferme. Déterminée. Elle me tire vers le miroir comme si elle m'obligeait à me regarder vraiment, au-delà du vernis, au-delà des fleurs, au-delà de la panique.

- Tu vois ce que je vois ?

- Le néant.

- Non, répond-elle sans hésiter. Je vois une femme qui s'apprête à épouser l'homme de sa vie et qui n'accepte pas le bonheur qu'elle mérite.

Et là, mon cœur rate un battement. Une phrase. Une seule. Et tout en moi vacille. Je souris, faiblement. Je vais épouser l'homme de ma vie. Mon homme. Mon démon. Mon rempart. Et je ne veux plus jamais connaître personne d'autre que lui. Je le veux entier, vrai, vivant, même dans ses colères, ses ombres, ses silences. Comme je suis à lui, brisée, reconstruite, imparfaite. Une histoire d'amour qui n'aurait jamais dû exister, mais qui a survécu à tout. Une histoire impossible, déchirée par le monde, par nos passés, et qui ce soir, se transforme en conte. Est-ce qu'on est à la fin du livre ? Est-ce qu'il ne nous reste plus que le bonheur à découvrir, à construire, ensemble ? Je l'espère, de tout mon être.

Et puis, une autre question me traverse, poignarde doucement mes pensées. Est-ce qu'il a aussi peur que moi ? Est-ce que lui aussi, là-bas, il se demande si tout ça est réel ? Est-ce qu'il doute ? Ou est-ce qu'il m'attend, sûr, prêt, calme... comme il l'est toujours quand moi je me brise ?

NIGHTHAWK T1&T2Où les histoires vivent. Découvrez maintenant