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Alors que nous descendons par l'ascenseur le lendemain matin, avec un groom et un chariot rempli de bagages, je ne peux m'empêcher de penser que j'ai oublié quelque chose.
 
– Cette suite est réservée à l'année, dit Harry. Si tu as laissé quoi que ce soit, l'hôtel nous l'enverra.
 
– La suite t'appartient ?
 
Je ne sais pas pourquoi je suis encore surprise ; après tout, il possède une grande partie de la planète. Et je sais déjà qu'il en possède une autre au Century Plaza, pour les clients en visite à Los Angeles.
 
– Il y en a assez qui viennent voir les bureaux de Styles International à Munich pour que cela justifie la dépense. Il dit cela d'un ton nonchalant, comme si ce n'était rien de louer trois cent soixante-cinq jours par an l'une des suites les plus coûteuses dans l'un des hôtels les plus chers d'Europe. Si la femme de chambre trouve quelque chose, le concierge appellera l'entreprise. Ne t'inquiète pas.
 
J'acquiesce, espérant qu'il n'y aura pas de coup de fil, et je me souviens à cet instant de ce que j'ai oublié.
 
– Mon téléphone ! Il faut qu'on remonte.
 
J'essaie de me rappeler où je l'ai laissé, mais rien ne me vient. Peut-être se recharge-t-il sur le bar
?
 
– Je l'ai encore sur moi, dit Harry en le sortant de la besace en cuir qui lui sert d'attaché-case.
 
– Oh ! Je sens un désagréable petit pincement. J'avais oublié le texto anonyme de la veille et ne
suis pas enchantée qu'il me le rappelle. Tu as réussi à en savoir plus ?
 
– Pas encore. J'ai tout fait suivre à mon équipe. Espérons qu'ils auront du nouveau, le temps que nous arrivions aux États-Unis. En attendant, ne l'efface pas.
 
– D'accord, dis-je, même si je ne suis pas ravie de devoir tomber dessus chaque fois que je consulterai mes textos.
 
Comme Harry avait mis mon téléphone en veille, je le rallume pour pouvoir consulter mes SMS, mails et messages. Je ne m'attends pas à en trouver beaucoup – Ollie est ici et il sait que je repars. Mais Jamie, Evelyn ou Blaine m'ont peut-être appelée, surtout s'ils ont appris que le procès de Harry est désormais une affaire classée.
 
Comme de bien entendu, il y a un texto rempli d'émoticônes de Jamie, à base de ballons, confettis et d'une douzaine de smileys suivis d'un « Reviens vite » et d'une autre flopée de ballons. Je lève les yeux au ciel devant ces enfantillages, mais en fait je souris. Je lui réponds que j'ai hâte de la retrouver aussi.
 
Evelyn et Blaine ont laissé un message vocal, me disant qu'ils attendent impatiemment notre retour et me demandant de saluer Harry pour eux. « Et ne te prive pas de l'embrasser pour moi », ajoute Evelyn.
 
J'ai aussi deux mails. Le premier de ma mère – le simple fait de le voir me fait frémir. J'ai enfin atteint un stade dans ma vie où je ne subis pas la pression constante de son joug, et je le sais ; je devrais simplement effacer  le  mail  et proclamer que j'ai  remporté une victoire pour ma  santé mentale. Cependant, c'est encore un peu trop me demander. Je me contente de le déplacer, sans le lire, dans un dossier d'archivage. Un jour, je l'effacerai ou le lirai. La seule victoire à laquelle je peux prétendre aujourd'hui, c'est d'en avoir fait quelque chose.
 
Le deuxième mail est beaucoup plus plaisant. Il vient de Lisa, une femme dont j'ai récemment fait la connaissance, mais qui, je l'espère, va devenir une amie. Je lis son message en diagonale et ne peux m'empêcher de sourire.
 
– De bonnes nouvelles ? demande Harry.
 
– Peut-être. C'est de Lisa.
 
Je m'apprête à poursuivre, mais nous sommes arrivés au rez-de-chaussée ; et alors que nous sortons de l'ascenseur, je vois Ollie appuyé contre un mur, en grande conversation avec une brune. Je me tends, immédiatement inquiète. Ollie s'est finalement fiancé avec sa petite amie, Courtney, avec qui il y a eu des hauts et des bas ; mais il n'est pas des plus fidèles, comme le prouve sa récente escapade avec Jamie.
 
Je me détends un peu en voyant le visage de la fille. C'est l'une des associées de chez Bender, Twain & McGuire, je l'ai croisée à plusieurs reprises durant la période de préparation pour le procès. Je me dis qu'Ollie et elle sont simplement des collègues qui s'entendent bien, puis je laisse échapper un « Merde, alors ! » à peine audible quand je la vois lui caresser le bras d'une manière intime avant de partir vers l'ascenseur.
 
– Attends avant de lui parler, me dit Harry. Mieux vaut que tu te calmes avant.
 
Je me rends compte qu'il m'a vue les observer. Je m'apprête à lui répondre que je n'ai pas du tout envie de me calmer. Que je préférerais arracher la tête de ce coureur. Mais Harry a raison, ce n'est pas le bon moment. Je continue donc mon chemin avec Harry, le groom et nos bagages.
 
C'est Ollie qui fait tout capoter. Ollie, qui n'a sans doute pas compris que je l'ai vu, se précipite vers nous.
 
– Nikki ! s'écrie-t-il en me serrant dans ses bras. Vous partez aujourd'hui ?
 
– Oui.
 
Il me connaît si bien, je suis sûre qu'il va remarquer mon ton pincé.
 
– Bon, dit-il, fourrant ses mains dans ses poches. On se voit de l'autre côté de l'Atlantique, alors ?
 
