Chapitre 6.

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...Swan...

La tension dans la pièce est palpable, indescriptible. Je ressens de la colère envers lui, bien que sa nonchalance puisse me séduire. Cependant, je n'apprécie pas la manière dont il prend plaisir à me manipuler. Il me menace, mais je ne fléchis pas. Il n'est pas comme Adam. Il ne connaît pas mes points faibles. Il n'a pas gagné ma confiance, donc je ne ressens aucune crainte. Je n'ai pas peur des étrangers qui pourraient me blesser, mais plutôt de ceux à qui j'ai ouvert mon cœur. Ceux-là, je sais que je ne pourrai pas leur faire face.

Je ne comprends pas vraiment ce qui se passe dans cette pièce. Je me sens absurde de lutter pour récupérer une simple liste, mais lui semble encore plus absurde de ne pas me la rendre. Cette liste existe pour mettre un terme à certaines choses. Je ne sais pas s'il l'a lue, mais je n'en doute pas vraiment. On pourrait croire que ce n'est qu'une ébauche, mais elle contient mes secrets.

Quand je l'ai écrite, j'ai réfléchi à ce que je voulais faire avant de partir. Les séquelles des violences de mon passé, mais aussi les conséquences des actions de mon père. Mon père n'a pas seulement détruit notre famille, il en a détruit d'autres. Cela ne fait aucun doute pour moi. Je n'ai jamais vraiment su ce qui se tramait dans son bureau. Parfois, on entendait des détonations. D'autres fois des rires. Et parfois... juste un silence pesant. Quand j'étais petite, je ne comprenais pas. Jusqu'à ce que je m'y retrouve moi-même.

Un jour, en courant dans la maison pour échapper à ma mère, je m'étais glissée sous le bureau de mon père. Pendant plusieurs minutes, j'étais restée immobile, croyant avoir trouvé une cachette parfaite. Puis, il y avait eu des bruits de pas, des voix... et ensuite, des cris. J'étais toujours aussi curieuse. Je voulais savoir ce qui se passait. Pour une fois, j'avais l'occasion de voir ce qui se cachait derrière la porte close. Je ne voulais pas la rater. J'avais relevé la tête, avide de comprendre.

Et là, j'avais été témoin de l'impensable. Mon père avait abattu froidement un homme. Quand il avait découvert que j'étais là, il ne m'avait pas grondée. Son regard avait croisé le mien, et dans ses yeux j'avais lu une étrange combinaison de surprise et de calme. Puis, d'une voix douce, il m'avait simplement dit.

- Quand on protège sa famille, il faut veiller à être du bon côté du canon.

Sa froideur m'avait fait croire que tout était normal. Alors je n'en avais parlé à personne. J'évitais juste son bureau, de peur de recroiser ces yeux morts. Personne ne remettait en question ses actes. Ses mots m'avaient persuadée qu'il avait agi pour nous défendre. Que cet homme représentait une menace. Mais pourquoi n'était-il pas armé ? Pourquoi mon père n'avait-il pas été blessé ? Pourquoi tirer ?.

Et puis, un soir, des années plus tard, à mes 8 ans, tout avait basculé.

J'étais dans ma chambre, luttant contre le sommeil. Des cris avaient résonné. Des objets étaient tombés. Ma curiosité l'avait emporté, comme toujours. J'étais descendue. Mon corps frissonnait. Mais je savais déjà, je ne reverrais plus cet homme. Il était mort. La porte du bureau était entre-ouverte. Ma main tremblait. Je poussais la porte. Je passais la tête. J'ai aperçu un homme de dos, dominant mon père au sol.

La porte avait heurté un objet. Un bruit métallique. Je comprenais, que c'était l'arme de mon père. Il l'avait perdue dans la bagarre. L'homme hurlait, absorbé par sa colère. Il ne remarquait même pas mon entrée. Mon père me regardait. Je comprenais ce qu'il voulait. Au fond, je n'en avais pas envie. Mais je me souvenais de ses mots.

- Quand on protège sa famille, il faut veiller à être du bon côté du canon.

Mon corps tremblait, j'étais comme possédée tandis que mon esprit hurlait en moi. Je m'étais baissée pour attraper l'arme. Elle était lourde, j'en avais déjà eu une dans les mains, mais pas pour tirer sur quelqu'un. Je savais comment la tenir, j'avais vu mon père le faire. L'homme criait si fort qu'il ne devait rien entendre quand je me déplaçais. J'étais derrière lui, pointant l'arme sur son dos, les mains tremblantes.

NIGHTHAWK T1&T2Où les histoires vivent. Découvrez maintenant