CHAPITRE XXXIV
Travailler avec Chris ?
- C'est une blague Monsieur, je m'étonne, encore sous le choc.
Ça ne peut pas être sérieux. Je ne peux certainement pas travailler avec Chris. En plus, depuis quand est-ce que Chris travaille ? En le regardant, je constate qu'il est tout aussi surpris que moi par ce que vient de dire son père. On dirait qu'il ne l'avait pas vue venir celle-là. C'était déjà étonnant qu'il ait accepté de le suivre jusqu'ici, lui qui ne s'entend pas du tout avec son géniteur. Oui ça prouve effectivement qu'il est sur la voie du chemin en essayant d'améliorer leurs rapports, mais tout de même... De là à accepter de travailler avec un Noir, qui plus est moi, je ne crois pas... Donc, forcément M. Davis nous joue un sale tour, étant donné qu'il a connaissance de nos rapports belliqueux. Oui, ça doit sûrement être une blague.
- Non ce n'est pas une blague, Daniel, confirme mon patron, le visage impassible. Vous allez travailler ensemble.
- Pfff... Non mais je rêve, râle mon ancien colocataire en se levant pour sortir.
Cependant, son père le retient par le bras pour l'en empêcher, pour mon plus grand désarroi.
- On avait un accord Chris, lui rappelle-t-il.
- Oui, je sais. Sauf que dans cet accord, il n'était mentionné nulle part, que je devais me coltiner ce Makak.
Même si je n'aime pas sa façon de parler, je suis content que pour une fois, nous soyons d'accord sur une chose. Ce que demande mon bienfaiteur est absurde.
- Parce que tu crois peut-être que le Makak, il aime sentir ta tête de raciste ?
- Je ne t'ai rien demandé, toi.
- Mais je n'ai pas besoin de ta permission pour parler, je te signale, rétorqué-je en me levant à la suite de M. Davis. Ici, c'est moi qui coordonne. C'est mon lieu de travail.
- Tu parles d'un travail, se moque-t-il. Ne me fais pas rire s'il te plaît. Même pour des millions, je ne bosserais pas là. Je me casse.
- Oui c'est ça. On a pas besoin de toi ici de toutes les façons. Tu n'es bon qu'à créer des problèmes. Je ne sais pas comment font les autres pour te supporter.
Oui, vous avez compris. Je cherche la bagarre. Peut-être qu'ainsi le cinquantenaire réalisera qu'il fait fausse route. Et aussi, ça me démange de le frapper depuis. Je n'en ai jamais eu l'occasion et j'ai fortement envie de lui tordre la mâchoire. Je sais qu'il n'est pas si fort que ça sans ces substances qu'il essaie certainement d'arrêter de prendre vu sa mine. Il gonfle pour rien. C'est un lâche.
- Je vais lui refaire le portrait, s'il ne la ferme pas.
- Ça suffit tous les deux.
- Tu ne sais rien faire de toi-même. Tu as toujours demandé qu'on le fasse à ta place. Mais tu sais très bien que d'homme à homme, je te casserais la figure.
- J'aimerais bien voir ça Négro, fait-il en avançant vers moi alors que son père s'interpose.
- Arrêtez maintenant !
- Ce n'est pas l'envie de te rendre tes coups qui me manque, mais je ne vais pas m'abaisser à ton niveau. Et dire que la pauvre Jessy pense que tu as changé... J'ai presque pitié d'elle.
- Tu la fermes, sale indigène.
- Toujours aussi égoïste et raciste. Comment voulez-vous qu'on collabore dans ces conditions ? Je demande à mon patron.
- C'est de loin la meilleure idée que tu aies de toute ta vie, mon cher Papa.
Comme je m'y attendais, c'est tout vert de rage que le fils à maman se dirige vers la sortie sous le regard exaspéré de son père qui n'essaie plus de le retenir. Mais sérieux, à quoi pensait-il en l'amenant ici ? Qu'on allait s'embrasser et collaborer main dans la main ? C'est ridicule. Même si nous n'avons plus eu d'altercation depuis, nos rapports n'en sont pas moins tendus. Je n'ai pas oublié tout ce qu'il m'a fait. Et ce n'est pas prêt d'arriver...
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Black and White
Ficción GeneralC'est assez difficile de rester indifférent face au racisme lorsque ton coloc en est un adepte... Sera-t-il facile de vivre avec lui ? De le supporter ? Ou vas-tu finir par l'apprécier malgré tous ses coups-bas ??? On n'est jamais mieux que chez soi...
