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– Là, dit-il à peine sommes-nous revenus dans notre chambre. Il désigne un endroit devant la fenêtre, et j'y vais sans hésitation. Les rideaux sont ouverts, et la fenêtre de notre suite du cinquième étage donne sur la Maximilianstrasse. Voilà... Je veux te regarder pendant que le ciel s'assombrit et que les lumières de la ville s'élèvent derrière toi. Je veux voir le coucher du soleil se refléter sur ta peau et les lueurs de la nuit scintiller dans tes cheveux.
 
Il s'avance vers moi, tout de puissance et de pouvoir, avec une assurance frisant l'arrogance. Ce n'est pas l'homme qui a passé des semaines à la merci du système judiciaire allemand pour recevoir soudain sa liberté des mains d'un inconnu. Non, c'est l'homme qui a bâti un empire. Un homme qui a assez de force pour repousser les démons apparus cet après-midi.
 
Je le regarde, et je ne suis pas glacée par les ombres cauchemardesques qui me l'ont enlevé tout à l'heure. Il n'y a plus que Harry, à présent. Celui que je connais. Celui que je désire.
 
C'est le Harry qui prend les choses en main.
 
Ce soir, je veux qu'il me prenne, moi.
 
Je tremble de tout mon corps alors qu'il approche sans me quitter des yeux. Il tend la main et me frôle le cou du bout des doigts, effleurant le collier de perles que je porte encore. Il m'a à peine touchée, mais je suis secouée tout entière comme par une explosion.
 
J'incline la tête pour lui offrir tout mon cou. Je suis haletante, et ma peau en feu a la chair de poule partout où ses doigts m'ont touchée. Il caresse mon épaule à travers ma robe puis descend le long de mon bras nu.
 
Quand il retire sa main et recule, je me sens capable d'éclater en sanglots.
 
– Oui, dit-il comme pour répondre à une question qu'il se serait posée. Voilà comment je veux te voir, debout, nue devant le monde. Je veux te regarder et savoir que tu es à moi.
 
– C'est le cas, tu le sais, je chuchote.
 
– Dis-le.
 
– Je suis à toi.
 
Et je le pense vraiment. Mais en plus, je comprends pourquoi il a besoin de l'entendre. Il reprend le contrôle qui lui a été arraché, et il le reprend à travers moi.
 
Il saisit la fermeture Éclair dans le dos de ma robe et entreprend de l'ouvrir lentement, puis de dégager la robe de mes épaules ; celle-ci tombe sur le sol, formant un petit cercle jaune comme les pétales d'une fleur. Je ne porte plus que les sous-vêtements que je viens d'acheter. Un soutien-gorge corbeille violet foncé et un string assorti. Harry me contemple d'un regard brûlant qui en dit long.
 
– Suis-moi.
 
Il me prend la main et m'entraîne plus près de la fenêtre. Elle n'occupe pas toute la hauteur du mur, mais presque. Nous sommes tout contre. Un pas de plus et je toucherais le rebord de mes genoux. Harry est derrière moi, les mains sur mes épaules, et je sens son jean rêche sur mon cul. Devant nous s'étend Munich.
 
Lentement, Harry passe une main devant moi et dégrafe mon soutien-gorge, puis fait glisser les bretelles de mes épaules. Il le laisse tomber à terre alors que je tente instinctivement de me couvrir.
 
– Non, dit-il simplement en faisant glisser ses bras le long des miens et en saisissant fermement mes poignets.

 
 
– Mais la fenêtre, dis-je en regardant les magasins et les immeubles autour de nous. Les autres bâtiments.
 