– Bien sûr. On ira prendre un verre.
 
– J'y compte bien.
 
S'installe alors un silence gêné et rempli de fantômes du passé. Je ne peux m'empêcher de me rappeler une époque pas si lointaine où nous bavardions dès que nous étions ensemble. Et il ne fallait surtout pas que nous sortions prendre un verre. Invariablement, nous perdions toute notion du temps et le personnel devait nous mettre dehors pour pouvoir fermer.
 
Mais ces agréables souvenirs n'ont rien à voir avec la déplaisante réalité du moment. Je prends la main de Harry, qui la serre dans la sienne pour me donner de la force, sans que j'aie besoin de le lui demander.
 
Je vois dans les yeux d'Ollie une lueur, peut-être de regret, avant qu'il se tourne vers Harry.
 
– Félicitations encore. Je suis vraiment content que ça ait bien tourné.
 
– J'apprécie, dit Harry. Et merci de tout le mal que vous vous êtes donné.
 
Sa voix est tendue, mais il est sincère et j'en suis heureuse. Je n'espère pas de miracles, mais je sais aussi que si Harry et Ollie ne trouvent pas le moyen de parvenir à une coexistence pacifique, mon amitié avec Ollie n'aura aucune chance de revivre. Nous prenons congé et gagnons la guérite du voiturier.
 
– Peut-être que je me suis imaginé des choses ? dis-je à Harry.
 
Je parle de la fille, évidemment, et visiblement Harry a eu la même idée que moi. Je veux croire que tout ça était innocent, mais on sentait vraiment une ambiance de flirt ; et j'ai le sentiment que si j'étais allée chercher Ollie dans sa chambre un soir pour prendre un verre, il y aurait eu de grandes chances que je ne le trouve pas seul.
 
– Tu n'as rien imaginé, dit Harry. Et ça va lui retomber dessus. Peut-être pas à cause de cette fille, mais parce qu'il vit dans un autre monde et que la réalité va finir par le rattraper.
 
– Je sais... Ollie a toujours été maître dans l'art du déni.
 
La limousine arrive et le voiturier tient la portière pendant que le groom charge les bagages dans le coffre. Sans attendre Harry, qui donne un pourboire au personnel, je monte dans la voiture, pensant encore à ce qu'il vient de dire. Il a raison. La réalité finit toujours par nous rattraper. La seule question, c'est : peut-on survivre, quand ça nous arrive ?
 
Dès l'instant où Harry monte dans la limousine, je vois bien qu'il sait à quoi je pense. Son expression s'adoucit et il s'installe à côté de moi, prenant ma main sans rien dire. Il ne prononce pas un mot jusqu'à ce que nous ayons quitté la ville pour rouler sur l'A9 en direction de l'aéroport. Ce silence ne me gêne pas. Je comprends parfaitement ce qu'il essaie de me dire quand il se tourne vers moi :
 
– Des réalités différentes, Nikki. Toi et moi nous sommes ensemble, et nous pouvons résister à tout ce que le monde nous fait subir.
 
Je prends une profonde inspiration en me forçant à ne pas poser la question qui me taraude : Tu es sûr ? Nous pouvons survivre ? Nous pouvons vraiment en réchapper quand la bulle éclate ?
 
Harry continue, soit qu'il ignore cette évidence, soit qu'il n'en ait pas conscience.
 
– Ollie a la chance d'avoir ce que nous avons. De vivre quelque chose de spécial. Mais il a peur, alors il sabote lui-même son bonheur. Il me caresse la joue du dos de la main, dans un geste si délicat que j'en ai les larmes aux yeux. Je n'ai pas peur. Pas de ça. Et toi non plus.
 
J'acquiesce. Il a raison. J'ai encore peur de beaucoup de choses, mais pas d'être avec Harry.
 
– Que disait Lisa ? demande-t-il.
 
Je suis de nouveau forcée de m'émerveiller de sa perspicacité. Je n'ai pas peur d'être avec Harry, mais je vis encore des moments d'angoisse concernant la gestion de mes affaires. Et étant consultante  en affaires,  Lisa  n'est pas  seulement une  amie  potentielle,  mais  une  collaboratrice potentielle.
 
– Elle dit que l'un de ses clients déménage à Boston et sous-loue un espace à Sherman Oaks avec une grosse réduction.
 
– C'est une excellente nouvelle, dit Harry.
 
– Peut-être. Je ne suis toujours pas sûre d'en avoir besoin.
 
Ma start-up a été un sujet de conversation fréquent entre Harry et moi durant notre séjour en Allemagne. Non seulement je veux connaître son point de vue – après tout, qui pourrait me donner de meilleurs conseils qu'un milliardaire qui s'est fait tout seul ? –, mais en parler nous a permis de penser à autre chose qu'au procès.
 
Harry est convaincu que je devrais me lancer, m'installer quelque part pour offrir mes services de conceptrice d'applications pour de petites entreprises, tout en travaillant sur des projets plus importants. Je comprends son raisonnement, mais ça ne m'enlève pas mon inquiétude.
 
– Tu pourrais au moins la voir et discuter de cette possibilité. Elle est intelligente, elle a une bonne réputation et une clientèle solide. Elle peut t'aider.
 
Je fais la grimace, mais je sais qu'il a raison. Je le sais parce que nous avons déjà eu cette discussion lorsqu'il m'a avoué avoir diligenté une enquête sur Lisa. Je lui ai balancé quelques insultes choisies, en lui disant que je m'occuperais de mes affaires en temps et en heure. Il m'a répondu que je pouvais le remercier de m'avoir délestée de ce fardeau.

Trilogie Styles [Tome 3]Des histoires addictives. Découvrez maintenant