Chapitre 37

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   C'était bruyant.

   Le ciel au-dehors s'était paré de ses couleurs flamboyantes qui annonçaient le rafraîchissement vespéral de fin de la journée. Les mouettes n'avaient cessé de faire entendre leurs piaillements stridents, mais elles passaient presque inaperçues dans le brouhaha ambiant qui régnait dans la petite taverne. Une ambiance rétro tout en bois, en tabourets hauts kitsch et aux vinyles des années 80 accrochés aux murs qui n'étaient pas sans rappeler l'enfance de certains des clients du bar avait charmé le groupe d'amis pour y boire un coup.

   Zoro en était à son deuxième verre de bière. Le bruit l'avait déconnecté de la réalité, il était tourné vers ses pensées et sirotait distraitement le liquide ambré sans se préoccuper du débat animé ente Bonney et Nami sur la musique qui était diffusée. Il réfléchissait sur tout et sur rien, mais surtout sur rien. Il jouait avec ses boucles d'oreilles dont le tintement se perdait dans la masse bruyante de l'espace clos.

   Il se leva pour aller aux toilettes. Adressant des sourires poliment désolés aux personnes qu'il bousculait, il se fraya un chemin en jouant des épaules, étonné d'une telle affluence. Son affaire finie, il voulut retourner à sa place, mais un jeune homme asiatique l'interpella d'un sourire. Zoro se retourna, incertain qu'il s'adressait bien à lui.

   « Toi, mon joli, lui lança l'inconnu en japonais en l'invitant à le rejoindre d'un haussement de sourcils.

   — On se connaît ? » demanda le vert, méfiant. Il s'approcha malgré cela, curieux qu'il l'apostrophe de la sorte.

   Le jeune homme avait les cheveux bleu électrique et le sourire arrogant de quelqu'un qui ne doutait pas. Accoudé à une table haute, un verre de grenadine à la main, il émanait de lui une espèce de prestance indescriptible donc Zoro ne savait déterminer l'origine. Il n'était pas grand, pas excessivement musclé, avait des joues rebondies qui lui donnaient un air juvénile et un tatouage de Pikachu sur l'épaule. Rien de bien sérieux, pourtant, inexplicablement, il en imposait.

   « Tu ne passes pas inaperçu, avec ton œil, reprit-il en désignant sa cicatrice. C'est drôle, tu me rap...

   — Qu'est-ce que tu veux ? l'interrompit Zoro, sceptique devant ce numéro de séduction qui ne lui disait rien qui vaille.

   — Toi. Lui, dit-il en pointant du doigt Sanji qui riait aux éclats avec Bonney. Je suis curieux de savoir qui va faire le premier pas.

   — Qu'est-ce que tu veux ? répéta-t-il d'un ton plus menaçant, commençant à s'impatienter.

   — Moi ? Rien, si ce n'est incarner la Providence, » s'exclama-t-il avec un grand sourire. Il se pencha vers Zoro, un air de confidence au visage. « J'ai vu comment tu le regardais, même inconsciemment. C'est wow, intense. J'ai vu comment il te regardait aussi. Et je pense que ce serait sacrément dommage de ne rien faire pour vous.

   — T'es taré, bordel. Ça...

   — Embrasse-moi. »

   Le vert ne sut quoi répondre, soufflé par l'audace de l'inconnu. Il arqua un sourcil à défaut de dire quoi que ce fût. Comment cet homme qui ne le connaissait ni d'Eve, ni d'Adam, pouvait-il prétendre avoir cerné les mécanismes de leur relation, à Sanji et lui ? Il dégageait la même aura mystérieuse que Robin, celle d'être en possession de tout le savoir de l'univers et d'en garder jalousement les secrets pour ne disposer que d'enseignement aussi incomplets que flous.

   Sa proposition était tout à fait incongrue. La suffisance nécessaire requise pour déclarer quelque chose de tel sans broncher était époustouflante. Zoro n'avait pas besoin de l'avis d'un tiers quelconque, encore moins de son aide pour faire évoluer les liens qu'il partageait avec le blond. Il lui jeta un coup d'œil par-dessus l'épaule de l'homme aux cheveux bleus. Leurs regards se croisèrent.

Not Emily in Paris but Zoro et Sanji à la placeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant