Je sors de l'hôtel et prends à gauche avant de me promener sans but sur cette rue élégante que j'ai arpentée tant de fois avec Harry. Comme Rodeo Drive et la 5e Avenue, Maximilianstrasse a son rythme et son allure bien à elle. Et comme ces rues tout aussi célèbres, elle respire l'argent. La semaine dernière, je tenais la main de Harry pendant que nous faisions du shopping. La rue était alors un endroit magique qui nous faisait oublier le sinistre procès en nous offrant quelques lumineux instants de luxe.
Aujourd'hui, j'ai désespérément envie de retrouver cet état d'esprit. Laisser les poignées de porte
en laiton doré et les vitrines scintillantes me remplir la tête pour qu'il n'y ait plus de place pour les soucis. Mais ça ne marche pas, et cette rue qui ne promettait qu'amusement et plaisirs quand je tenais la main de Harry ne me paraît aujourd'hui qu'une cohue de badauds avides qui se bousculent, avec trop de temps et pas grand-chose à faire.
Bon sang ! Je devrais fêter l'événement. C'est même plutôt Harry qui devrait le fêter.
Je continue mon chemin, dépasse Hugo Boss, Ralph Lauren et Gucci, et parviens à une petite galerie que Harry et moi avons visitée trois jours après mon arrivée à Munich. Le propriétaire, un homme maigre et souriant, me salue immédiatement. Comme il a dragué Harry d'une manière éhontée tout en m'ignorant superbement, je suis surprise qu'il me reconnaisse.
– Fraülein ! Quel plaisir de vous voir. Mais comment se fait-il que vous ne fêtiez pas l'événement ? Et où est monsieur Styles ? Cela m'a fait tellement plaisir de savoir qu'il était innocenté !
– Merci, dis-je, sans pouvoir m'empêcher de sourire devant son enthousiasme que j'aurais préféré voir chez Harry. Il dort, en fait. Ces deux dernières semaines ont été épuisantes.
Il hoche la tête d'un air entendu.
– Et que puis-je faire pour vous ?
Je suis entrée machinalement, mais maintenant que je suis là je me rends compte que j'avais une raison.
– Vous pouvez livrer à l'étranger, n'est-ce pas ?
– Bien sûr, répond-il, trop poli pour sourire de ma question idiote.
– J'aimerais jeter un coup d'œil à ces tirages en noir et blanc, dis-je en indiquant la salle où Harry et moi avons passé une heure à admirer les magnifiques œuvres d'un photographe munichois.
J'ai rejoint Harry en Allemagne si rapidement que j'ai oublié de prendre mon appareil et, même si ce n'est pas vraiment un voyage qui engage à la photo souvenir, à certains moments j'ai regretté de ne pas l'avoir avec moi. Pendant des années, un appareil photo m'a servi de réconfort. D'abord le Nikon que ma sœur Ashley m'avait donné lors de ma première année de lycée. Plus récemment, le Leica numérique que Harry m'a offert à Santa Barbara, un cadeau stupéfiant, preuve que cet homme me comprend – et combien il voulait me faire plaisir.
À présent, c'est moi qui veux lui faire plaisir. Bien qu'il ne soit pas à l'aise pour manier un appareil, il a un goût excellent pour juger des images, et nous avons été tous les deux très impressionnés par la composition étonnante et la lumière éthérée de cette série de clichés.
Je m'immobilise devant celui qui montre le soleil descendant derrière une chaîne de montagnes. Des bandes de lumière semblent jaillir de l'image et, bien que les ombres soient profondes, chaque nuance de la paroi montagneuse est encore perceptible. C'est magnifique, à la fois sombre, romantique et inquiétant. Cela me fait penser à Harry. Aux fois où il m'a serrée dans ses bras en murmurant qu'entre nous le soleil ne se couchait jamais.
Je veux donc lui offrir cette photo. Je veux qu'elle soit accrochée dans la chambre de sa maison de Malibu, pour qu'elle nous rappelle tout ce qu'il y a entre nous. Je veux que nous sachions tous les deux que, même dans le noir, il y aura toujours de la lumière et que, quoi qu'il arrive, nous durerons éternellement. Je veux une image qui dit « Je t'aime ».
– C'est un beau tirage, dit le galeriste derrière moi. Et en édition limitée.
– Combien ?
Il me donne un prix qui manque de me causer une crise cardiaque. Mais en dehors de la location de la Lamborghini, je n'ai pas entamé mon million en dépenses frivoles, et de toute façon cette photo n'a rien de frivole. Alors que je me retourne pour la regarder encore, je me rends compte qu'elle me paraît étrangement importante ; et je sais que si je m'en vais sans l'acheter, je la regretterai chaque fois que je regarderai les murs de la maison de Malibu sans l'y voir.
Je me retourne pour sourire au galeriste, mais je me retrouve face à la vitrine. Dehors, une femme portant une casquette, le visage collé à la vitre comme si elle essayait de voir à l'intérieur. Il n'y a rien d'étrange à cela – après tout, la plupart des gens le font –, mais je lui trouve quelque chose de bizarrement familier. Et quelque chose dans sa posture me dit que ce ne sont pas les photos qu'elle regarde, mais moi.
Je frémis, brusquement et déraisonnablement inquiète.
– Fraülein ?
– Comment ? Oh, pardon. Je me tourne vers le galeriste, mais mon regard revient aussitôt sur la femme, qui vient de quitter la vitrine et continue son chemin. Je pousse un soupir de soulagement et me ressaisis. Je me comporte comme une idiote. Oui, dis-je d'un ton ferme. Je vais la prendre.
L'homme se contente de hocher poliment la tête, mais je me dis qu'intérieurement il doit bondir de joie, et je ne peux m'empêcher de sourire.
– Le photographe doit venir ce week-end. Voulez-vous que je lui demande de dédicacer la photo, à vous et à monsieur Styles ?
– Ce serait merveilleux. Avez-vous du papier ?
Il m'en donne, et pendant qu'il inflige de sérieux dégâts à ma carte de crédit, je note l'adresse d'expédition et la mention que j'aimerais que l'artiste écrive.
– Passez une excellente journée, Fraülein, dit-il en me raccompagnant. Et dites à monsieur Styles combien je suis heureux pour lui.
– Je n'y manquerai pas, dis-je en sortant dans Maximilianstrasse.
Moins d'une heure plus tôt, cette rue spectaculaire m'avait paru sinistre. À présent, tout semble un peu plus lumineux. Je continue mon chemin en m'intéressant davantage aux magasins devant lesquels je flâne. Je m'arrête devant des vitrines pour regarder des sacs à main, des robes et des costumes pour Harry. À deux reprises, il me semble voir la femme à la casquette, mais quand je me retourne il n'y a personne. Je me rembrunis : en effet, ce n'est pas mon genre de voir des fantômes, alors je suis à peu près certaine que ce n'est pas le fruit de mon imagination.
Je doute beaucoup que ce soit vraiment moi qui l'intéresse. Je parierais plutôt que c'est une journaliste. Assurée qu'en me suivant assez longtemps elle finira par trouver Harry. J'envisage d'aller à sa rencontre et de lui dire que je n'aime pas être suivie, mais j'ai beau scruter les visages que je croise ou qui se reflètent dans les vitrines, je ne la retrouve pas.
Je me promène dans l'artère principale et les rues voisines pendant presque trois heures, puis je n'en peux plus. Je sais que Harry a besoin de dormir, mais moi j'ai besoin de Harry. C'est égoïste, oui, mais je me suis retenue aussi longtemps que j'ai pu.
Je suis presque revenue à l'hôtel quand je me rappelle une petite boutique que Harry et moi avons remarqué un soir que nous rentrions à pied d'un restaurant, et je décide d'y faire un petit saut avant de rentrer. Je fais signe au voiturier en passant devant le Kempinski et je traverse rapidement la rue pour arriver au Marilyn's Lounge, un magasin de lingerie haut de gamme situé deux rues plus loin. Je ne sais pas si des sous-vêtements sexy vont aider Harry à ne plus broyer du noir, mais cela ne peut pas lui faire de mal non plus.
En arrivant au magasin, j'aperçois une chevelure brune et bouclée. Harry ? J'hésite puis me hausse sur la pointe des pieds pour essayer de mieux voir par-dessus les passants. Sans succès.
Cependant, Harry et l'inconnue à casquette se trouvent réunis dans mes pensées et je ne peux m'empêcher d'éprouver une certaine angoisse. Je fronce les sourcils devant ma sottise, puis je pousse la porte du magasin.
Une liane blonde au regard félin m'aborde immédiatement. Et quand je lui dis que je cherche une tenue de nuit affriolante dans laquelle je n'ai aucune intention de dormir, elle m'adresse un sourire éblouissant :
– Vous êtes au bon endroit, mademoiselle Fairchild.
Je réussis à ne pas réagir. Depuis le temps, je devrais avoir l'habitude qu'on me reconnaisse.
Elle me consacre toute son attention et laisse sa consœur brune s'affairer auprès de la demi- douzaine d'autres clientes venues examiner ces minuscules morceaux de satin et de dentelle. Certaines ont l'air à la fois intéressées et choquées. D'autres arborent le visage impassible des expertes dans l'art de la séduction. La plus jeune ne regarde que des nuisettes blanches, j'en déduis immédiatement que c'est une jeune mariée.
Cependant, je n'ai pas le temps de me lier avec ce petit monde, car ma vendeuse se montre strictement professionnelle. Elle sort un mètre-ruban et me demande de tendre les bras. Puis elle se livre à des examens intimes auxquels personne ne s'est livré depuis longtemps, excepté Harry. Elle annonce ma taille de soutien-gorge – que je connaissais déjà – et entreprend de m'entraîner dans le magasin pour choisir bustiers et porte-jarretelles assortis, soutien-gorge à balconnet, body, déshabillés mousseux, et même tout un assortiment de lingerie rétro qui m'évoque Rita Hayworth et d'autres reines des classiques hollywoodiens.
Le temps qu'elle m'ait fait entrer dans une cabine d'essayage semblable à une petite chambre d'hôtel, j'estime que je ne suis pas l'experte en shopping que je m'imaginais être. Elle m'a épuisée, et c'est avec un mélange d'amusement et de soulagement que je lorgne le seau à glace où patiente une bouteille de champagne intacte. Deux flûtes en cristal attendent sur une table en marbre voisine, avec une carafe de jus d'orange. Ce breuvage est de toute évidence un remède à l'extrême hypoglycémie causée par cet excès d'exercice, et le champagne destiné à alléger mon portefeuille.
Pendant que je me sers un mimosa – après tout, mon portefeuille était déjà délesté quand j'ai franchi la porte – ma vendeuse personnelle accroche négligés, nuisettes et bustiers à un portant. Elle pose le panier monogrammé sur le sol. Il déborde de ce qui apparaît au premier abord comme de simples coupons de tissu, mais ce sont en fait divers sous-vêtements sexy. Et si jamais cela m'épuise d'enfiler et d'ôter ces décadentes tenues, je peux me détendre sur un lit de jour qui occupe la moitié de la pièce baignée d'une lumière tamisée.
Si le commerce de lingerie commençait à péricliter, le magasin pourrait se contenter de louer ses cabines d'essayage comme logements haut de gamme.
La première tenue est coupée dans un tissu noir ultra fin, si doux que j'ai l'impression de porter un nuage. Un peu plus longue qu'une nuisette, elle m'arrive juste un peu plus haut qu'à mi-cuisse. Elle se compose d'une jupe souple et d'un corset ajusté qui réussit à donner l'impression que mes seins – qui ne sont pas trop mal, déjà – sont encore plus gros et insolents. Je soulève la petite culotte aussi minuscule qu'un string pour voir l'effet, et je dois avouer que cela me plaît. Et bien que je commette une faute en faisant cela, j'ose enfiler le string. Pourquoi pas, puisque j'ai déjà décidé d'acheter la tenue ?
Le string n'est rien de plus qu'un minuscule triangle de tissu maintenu en place par une ficelle noire élastique. Je tourne lentement sur moi-même pour juger de l'effet produit dans le miroir à trois battants très diva hollywoodienne. Franchement, l'ensemble a pas mal d'allure. Surtout, je crois que Harry appréciera de me voir avec – et sans, aussi.
Avec un petit sourire coquin, je m'apprête à m'extirper du corset pour essayer la tenue suivante, quand la vendeuse frappe à la porte.
– J'ai trouvé autre chose qui pourrait vous plaire. Puis-je entrer ?
– Bien sûr. Merci.
Je tire sur le bas du vêtement pour me couvrir complètement – enfin, aussi complètement que possible quand on porte une nuisette diaphane et ultracourte – pendant que la porte s'ouvre. Je m'attends à recevoir froufrous, dentelle, soie et satin. Mais à la place, je vois Harry.
– Oh !
Ses yeux sont fixés sur mon visage. Le presque noir semble plonger jusqu'à mon cœur, tandis que l'ambré s'excuse si tendrement que j'en ai les larmes aux yeux. Il entre dans la cabine et je me sens tout étourdie, comme si l'air s'était raréfié.
– Je me suis dit qu'un avis objectif te serait utile, dit-il avec un petit sourire.
– Je... Oui, ce serait génial. Je jette un regard à la vendeuse qui sourit et bat en retraite en refermant la porte. Euh... Tu as le droit d'entrer ici ?
– Apparemment, oui.
Il fait un pas vers moi, rempli de cette arrogance bien à lui que je connais si bien. Je souris. De soulagement, d'excitation, de joie.
– Je suis désolé, dit-il avec émotion.
– Tu n'as aucune raison de l'être. Son expression ne change pas, mais je vois un sourire poindre dans ses yeux et j'en suis d'autant plus soulagée. Comment as-tu su où j'étais ?
Il s'avance encore et s'arrête à quelques centimètres de moi seulement. Mon corps tout entier vibre de cette proximité. J'ai envie de me jeter dans ses bras, mais je reste immobile. Aujourd'hui, Harry va devoir faire le premier pas.
– Je t'ai déjà dit que je saurais toujours te retrouver.
Ces mots sont aussi délicats que la soie sur ma peau, et tout aussi intimes. Je me rends compte que le voiturier lui a probablement dit qu'il m'avait vue, mais ça n'a aucune importance. Plus rien ne compte à présent hormis le désir qui brûle dans ses yeux. C'est plus dangereux qu'un incendie, mais je m'en fiche. Au contraire, j'ai envie de cette chaleur. Peut-être qu'il a réprimé ce feu tout à l'heure à l'hôtel, mais il vient de renaître avec dix fois plus de vigueur, et je veux qu'il brûle librement. Qu'il nous engloutisse tous les deux et nous réduise en cendres.
Lentement, son regard glisse sur moi et sur cette tenue quasi inexistante. Il ne me touche pas, mais peu importe, ma peau fourmille malgré tout, et le duvet sur mes bras et ma nuque se hérisse avec cette électricité qui crépite autour de nous. Heureusement que je compte acheter cette petite culotte, car je mouille déjà, simplement d'être tout près de lui.
– Nous allons encore finir dans les tabloïds, je murmure.
– Je sais me montrer persuasif quand il le faut, répond-il. Elle ne dira pas un mot.
– C'est vrai ? Jusqu'à quel point vous êtes-vous montré persuasif, monsieur Styles ?
– Persuasif sur l'air de mille euros, sourit-il malicieusement. Elle veillera à ce que personne ne vienne troubler notre intimité... ni la presse ni elle-même. Évidemment, ajoute-t-il en tendant la main pour enfin me toucher, la question la plus intéressante, c'est que pense-t-elle qui se passe dans cette petite pièce close ?
– Je suis sûre qu'elle a une imagination très fertile, dis-je avec ironie.
– Vraiment ? Il fait mine de réfléchir à la question. Peut-être pense-t-elle que je te touche comme ceci, dit-il en laissant lentement glisser le bout de son index sur mon sein gonflé.
Je retiens mon souffle et lutte contre le déferlement de sensations qui menace de m'engloutir. La nuisette noire est conçue pour avantager la poitrine, et la coupe est si basse qu'elle la retient à peine. Je halète tant que je donne l'impression que je vais déborder de mes bonnets. Mes tétons durcis se dressent sous l'étoffe, et lorsque ses mains descendent et les saisissent entre le pouce et l'index, je dois ravaler un petit cri de plaisir.
– Ou bien elle imagine ma bouche sur tes seins, murmure-t-il en me caressant de ses lèvres. Ou bien elle est un peu plus coquine et imagine ma main glissant le long de ton ventre, ta peau frémissant sous mes doigts, tes halètements de plus en plus rapides, jusqu'à ce que ma main trouve le minuscule élastique qui retient cette petite culotte.
Il glisse légèrement le doigt sous l'élastique du string.
– Harry...
Ce n'est même pas son prénom. C'est un soupir, un gémissement. Une supplication.
À présent, sa main est passée sous le string, tandis que l'autre me retient au creux des reins... il le faut, je m'effondrerais sinon.
– Se demande-t-elle si ma main descend encore, si mon doigt frôle légèrement ta toison pubienne trempée ? Sait-elle combien ton clitoris est dur, à quel point tu es excitée ? Je tressaille de tout mon corps en réponse. Il se penche en avant, continuant de m'agacer le clitoris du bout du doigt, et ses lèvres frôlent mon oreille. Sait-elle combien tu mouilles et me réclames ? Sait-elle à quel point tu as envie de jouir pour moi ? Joignant le geste à la parole, il enfonce brusquement son doigt en moi. Je pousse un cri et me cambre en me resserrant sur lui. Est-ce cela qu'elle imagine ? demande-t-il d'une voix qui m'excite encore plus. Mes doigts qui jouent avec toi et te rendent folle ?
Je suis incapable de répondre. Dans cet orage électrique qui monte en moi, je parviens à peine à réfléchir et encore moins à prononcer un mot. Je m'abandonne à ses mains, à l'imminence de l'inévitable explosion. Je suis si proche de jouir, et c'est si bon de sentir les mains de Harry, son doigt qui me caresse. Je veux rester ainsi, prisonnière de ces limbes sensuels, mais je veux aussi que le plaisir monte. Je veux exploser dans les bras de Harry.
– Allez, ma chérie, ordonne-t-il, jouis pour moi.
Sa bouche se plaque sur la mienne tandis que son doigt s'enfonce plus profondément en moi et que son pouce appuie plus encore sur mon clitoris. C'est comme s'il avait découvert une combinaison magique, et je sens les étincelles brûlantes de l'orgasme jaillir en moi dans un déchaînement de violence. À croire que je vais m'embraser.
Lentement, il retire ses doigts et je ne peux m'empêcher de gémir.
– Était-ce cela qu'elle imaginait ? chuchote-t-il. Cette vendeuse qui sait qu'il se passe quelque chose de coquin derrière cette porte ?
Je secoue la tête et me force à répondre.
– Pas tout à fait. Elle imagine tes mains sur elle-même, pas sur moi.
– Vraiment ? Il hausse un sourcil comme si cette possibilité ne lui était même pas venue à l'esprit.
Je ne peux m'empêcher de rire. Harry sait très bien quel effet il fait aux femmes. Eh bien, elle peut avoir tous les fantasmes qu'elle veut, dit-il en m'attirant contre lui. Tu es ma réalité.
– Et toi la mienne.
En cet instant, j'ai le sentiment d'être la fille la plus chanceuse du monde. Harry est sauvé, et la déprime de l'après-midi ne semble plus qu'un lointain souvenir. Mais, surtout, je suis dans ses bras. D'autres ennuis nous guettent peut-être, mais ils peuvent attendre. Pour le moment, je suis heureuse.
– Évidemment, il reste une petite question que nous devons discuter, dit Harry d'un ton soudain sévère. Je lève les yeux, ne sachant pas très bien s'il est sérieux ou s'il plaisante, mais son regard ne laisse rien paraître. Il glisse un doigt dans l'élastique du string et le fait doucement claquer. Il me semble me rappeler un certain accord qui me garantissait un accès sans aucun obstacle quand et comme il me plaisait.
– À moins que j'aie imaginé ce qui vient de se passer, dis-je, m'efforçant de prendre une expression aussi neutre que la sienne, je crois qu'il est raisonnable de dire que cette petite culotte ne constituait pas le moins du monde un obstacle. Je recule d'un pas et laisse glisser le bout de mon index sur la peau tendre entre mon pubis et ma cuisse en suivant les contours du minuscule triangle d'étoffe. D'ailleurs, dis-je avec mon regard le plus sensuel, à quoi cela sert-il d'avoir des règles si on ne les enfreint pas de temps à autre ?
– Voilà un argument des plus intéressants.
Il me toise longuement, et cette lente inspection fait fourmiller de nouveau tout mon corps. Puis il gagne le coin opposé de la cabine et s'accroupit pour examiner le contenu du panier. Il me tourne le dos, mais dans sa position je vois sa cuisse musclée qui tend la toile de son jean. L'étoffe colle à ses fesses et je m'imagine derrière lui. Me baissant pour que mes lèvres viennent se poser sur sa nuque, chatouillées par les poils qui dépassent de son col. Je referme doucement les mains et mes ongles frôlent mes paumes tandis que je m'imagine les posant sur ses fesses, pas pour me tenir mais parce que je ne peux pas faire autrement que le toucher. Et parce que je veux l'exciter moi aussi.
Je déglutis, perdue dans mon fantasme, mais pas tout à fait prête à m'approcher de lui pour en faire une réalité. Je goûte bien trop cette impatience, sans parler du plaisir particulier que je prends à regarder le corps de Harry se tendre sous une étoffe qui a décidément bien de la chance.
Il lève la main et brandit un string en dentelle qui pend au bout de son index, comme pour me faire saliver.
– Intéressant, observe-t-il.
Il fait de même avec les coûteux petits morceaux de soie et de satin qui forment culottes et soutien- gorge de tous genres et de toutes tailles. Certains absolument minuscules. D'autres qui gonflent la poitrine plus que la loi ne l'autorise. D'autres qui ne pourraient même pas me contenir. D'autres enfin qui, à en juger par la lueur dans le regard de Harry, sont tout à fait intrigants.
Il se relève, un string rouge et un soutien-gorge à balconnet au bout des doigts.
– Je crois qu'il est peut-être temps de modifier notre accord, mademoiselle Fairchild. Autant j'apprécie les possibilités offertes par un accès sans aucun obstacle, autant j'estime que l'on peut trouver beaucoup de plaisir à les franchir. Il tend la main vers moi. Viens.
J'obéis docilement.
– J'irai avec toi partout, je chuchote. Je ferai tout ce que tu veux. Tu le sais, n'est-ce pas ?
Avec une violence à laquelle je ne m'attendais pas, il me plaque contre lui et m'emprisonne dans
ses bras. Nous sommes enlacés, ma poitrine contre la sienne, mes tétons dressés. Je sens son érection dure et brûlante contre mon corps à peine vêtu et cette délicieuse sensation s'accompagne du plaisir de savoir que je suis à lui et qu'il est à moi.
Il pose doucement son front sur le mien et soupire longuement.
– Je t'ai crue partie. Ne comprenant pas, je me renverse en arrière et j'attends une fraction de seconde pour qu'il relève la tête et croise mon regard. Je me suis réveillé et tu n'étais pas là, explique-t-il. J'ai parlé à Charles, il m'a dit que tu étais passée le voir. Qu'il t'avait parlé des photos et des vidéos. Il secoue la tête avec un rire sans joie. J'ai cru que cela t'avait tellement dégoûtée que tu m'avais quitté.
– Ce n'est pas moi qui suis partie, dis-je d'une voix ferme et égale, en le regardant durement. C'est toi qui es parti. Je suis restée. Je ravale des larmes. Je suis restée parce que je savais que tu me reviendrais.
– Je reviendrai toujours, dit-il.
Et dans ces simples paroles, j'entends à la fois qu'il me comprend et qu'il demande pardon. Je hoche la tête et serre sa main dans la mienne.
– Je n'ai pas vu les photos, dis-je. Mais quoi qu'elles représentent, jamais je ne t'aurais quitté. J'ai cru que tu avais besoin de dormir.
Je me détourne pour ne pas croiser son regard. Car les mots que je ravale sont simplement trop égoïstes.
J'ai cru que tu n'avais pas besoin de moi.
– J'avais envie de toi, Nikki, dit-il comme s'il répondait à mes pensées. Je voulais te serrer contre moi et te déshabiller. Je voulais caresser chaque pouce de ton corps. Enfouir mon visage entre tes cuisses et t'amener au bord de l'orgasme, encore et encore, sans jamais te laisser vraiment jouir tout à fait. Je déglutis. J'ai soudain vraiment très chaud. Je voulais que chaque sensation que tu éprouverais... la moindre étincelle de plaisir, la moindre douleur... vienne de moi. Je voulais te baiser jusqu'à ce que tu me supplies d'arrêter, et te baiser encore plus. Tout ce que tu éprouvais, et désirais, je voulais que ce soit suspendu à moi, dans mon lit. Je voulais te baiser jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien d'autre que toi et moi. Jusqu'à ce que le monde entier soit effacé.
– Pourquoi tu n'as rien fait ? je demande, la bouche sèche. Il ne répond pas. Je m'avance dans l'atmosphère lourde et chargée d'électricité. Ce que tu désires de moi, tu n'as qu'à le prendre. Tu le sais.
– Je n'ai pas pu, dit-il. Je ne supportais pas de te prendre dans mes bras avec toutes ces images dans ma tête.
– Je... Oh...
Ne sachant trop quoi répondre, je préfère me taire. Je pose ma joue sur sa poitrine, et j'écoute le rythme régulier de son cœur et de sa respiration.
Bientôt, il reprend du même ton ferme :
– Ces images sont comme les scènes d'un film d'horreur. Elles montrent ce qu'a fait Richter, et de quelle manière. Elles montrent la dégradation et la souffrance, et jamais, jamais je ne les laisserai entre tes mains. Je ne te laisserai jamais en regarder une seule. Imagine ce que tu veux, mais je refuse que la réalité de mon passé hante ton présent comme elle hante le mien.
– Très bien, dis-je. Je n'ai pas plus envie de les voir que lui de me les montrer. Je me redresse un peu. Mais, Harry, si cela peut t'aider, montre-les-moi. Je pourrai encaisser.
– Non, dit-il en secouant lentement la tête. Je ne veux pas que tu sois obligée d'encaisser. C'est l'horreur de mon passé. Mais toi... Tu es la réalité de mon présent. Tu es la preuve que j'en ai réchappé. J'espère que tu ne les verras jamais.
– Pourquoi les verrais-je ?
– La personne qui a envoyé ces pièces au tribunal doit encore en posséder des copies.
Et sa voix blanche me fait comprendre que cette évidence le rend furieux.
– Mais cette personne ne les divulguera pas, n'est-ce pas ? Après tout, ces images sont là depuis presque vingt ans. Elles ne sont apparues que lorsque tu as eu des problèmes.
– D'après mon expérience, dit-il, les choses que l'on exhume ont tendance à rester exhumées. Je ne peux guère dire le contraire.
– As-tu une idée de qui il s'agit ?
– Non, répond-il un peu trop rapidement.
– Il ne doit pas y avoir beaucoup de gens au courant de... Je n'achève pas. Bien que nous parlions depuis le début des abus qu'il a subis, je ne veux pas prononcer le mot. Ton père, peut-être ? Il tenait tellement à éviter que tu aies un procès.
Jeremiah Styles ne s'inquiétait pas pour la peau de son fils, mais pour son petit confort personnel. Le résultat final était cependant le même.
– C'est possible.
Il est évident qu'il ne tient pas à en parler.
– Je veux simplement que cette histoire soit finie pour toi, dis-je, trop heureuse de laisser tomber le sujet pour l'instant. Tu mérites le bonheur, Harry.
– Toi aussi, dit-il avec un regard ardent comme s'il imaginait de son côté toutes les cicatrices que je porte.
– Alors nous avons eu de la chance de nous trouver, dis-je.
Je ne veux pas penser au passé que j'ai mis si longtemps à laisser derrière moi. Seul m'intéresse mon avenir avec Harry.
Il laisse glisser sa main sur mes reins puis la passe sous l'étoffe pour toucher ma peau nue. De lentes et brûlantes caresses s'éternisent jusqu'à ce que je n'aie plus qu'une envie : arracher cette nuisette pour sentir ses mains sur chaque centimètre de mon corps.
– Tu sais ce que je veux, en ce moment ? murmure-t-il.
– Probablement la même chose que moi, dis-je, me dégageant de son étreinte. Mais nous sommes toujours dans une cabine d'essayage.
Il se rapproche, le regard brumeux.
– Il me semblait t'avoir expliqué quelle intimité mille euros peuvent acheter.
– Tu me l'as fort bien expliqué, je concède. Mais nous avons beaucoup de choses à fêter. Et tu mérites bien mieux qu'un petit coup à la va-vite dans une cabine.
– En l'occurrence, je ne voulais pas un petit coup à la va-vite.
– Ah bon ? je demande en me suspendant innocemment à son cou et en me collant contre lui pour me frotter langoureusement. Qu'est-ce que tu veux, au juste ?
Ses mains glissent lentement sur mes fesses et m'immobilisent, tout en me plaquant encore plus contre lui. Je sens son érection brûlante sous son jean.
– Toi, dit-il simplement. Je veux que tu sois nue, Nikki. Nue et brûlante, et mouillant pour moi. Je veux t'entendre gémir. Putain, je veux t'entendre supplier. Et je te promets, ma chérie, que rien ne se fera à la va-vite.
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Trilogie Styles [Tome 3]
Romansa'Beau, fort et dominateur, Harry Styles remplit un vide en moi qu'aucun autre homme ne peut combler. Ses désirs me poussent au-delà de mes limites et libèrent en moi une passion qui nous consume tous deux. Pourtant, derrière son besoin de dominance...
![Trilogie Styles [Tome 3]](https://img.wattpad.com/cover/36019020-64-k569756.jpg)