Chapitre 1

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Jamais je n'aurais pensé que ça recommencerait... Et pourtant c'est bien le cas. Le fait d'avoir pu faire une rentrée dans le lycée où tous les amis que je m'étais fait durant l'année de troisième avait été trop beau. Et pourtant nous revoilà, sur la route. Quand cela cessera-t-il ? Le mois de septembre touche presque à sa fin, alors pourquoi ? Pourquoi avoir encore décidé de déménager ? Je m'y étais fait, moi, à ce nouvel établissement, à ce nouveau lycée. Devoir changer de maison tous les ans était déjà assez agaçant. Mais devoir le faire alors que l'année scolaire vient de commencer me met dans un état de colère profonde. J'avais espéré, vraiment espéré, que mes parents décident de rester. Seulement ce n'était qu'une question de temps. Une question de temps avant qu'ils m'annoncent, une semaine avant, que nous déménagions. Encore une fois.

Sur l'un des cartons présent sur la banquette arrière de la voiture j'y décerne mon écriture : Gwen chambre. Je ne me rappelle plus vraiment de ce qu'il contient mais au moins je sais où je devrais le disposer une fois arrivé. L'aboiement de mon berger allemand me surprend alors que sa langue dégoulinante me montre qu'il a sûrement soif. Encore un petit effort Jack, papa a dit que nous n'en avions plus pour très longtemps. Je prends alors sa gamelle et la remplit. Ma mère dont les cheveux dorés s'agitaient avec le vent qui s'engouffrait par la fenêtre tente une approche en se retournant. Le regard mauvais que je lui lance lui annonce la couleur et elle se ravise. Ses yeux aussi bleus que les miens prenant alors un air triste. Je suis résolu à leur montrer mon mécontentement. Ils m'avaient laissé l'espoir d'enfin trouver une vie normale. Mais ils avaient brisé mes rêves une semaine auparavant en m'annonçant que nous devions déménager pour une énième ville, une énième fois. Je suis persuadé qu'ils le savaient depuis bien plus longtemps mais qu'ils ne voulaient pas me le dire. Travail à la noix. J'en veux à mon père. Même si au fond de moi je sais que lui-même n'a pas le choix et qu'il s'en veut aussi de nous imposer tout ça. Mais quand même... Déménager tous les ans pour un simple boulot... Je trouve ça légèrement culotté.

Ses cheveux grisonnant avaient la même teinte châtain que les miens avant et je me remémore les vieilles photos de mes parents que nous avions remballées et la ressemblance frappante entre nous deux. La même taille, la même couleur de cheveux, les mêmes mimiques mais il me reste des choses que j'ai hérité de ma mère : les traits de son visage, ses yeux et ça clairement je ne la remercierais jamais assez, mais aussi son caractère. Je suis un parfait mélange de mes deux géniteurs et leur seul et unique enfant.

Pour en revenir à notre trajet, il nous aura fallu dix heures de route pour rejoindre notre « nouvelle » maison. Nouvelle ? Non ce n'est pas une nouvelle maison. Disons juste un bâtiment de secours pour une seule et unique année. J'espère qu'ils ne nous ont pas trouvé un taudis ou je ne sais pas quoi encore et qu'il y aura au minimum un jardin pour mon berger allemand. Au loin, se dressent les premières maisons et un panneau nous indiquant que nous étions arrivés : Destinée. Un nom de ville qui n'est pas très commun, pensais-je ironique. Est-ce qu'il doit être symbolique ? Je n'y prête pas attention et explore du regard les nouveaux bâtiments qui se dessinent devant mes yeux. Nous passons devant le lycée qui, à l'exception de tous les autres édifices que nous venons de croiser, n'est pas blanc mais en briques. Nous continuons notre chemin et arrivons rapidement devant la maison qui nous avait été réservée. Un homme nous y attend, à moitié assis sur le capot de sa décapotable bleue. L'agent immobilier sans doute. Il est assez jeune, la trentaine peut-être, et il est habillé avec un jean bleu. Un col de chemise blanche dépasse de son pull gris et vient frotter sur sa barbe brune de trois jours. La voiture s'arrête et je ne sais pas si je dois descendre ou bien alors rester dans la voiture le temps de la visite. Je réfléchis un instant tout en regardant la grande demeure qui se dresse juste devant moi, puis, sans trop de convictions, je débarque enfin, accompagné de Jack. L'homme nous sert donc la main et un électrochoc se glisse entre nos deux paumes. J'écarte brusquement la main, surpris. Lui aussi, semble déboussolé mais se reprend en secouant la tête rapidement et me demande s'il peut caresser mon chien en bégayant. J'acquiesce avec un signe de tête.

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