– Personne ne regarde. Le verre est teinté et il n'y a pas de lumière ici. Personne ne peut voir. Je me détends à peine. Mais quand bien même on pourrait voir... Il n'achève pas et me lâche les poignets. Ses mains caressent mon corps, l'une remontant jusqu'à mes seins. Son pouce agace sans ménagement mon téton, et je pousse un cri de plaisir. L'autre main descend jusque sous l'élastique du string pour frôler ma toison pubienne humide. Il me titille, les doigts en V de part et d'autre de mon clitoris, l'approchant si près sans le toucher que j'ai envie de hurler de frustration et de le supplier de me toucher. Et si c'était ce que je veux ? demande-t-il. Il pose ses lèvres sur ma nuque puis se penche pour déposer le long de mon dos une traînée de baisers qui me laisse frissonnante. Le soleil est descendu sous l'horizon et le paysage s'assombrit, transformant notre fenêtre en miroir. Je croise son regard dans le reflet et je vois mon visage empli de désir. Et si je voulais que tu sois nue aux yeux de tous, les jambes écartées, en train de mouiller pour moi ?
 
Il est derrière moi et ses mains caressent la courbe de mes hanches. Son haleine titille mes reins tandis que ses paroles attisent mon imagination. Je n'ai jamais eu de fantasme d'exhibition, mais en cet instant je ne peux penser qu'à Harry qui me touche et me baise. Je me fiche des fenêtres, teintées ou non. Je me moque bien qu'on me voie, je veux seulement céder à l'étreinte de Harry. Sa main sur moi, sa langue qui me lèche, son sexe tout au fond de moi.
 
– Harry...
 
– Ça t'excite ? demande-t-il en se relevant et en glissant le long de mon dos. Pas de savoir qu'on te regarde peut-être, mais de savoir que je te veux ainsi ? Que je veux que l'univers tout entier nous regarde et sache que, quoi qu'il arrive, tu es à moi ?
 
Il pose une main sur ma hanche, le pouce glissé dans la ceinture du string, l'autre caressant mon ventre avant de passer sous le triangle de soie.
 
Je suis trempée, j'ai mal tellement j'ai envie, et je le supplie muettement de me toucher, mais il n'en fait rien. Je n'entends que sa voix.
 
– Je veux que tu me répondes, Nikki. Est-ce que ça t'excite ?
 
Oh, mon Dieu, oui.
 
– Continue, je parviens à répondre à grand-peine. Touche-moi et tu verras bien. J'entends son sourire. Ses doigts effleurent ma peau, mais ils ne descendent pas.
 
– Pas tant que je ne t'aurai pas entendue le dire.
 
– Oui, je souffle.
 
Ses lèvres sont enfouies dans mes cheveux et je sens vibrer les mots qu'il prononce ensuite.
 
– Moi aussi, chuchote-t-il.
 
Je ferme les yeux, m'attendant à sentir sa main. Impatiente. Mais toujours rien. Ses doigts frôlent la ceinture du string tout neuf, puis il déchire la couture. Je pousse un cri de surprise, mais aussi d'excitation devant la violence de son geste et sous le souffle frais sur ma chatte trempée quand il arrache la petite culotte.
 
– Qu'est-ce que tu... ?
 
– Chut ! murmure-t-il. Penche-toi, les mains sur la fenêtre. Non, ne discute pas. Magnifique, ajoute- t-il quand j'obéis, avant de ponctuer ses paroles en caressant mon cul complètement nu. À présent, écarte les jambes pour moi. Oh, mon Dieu, Nikki, gémit-il. Imagines-tu à quel point je te désire ?
 
– Je suis à toi.
 
Il laisse glisser ses mains sur mes hanches en suivant leur courbe. Son corps est plaqué contre le mien, sa poitrine sur mon dos et ses mains refermées sur mes seins.

 
 
– En effet, dit-il. Mais je ne vais pas te prendre. Pas encore.
 
Je suis parcourue d'un frémissement de frustration et d'impatience. Je suis si brûlante, si prête, et je ne sais pas à quoi m'attendre ni où il veut me mener. Mais je veux le savoir.
 
Il se redresse, me contourne et s'arrête près de ma main droite plaquée sur la vitre.
 
– J'aime ça, dit-il en posant le doigt sur le collier de perles, la seule chose que je porte encore. On dit que les huîtres sont un puissant aphrodisiaque, mais je crois que les perles sont tout aussi excitantes. Il paraît que Cléopâtre en avait réduit une en poudre et l'avait bue avec du vin afin de se rendre irrésistible pour Marc-Antoine. Mais je crois que je les préfère comme parure. Et d'ailleurs, j'ai en tête quelques autres parures que j'aimerais voir.
 
– Harry...
 
– Ne bouge pas, dit-il. Ne te caresse pas. Ne serre pas les jambes. Tu jouiras quand je te laisserai faire, Nikki, pas avant. Enfreins mes règles et je te promets que tu n'aimeras pas ton châtiment.
 
Je déglutis et hoche la tête.
 
– Mais où vas-tu ? je demande alors qu'il disparaît dans la chambre.
 
Ne recevant pas de réponse, je ferme les yeux, dépitée. J'ai conscience de chaque parcelle de mon corps. De la sueur qui perle à ma nuque. De mes poils qui se hérissent sur ma peau, comme électrisée par l'orage qu'est Harry. Mais surtout j'ai conscience de la douleur sourde dans ma chatte.
 
Je ne me caresse pas, même si j'en ai affreusement envie. Le sang qui bourdonne dans mon sexe et mes muscles qui se crispent. Je suis le désir fait chair – et ce que je désire, c'est Harry.
 
Il s'absente quelques minutes seulement, mais j'ai l'impression d'attendre une éternité, perdue dans mon reflet : une femme nue collée contre une vitre, devant un paysage irréel de lumières urbaines. Je suis comme l'une des femmes des tableaux de Blaine, immobilisée par ses pinceaux dans un état de folle excitation, incapable d'atteindre la satisfaction.
 
Non, me dis-je. Que Harry ne me fasse pas souffrir ainsi.
 
Il revient avec, à la main, quelque chose qu'il pose sur la table derrière moi. Je ne vois pas ce que c'est, mais il me semble entendre un tintement métallique.
 
– Harry ? Que fais-tu ? je demande avec une certaine appréhension.
 
Il s'approche, ôte doucement mes mains de la vitre et me redresse. Un petit sourire éclaire son visage, et je lis un mélange de passion et d'amusement dans ses yeux magnifiques.
 
– Ce que je veux, Nikki, répond-il. Toujours ce que je veux.
 
Je m'humecte les lèvres.
 
– C'est-à-dire ?
 
– Te donner du plaisir. Il passe derrière moi, gagne la table et revient avec l'objet. Tu te souviens de ceci ? Il ouvre la main et me montre une chaîne en argent reliée par deux anneaux munis chacun de deux petites boules métalliques. Les boules s'écartent pour former une ouverture, puis se rejoignent à nouveau quand on les relâche. Ce sont des pinces à seins, et je frissonne en me rappelant cette exquise morsure de souffrance mêlée de plaisir. Il frôle du pouce mon téton douloureusement durci. Oh, oui, dit-il, je crois que tu t'en souviens très bien.
 
– Comment sont-elles arrivées ici ? je gémis tandis qu'il me caresse lentement les seins.
 
– Cela fait un mois, Nikki. J'ai demandé à Gregory de m'expédier quelques petites affaires. Dont la petite valise en cuir que je range dans mon placard.
 
– Oh... dis-je en me léchant les lèvres. Quelle efficacité.
 
– Je suis un homme prévoyant.
 
Il saisit mon téton entre son pouce et son index puis le pince. Je pousse un cri, savourant la vive sensation, le plaisir qui frise la douleur. Il fait rouler la chair durcie entre ses doigts et je me mords

 
les lèvres tandis qu'une vague électrique déferle en moi, de mes seins à ma chatte trempée et palpitante.
 
– Harry...
 
Je ne sais pas très bien ce que je demande. Je parviens à peine à former des pensées, encore moins des mots. Je ne connais que le désir. Et j'en veux toujours plus.
 
Je veux tout, voilà.
 
Comme en réponse, Harry écarte les deux parties de l'anneau puis les relâche, et les billes emprisonnent mon téton. Elles appuient plus que Harry et je retiens mon souffle, surprise par la douleur. Elle diminue rapidement, et je gémis de plaisir dans la chaleur qui me parcourt à mesure que mon corps s'habitue à cette délicieuse torture.
 
– Nous sommes allés si loin ensemble, Nikki, murmure-t-il en m'appliquant l'autre pince. Je vais t'emmener encore plus loin. Je veux vaciller au bord du précipice avec toi et te voir t'ouvrir.
 
Je suis pantelante. J'ai une conscience aiguë de mes seins, de sa main. Et quand il la glisse entre mes fesses – enfin, enfin... et que ses doigts me trouvent brûlante, trempée et débordante de désir, je ne peux m'empêcher de pousser un gémissement.
 
– Je veux tout te donner, Nikki, dit-il en frôlant du pouce mon anus qui mouille à son tour. Je veux que l'univers s'étale devant toi. Et je veux être celui qui te propulsera dans l'espace, sans contrôle, sans inhibition.
 
Je sens la pression de son pouce, puis j'étouffe un cri tandis qu'un petit objet lubrifié s'insinue dans mon derrière.
 
Et Nikki, dit-il d'une voix rauque de passion, je veux être celui qui te tient en laisse et te ramène.
 
– C'est ce que tu es, je chuchote. Je suis autant chavirée par ses paroles que par la débauche de sensations qui déferlent en moi. Mon Dieu, Harry, tu le sais. Je suis perdue sans toi.
 
Il vient se placer devant moi et me caresse la joue. Avec une ferveur inattendue, il m'attire contre lui. Je gémis quand mes tétons enchaînés frottent contre sa chemise, mais il me réduit au silence par un long baiser presque violent.
 
– S'il te plaît... je le supplie quand il me libère.
 
Je fonds, impuissante. La pression sur mes tétons me fait frissonner de tout mon corps. Et cette pression impitoyable me remplit et me dilate, me rendant consciente de chaque mouvement, de chaque sensation.
 
– S'il te plaît, quoi ? chuchote-t-il. Dis-moi ce que tu veux, Nikki.
 
– Toi, Harry. Toujours et seulement toi. Je veux que tu me touches. Que tu me baises, parce que je vais mourir si je ne te sens pas en moi tout de suite.
 
– J'en ai envie aussi, dit-il. Mais tu vas peut-être frôler la mort, ajoute-t-il avec un sourire cruel. Car j'ai autre chose en tête avant cela.
 
Selon le concierge de notre hôtel, le Club P1 est l'un des clubs les plus torrides de Munich. C'est un vaste  endroit très  fréquenté, et la  clientèle  est aussi  éclatante  et soignée que la  décoration moderne. C'est décalé et branché, mais en cet instant je m'en moque éperdument. Je suis en feu d'avoir subi le suave supplice de Harry.
 
Le trajet en limousine a été douloureux, Harry ayant exigé que je sois assise jambes écartées, les paumes appuyées de part et d'autre sur le cuir moelleux de la banquette. Il m'a fait mettre un soutien- gorge à corbeille qui laisse exposés mes tétons encore enchaînés. Dans la limousine, le frottement délicieusement insoutenable contre la soie noire de mon petit top pailleté m'a secouée de frissons.

 
 
Harry, assis en face de moi, sirotait un scotch et me regardait avec une telle passion que j'ai vécu tout le trajet dans un état d'excitation inassouvie.
 
Dieu merci ! ça n'a pas duré longtemps... mais maintenant que nous sommes arrivés, je n'ai qu'une envie, retourner à l'hôtel. Danser, prendre un verre, rien de tout cela ne m'inspire. Tout ce que je veux, c'est la bouche de Harry sur la mienne, ses mains sur ma peau nue et son sexe tout au fond de moi.
 
Malheureusement, voyant que je ne vais pas y avoir droit de sitôt, je pousse un soupir et m'efforce de me concentrer malgré la brume sensuelle qui m'enveloppe.
 
