Chapitre 42

193 24 4
                                    

   Une odeur de viande grillée et de poisson fumé s'élevait dans le jardin parfaitement tondu et de fines volutes grisâtres s'estompaient dans le ciel aux couleurs douces de la soirée. Sanji, les manches de sa chemise bleue retroussées, s'affairait sur la terrasse avec la nourriture. Robin et Law dressaient la table, Nami préparait une salade et Tashigi sortait du four les muffins qu'elle avait faits. Un vrai dîner de roi se préparait à la villa des vacanciers.

   Zoro, lui, passait le balai avec humeur dans la grande pièce de vie. Il ne comprenait pas pourquoi l'autorité absolue en la personne de Nami lui avait imposé cette activité ingrate que de nettoyer le sol. C'était nul, c'était inintéressant, il avait faim, il voulait passer du temps avec Sanji. Une partie de shôgi, de go, de Mario Kart, une conférence sur la relativité restreinte, un débat sur la peine de mort. N'importe quelle occupation était meilleure que le balayage qu'on lui avait infligé.

   « Arrête de tirer une tronche pareille, on dirait que t'as pris trente ans d'un coup !

   — Viens balayer à ma place, au lieu de faire des commentaires ! rétorqua-t-il à Bonney qui grignotait des cacahuètes sur un fauteuil, les deux jambes balancées en travers de l'accoudoir.

   — T'es grand, tu peux le faire tout seul !

   — A table ! » clama Sanji, mettant un terme à leur embrouille.

   Zoro abandonna avec joie son ménage, se jeta dehors et s'assit à la première chaise qui fut à sa portée. Un délicieux fumet émanait des plats au centre de la table. Différentes bouteilles de soda et de bière étaient proposées, des tomates cerises et des olives trônaient dans de l'huile pimentée et des noix de cajou salées étaient disposées dans de petits bols. C'était appétissant et le vert mourrait de faim. Une bonne demi-heure que son ventre gargouillait en entendant le dîner se préparer doucement, bien trop à son goût.

   « Ç'a l'air super bon ! s'exclama Tashigi en s'attablant à son tour.

   — Ça l'est ! » confirma Sanji en apportant un dernier plat de côtelettes de porc, de merguez et de yakitoris au poulet. Il s'assit en face de Zoro, à la place la plus proche du barbecue et lui sourit légèrement.

   « Merci pour le repas ! » s'écrièrent-ils tous en cœur avant de se jeter avec appétit sur la viande, les apéritifs, la salade composée et les boissons.

   Ils discutèrent tous ensemble, crièrent parfois, rirent beaucoup et burent modérément, excepté Zoro qui s'enfila trois bouteilles à lui tout seul avant la fin du repas. L'obscurité s'installait en même temps que la fraîcheur, mais les rires ne s'arrêtaient pas, la bonne humeur non plus. C'était si paisible...Ils n'osaient pas penser à leur retour au Japon à la fin de la semaine, à la reprise de la fac, du travail, des responsabilités et de la routine. Pour Zoro, cela signifiait aussi la fin de sa proximité avec Sanji, de leurs rapprochements affectifs et physiques. Il fronça les sourcils et engloutit un tiers de bouteille de bière en une gorgée. Depuis quand s'inquiétait-il de ce genre de futilités ?

   Il était de plus en plus conscient de s'être attaché au blond. Il s'en giflait mentalement à chaque fois qu'il y pensait. A son arrivée en France, il était déterminé à lui faire la misère et à rendre son séjour insupportable. Il avait pris plaisir à sans cesse le provoquer, à le voir énervé et décontenancé. Mais il avait également adoré ses sourires francs, sa joie enfantine dès qu'il réussissait quelque chose, son sens de la répartie, son audace, ses talents culinaires. Il soupira et finit sa bière d'une traite. Ces futilités lui prenaient bien trop la tête.

   « Eh Zoro, on fait un action ou vérité ? lança Luffy en débarrassant les assiettes et les couverts.

   — J'ai une meilleure idée, à base de questions compromettantes et d'alcool, proposa Yamato.

Not Emily in Paris but Zoro et Sanji à la placeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant