Chapitre 44 et final

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Point de vu Stéphanie

En quittant les Hampton, je me sens plus légère. Ce secret qui semblait vibrer à travers les murs de ce domaine, se révèle n'être à présent qu'un souvenir. Un passé flottant derrière nous dont les fantômes n'exorcisent plus les pensées. Des morceaux du puzzle se dévoilent pour former un tout, au contour bien distinct.

Ses parents se sont montrés charmants et nous ont invités prochainement pour les fêtes de Noël. Adam n'est pas tellement emballé mais je laisse l'idée mûrir lentement en lui.

Le retour sur New York fût reposant et empreint de sérénité. Le silence nous entourait parfois mais il n'était pas dérangeant. Ce week-end scelle un renouveau intéressant dans nos vies.

                                 *****

7h30, arrivée devant les portes de la tour de verre. Les portes de l'ascenseur se referment sur moi et personne pour m'en bloquer l'accès. Lorsqu'elles s'ouvrent sur l'étage des développeurs, je me sens oppressée. Je respire à fond et le calme refait surface. Je tiens à voir Colin une dernière fois avant son départ, demain matin. Loin de tous et du groupe. Ce couloir n'évoquera plus la même chose lorsqu'il sera à LA. Avec nostalgie, je me revois fureter cet endroit avec une angoisse naissante, un gobelet de café entre les mains. Nos fou-rires résonnent entre ces murs. Rien ne sera plus pareil. Bien que mes sentiments à son égard ne soient pas de l'amour, je tiens à lui comme une amie peut le faire et déteste l'idée qu'il sera loin d'ici, à 3000 km et à 3 heures d'ici.

A la porte légèrement entrebâillée, je toque et une réponse se fait entendre de l'autre côté.
Rien à voir avec le grognement caractéristique auquel je suis habituée. Debout derrière son bureau, la cravate dénouée sur une chemise au négligé étudié, Colin range ses affaires dans des cartons. Levant un regard sur moi, il orne ses lèvres d'un sourire satisfait.

— J'savais que tu viendrais... je te connais mieux que quiconque, souffle-t-il.
— Évidemment ! Quelle question ! assuré-je en approchant de lui à pas feutrés.

Évidement, oui, parce que cette connexion n'a jamais cessé même après notre relation.

Il continue son rangement minutieux où chaque chose est à sa place. Calmement. Mon cœur s'agite dans ma poitrine tandis que je demeure hésitante. Concentré sur sa tâche, il garde la nuque basse. Profitant du fait que ses pupilles ne me scrutent pas, j'ose enfin lui dire :

— Tu vas nous manquer ...
— Ça je le sais bien, j'suis irremplaçable ! ironise-t-il en levant un regard sur moi.
— On le sait ...

Ses yeux traînent suffisamment sur moi pour que la  gêne ressentie fasse que je n'ose plus rien ajouter. Et taire mes pensées n'aidera pas le bouillonnement incessant de mon esprit à se dissiper. Rapidement, mon souffle se coupe, ma gorge se noue et le flot d'émotions me submerge, au bord du gouffre. Aucun mot ne sort de ma bouche. Colin marque un arrêt, les yeux fixés sur les miens, mutique. Il a compris les tourments qui m'agitent sans même que j'ai à les lui exprimer. Et ça, c'est bien pratique. Contournant son bureau, il me domine à présent de sa hauteur et son regard azuré se teinte d'empathie.

— Tu es venue dans le but de me dire quelque chose. Je l'sais. Sache juste que tu resteras celle que tu es, ... celle qui a vu juste en moi, qui me comprend et a su m'ouvrir au monde... même si tu es avec mon meilleur ami, un lien indélébile demeure entre nous. Et personne ne pourra l'effacer. Tu es devenue ma meilleure amie mais je garde l'intime conviction que nous aurions pu faire mieux.

Je ne fournis aucune réponse. Il a su lever le voile sur mes tourments et cela m'arrange. Les choses sont tellement compliquées qu'il m'est impossible de décortiquer mes sentiments. Une chose est sûre : je ne peux me séparer ni de Colin, ni d'Adam. J'éprouve le besoin de les avoir dans ma vie, d'une manière ou d'une autre.

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