– Tu rayonnes, se rengorge Harry avec un petit sourire.
 
– Je rayonne ? Harry, je suis quasiment radioactive, là.
 
– Mmm... fait-il en me toisant. Il m'entraîne à l'écart et me plaque dos à une cloison de  bois.  Les  mains  posées  de  part et  d'autre,  il  se  penche  sur  moi.  On est  un peu à  cran, mademoiselle Fairchild ?
 
– Un tantinet.
 
Je perçois son odeur – le whisky dans son haleine, le musc profond et épicé de son excitation – qui agit sur moi comme le plus puissant des aphrodisiaques. En plus de mon petit haut pailleté, je porte une minijupe en cuir, des bas, un minuscule string rouge et de très hauts talons. Je m'écarte du mur et me hausse sur les talons en question, en me cramponnant aux épaules de Harry pour garder mon équilibre.
 
– Je n'ai pas encore décidé si je devais te remercier de cela, je chuchote, ou si je dois échafauder un plan pour me venger.
 
– J'ai beau être des plus intrigués par la possibilité de me retrouver à ta merci, dit-il, nous savons tous les deux que tu es aussi excitée que moi.
 
Il glisse un bras autour de ma taille et m'attire contre lui. Nos hanches se touchent et je sens son érection contre mon ventre.
 
– C'est vrai, j'admets en glissant ma main entre nous pour caresser son sexe à travers son jean.
 
Nous sommes dans un coin sombre à l'écart, mais je crois que je l'aurais caressé même si nous
avions été sur la piste de danse. Je suis ivre de désir, enhardie par la passion. Et comme Harry ne repousse pas ma main, je sais qu'il l'est tout autant.
 
– Je suis en feu, j'ai envie de baiser et je mouille comme jamais, je murmure en poursuivant le va- et-vient de ma main . Je le sens qui durcit encore, et je souris en prenant conscience de mon pouvoir. Tu sais ce que je voulais dans la limousine, Harry ? Que tu sois à genoux devant moi. Que tes mains écartent mes cuisses et que ta langue me lèche le clitoris. Il est sur le point de jouir, car je sens son pouls accélérer, j'entends sa respiration devenir haletante. Je voulais sentir mes tétons se raidir quand tu aurais tiré sur cette chaîne et mon corps se crisper sur ce plug quand tu m'aurais fait jouir, si violemment et si rapidement que tu aurais été obligé de me porter pour entrer ici.
 
– Putain... chuchote-t-il d'une voix si sourde que je l'entends à peine.
 
– Alors, oui, je continue comme si de rien n'était, je suis excitée. Je le caresse sa lentement, car au moins pour cet instant j'ai retourné la situation et Harry Styles est à ma merci. Mais ce que je voulais, je ne l'ai pas eu. Et c'est pour ça, monsieur Styles, que j'ai soif de vengeance.
 
– Votre argumentation est très convaincante, mademoiselle Fairchild.
 
– Je me targue d'être une femme d'affaires très avisée.
 
Il s'écarte de moi, une lueur malicieuse dans le regard, puis il tend la main.
 
– Suis-moi.
 
– Où allons-nous ?

 
 
– Viens avec moi et tu verras.
 
Il  m'entraîne dans cette  foule d'élégants plus préoccupés d'eux-mêmes que de nous. Je suis soulagée. Nous ne ressemblons pas aux Nikki et Harry qui ont fait la une de la presse allemande. Je suis en tenue de clubbeuse et Harry en décontracté, avec jean, veste et T-shirt, sans oublier une barbe d'une journée. Cela ne signifie pas que je n'ai pas vu quelques têtes se tourner sur notre passage, mais je crois que c'est plus à cause de l'allure éblouissante de Harry que de son statut de célébrité milliardaire et d'homme qui vient d'être lavé d'une accusation de meurtre.
 
D'après ce que je constate, le club se compose de deux salles, multicolores et rutilantes. Le DJ passe une musique variée, mais principalement de la techno ; et si je ne reconnais aucun morceau, c'est malgré tout délicieusement dansable.
 
Cependant, l'heure n'est pas à la danse. Harry me conduit sur la terrasse. Je m'arrête un instant pour admirer le spectacle : les bougies qui baignent les clients d'une lueur irréelle, les confortables canapés en cuir et les banquettes qui parsèment la terrasse. Certains sont groupés près de lumières colorées et permettent aux danseurs survoltés de reprendre leur souffle autour d'un verre. D'autres sont isolés dans des recoins sombres pour que s'y blottissent les amoureux.
 
À l'entrée au rez-de-chaussée, les videurs refusent l'accès du bar aux gens mal attifés et ici, à la belle étoile, le résultat de cette politique est évident. Tout le monde est beau, Harry et moi y compris. Tout ce que je vois resplendit, mais je sais mieux que personne que tout ce qui brille n'est pas or et je ne peux m'empêcher d'imaginer cet endroit en plein jour. Les canapés tachés par les verres renversés. Les mégots écrasés par terre. Les élégantes bougies réduites à l'état d'amas de cire fondue.
 
Il ne faut pas se fier aux apparences. Pas plus à celle de ce club qu'à celle des clients ou de
Harry. Ou à la mienne.
 
Nous nous frayons un chemin jusqu'à l'une des banquettes blottie dans un coin sombre. Harry s'assied et je m'apprête à en faire autant.
 
– Non, dit-il.
 
Il m'attire sur son genou et je me retrouve face à lui, à califourchon sur sa cuisse, dont le muscle dur appuie sensuellement sur le plug.
 
Je pousse un petit soupir de délices.
 
– Quelque chose ne va pas, mademoiselle Fairchild ?
 
Je hausse un sourcil et ondule des hanches en frottant mes fesses contre lui, faisant déferler une vague d'électricité en moi. Et si j'en juge par son expression, mon petit numéro de lap-dance ne laisse pas Harry indifférent.
 
– Pas du tout, monsieur Styles, dis-je, tentant de prendre un air pincé malgré le feu qui me dévore.
 
– Bon sang, Nikki...
 
Il m'attire contre lui et à présent, bien que chevauchant toujours sa cuisse, je peux sentir son érection au-dessus de mon bas contre la peau nue de ma cuisse. Je plonge mes yeux dans les siens, le cœur battant la chamade, et je gémis quand ses lèvres s'écrasent sur les miennes. L'une de ses mains posée sur mes reins me maintient fermement en place. L'autre se glisse sous ma jupe, ses doigts trouvent la mince bande de soie du string et commencent à décrire lentement des cercles destinés à me rendre folle.
 
– Harry, je chuchote... on pourrait nous voir.
 
– J'ai envie de toi. Tout de suite. J'ai envie de te voir exploser dans mes bras.
 
– Mais...
 
Je regarde autour de moi. Apparemment, personne ne nous prête attention, et dans le noir on

 
distingue mal où sa main est nichée.
 
Ses doigts s'insinuent en moi, comme si mon corps était une poignée, et j'étouffe un cri quand il m'attire à lui.
 
– Tout de suite, répète-t-il. Je veux que tu jouisses dans mes bras.
 
– Oui...
 
Je suis si excitée que je ne peux rien répondre de plus. Là, je me dis que je pourrais le laisser me coucher sur la piste de danse et me baiser sous les acclamations de l'assistance. Mais il ne le ferait pas et au fond de moi, dans ce brouillard de passion et de désir, je le sais. Nous sommes toujours dans notre bulle, cachés dans l'obscurité, tapis dans un coin.
 
Mais Harry a besoin de cela, cet homme qui m'a dit un jour qu'il ne faisait rien de sexuel en public. Car il ne s'agit pas de ça. En fait, il a besoin de se prouver que je suis vraiment là. Que je ne l'ai pas quitté après avoir parlé avec Maynard. Que les démons de son enfance ne m'ont pas fait fuir.
 
Il a besoin que je me perde dans ses bras autant que j'ai besoin de m'abandonner à lui. De savoir qu'il est de nouveau là – et qu'il est toujours à moi.
 
– Oui, je répète. C'est le seul mot que je suis capable de prononcer, avec toutes ces émotions qui se mêlent en moi. Oh, mon Dieu, Harry.
 
– C'est bien, dit-il, ôtant sa main de mes reins.
 
Je me rends vaguement compte qu'il l'a glissée dans sa poche, mais ce n'est pas cette main-là qui m'intéresse. En fait, toutes mes pensées se concentrent sur les doigts qui me titillent sous ma jupe, qui jouent avec mon clitoris et me forcent à me mordre les lèvres pour ne pas hurler. Après tout, je ne suis rien de plus qu'une fille assise sur les genoux de son petit ami. Pas une femme qui s'apprête à jouir comme jamais car le petit ami en question la doigte de main de maître.
 
Je ne suis qu'une fille qui prend un baiser à la dérobée. Juste une fille...
 
– Oh, mon Dieu ! ai-je crié.
 
Mon cri est étouffé par la bouche de Harry qui couvre la mienne. L'orgasme me déchire... pas seulement parce que les doigts experts de Harry ont si bien joué, mais à cause d'une brusque surprise : le plug dont Harry m'a équipée s'est mis à vibrer. J'ai envie de hurler de délices, de me tortiller et de laisser ces étincelles jaillir et jaillir encore. Que ce tourbillon de plaisir ne cesse de m'emporter de plus en plus haut. Et le fait de ne pouvoir céder à l'envie et de devoir rester immobile et silencieuse fait seulement monter la fièvre qui me consume entièrement.
 
Très vite – ou peut-être des heures après –, je reviens à la réalité. Mon cœur bat à me rompre la poitrine. J'ai l'impression d'avoir couru un mille mètres. Et quand je lèche mes lèvres, je sens le goût du sang. Il me faut un instant pour comprendre que c'est la lèvre de Harry que j'ai mordue.
 
– Je ne t'ai pas fait mal ?
 
– Ma chérie, tu peux me mordre quand cela te chante.
 
– Oh, mon Dieu ! oh, mon Dieu ! je répète avant d'ajouter : tu ne m'avais pas dit que ça faisait cet effet-là.
 
Il sort la main de sa poche et me montre la télécommande du plug.
 
– Il faut bien réserver quelques surprises.
 
Je soupire de satisfaction et quitte mon perchoir pour venir me pelotonner contre lui  sur la banquette, tout en rajustant discrètement mes vêtements.
 
– Waouh ! dis-je. C'était un peu pervers.
 
– Et pervers, ça te plaît ?
 
– Oh oui ! je réponds. Beaucoup.
 
Il a passé un bras autour de ma taille, la main sur ma hanche. Un moment, puis ses lèvres frôlent

 
mon oreille et je frissonne à leur contact, avant de rire en entendant ce qu'il me dit :
 
– Votre cul vibre.
 
– Est-ce un euphémisme pour décrire ce que vous venez de me faire, monsieur Styles ?
 
– Vous vous en plaignez ?
 
– Certainement pas.
 
– Tant mieux. Et ce n'est pas un euphémisme. C'est votre téléphone.
 
Merde ! Il dit vrai. Je l'ai rechargé dans la chambre, et je n'ai rien emporté à part mon portable et mon passeport. Harry a mis mes papiers dans la poche intérieure de sa veste, mais j'ai gardé mon téléphone dans ma poche arrière, juste sous la main de Harry. Il le sort et me le tend, mais quand je réponds il n'y a personne au bout du fil.
 
– L'appel a dû passer sur ma messagerie, dis-je avec une grimace.
 
En attendant qu'apparaisse l'icône d'un message en attente, je regarde le numéro, mais je ne le reconnais pas. Comme la messagerie ne sonne toujours pas, je me dis que c'était sûrement une erreur et je remets le téléphone dans ma poche.
 
– Cela me rappelle, dis-je à Harry, que tu as reçu un coup de fil tout à l'heure. Juste avant que je parte voir Maynard. J'ai cru que c'était l'un des avocats allemands, alors j'ai répondu, mais il n'y avait personne à l'autre bout. On t'a rappelé ?
 
Il secoue la tête.
 
– Probablement sans importance, ajoute-t-il.
 
Il sort tout de même son téléphone et consulte la liste des appels. Je vois son expression changer. Subtilement, et si je ne connaissais pas aussi bien son visage, je n'aurais rien remarqué. Quand nos regards se croisent à nouveau, rien dans ses yeux n'indique qu'il a été surpris ou troublé. Je sens venir un déplaisant frisson glacé. De nouveau, Harry me cache quelque chose.
 
– Qui était-ce ? je demande d'un ton désinvolte. Ça a un rapport avec le procès ou les photos ?
 
– Non.
 
Il a répondu trop vite et trop nettement. Et je perçois dans sa voix une distance qui m'inquiète. Je pense avoir mal entendu à cause des pulsations de la musique, mais je ne crois finalement pas à cette excuse.
 
– Tu veux en parler ? je demande.
 
C'est la question la plus idiote qui soit, puisque s'il en avait envie, il ne répondrait pas par des monosyllabes.
 
– Non. Cependant, il doit lire quelque chose sur mon visage, car un instant plus tard il soupire et me caresse la joue. Je t'assure. Ce n'est rien.
 
Un frisson me parcourt. De désir, oui, mais mêlé à autre chose. À quelque chose de plus sombre. Je pensais qu'après tout ce que nous avions subi ensemble, il n'y aurait plus de secrets. Mais à présent, il y a ces photos. Et ce coup de fil. Et je me rends compte que j'ai été sotte, ne serait-ce que d'imaginer la possibilité que les murailles de Harry soient vraiment tombées. Harry Styles se compose de plusieurs strates et si j'apprécie de révéler lentement ce qu'il y a de plus délicieux au cœur de cet homme, je ne peux nier que l'ensemble me frustre beaucoup.
 
– N'aie pas l'air si inquiète, me dit-il.
 
– Je ne peux pas m'en empêcher, je réponds avec un sourire forcé. Je ne suis peut-être pas du genre jalouse, mais si tu reçois des appels d'anciennes copines qui essaient de te reprendre dans leurs filets...
 
Je plaisante, évidemment, et je m'attends à ce qu'il rie et me serre contre lui. Pas à la réponse qu'il me fait.

 
– Recevoir les coups de fil et les prendre, ce sont deux choses différentes.
 
– Oh !
 
Moi qui imaginais que l'appel concernait le procès, la personne qui a envoyé les photos ou même ses affaires... Une ancienne copine, j'étais loin d'y penser, et j'en suis sûre, il doit voir que je suis sous le choc.
 
– Je t'ai dit que je couchais beaucoup à droite et à gauche avant. Et je suis sûr que pas mal de ces femmes ont envie que je revienne dans leur vie. Il se lève, me prend la main pour m'aider à en faire autant, et dépose un baiser dans ma paume. Je t'ai dit aussi que ça n'avait été sérieux avec aucune d'elles. Je désire une seule femme.
 
– Elles le savent, elles ? je demande, en jetant un coup d'œil sur son téléphone.
 
– Moi, je le sais. Et toi aussi.
 
Pendant un moment, le silence s'installe entre nous. Non, ce n'est pas vrai. Quand il s'agit de Harry et moi, il n'y a jamais que du silence. Mais une chaleur, de l'électricité et du désir qui mobilisent l'énergie de l'univers et nous unissent. Et qui suis-je pour combattre les lois de la physique ?
 
Je fais un pas vers lui et me love dans le confort de ses bras, là où est ma place.
 
– Tu veux danser ?
 
– Non, dit-il d'une voix qui me fait chanceler. J'ai envie de t'emmener te coucher.

Trilogie Styles [Tome 3]Des histoires addictives. Découvrez maintenant