Chapitre 25

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   Trois-cent-vingt-deux, trois-cent-vingt-trois, trois-cent-vingt-quatre, trois-cent-vingt-cinq, trois-cent-vingt bon sang, les tuiles lui cisaillaient les paumes ! Il était certain d'avoir les mains entaillées par le tranchant de l'ardoise, les orteils aussi. Le toit n'était décidément pas le lieu idéal pour faire des pompes. Mais la hauteur, le vent lourd et les lumières de la ville le consolaient amplement. La tranquillité du lieu apaisait son humeur tumultueuse et taisait le grondement de ses idées.

   Une canette de bière apparut dans son champ de vision. Surpris, il s'arrêta et s'assit en tailleur, levant la tête vers Sanji. Ce dernier était arrivé du côté de son mauvais œil et le bruit de ses pas avait été étouffé par les bourrasques. Il s'assit un peu à l'écart, une cigarette coincée entre les doigts et une canette entre les jambes. Zoro leva un sourcil suspicieux, mais ne broncha pas pour autant en décapsulant sa bière. Cette visite impromptue le laissait perplexe.

   « Je...suis conscient d'avoir merdé, » commença le blond, ostensiblement mal à l'aise. Le vert se garda bien de répondre, se contentant de siroter sa boisson sans le quitter de l'œil. De quoi le faire se sentir encore plus embarrassé. « Arrête de me fixer, t'es gênant !

   — Serait-ce du rouge que j'aperçois sur tes joues, blondinette ? » demanda-t-il sans cesser de vriller sur lui son iris sombre. Malgré l'obscurité ambiante, il devinait la couleur qu'avaient prises ses pommettes.

   « Ferme-la, ordonna-t-il en cachant son embarras dans une gorgée de bière. Je me suis excusé auprès de Tashigi d'amour, mais ne t'attends pas à ce que je fasse pareil pour toi !

    — J'avais bien compris. »

   C'étaient des excuses. Maladroites et terriblement de mauvaise foi, mais des excuses. Zoro était touché de le voir ici, de constater qu'il avait pris la peine de braver sa fierté, monter sur le toit et formuler, non sans grincer les dents, des excuses. Il n'esquissa cependant pas de sourire, n'eut aucun regard plus tranquille pour lui. Venger un manque de respect était honorable, cependant garder rancune inutilement était indigne. Il soupira et vida sa canette d'une traite.

   « J'ai réfléchi aussi et je me suis dit que j'avais pas été super cool. A plusieurs reprises, ajouta-t-il en observant pensivement les entailles sur ses paumes et le sang luisant qui en coulait. Je vais te rendre tes clés.

   — T'es sérieux, là ? s'étonna-t-il, son sourcil enroulé arqué de surprise. Qu'est-ce que tu veux en échange ?

   — Une autre bière, répondit-il immédiatement, bien qu'à l'origine, il ne souhaitât rien.

   — T'abuses. »

   Sanji se leva et ses genoux craquèrent. Il écrasa sa cigarette sur la cheminée et descendit prestement. Zoro frissonna. Il faisait drôlement frais lorsqu'il arrêtait de s'agiter. Il n'eut pas à rester bien longtemps dans le froid puisque le blond revint vite, deux nouvelles canettes que ses longs doigts maintenaient miraculeusement ainsi qu'une trousse bleue.

   « Montre tes mains.

   — Ma bière d'abord, protesta-t-il en serrant brusquement les poings, ce qui était pour le moins désagréable.

   — Les mains d'abord, répliqua l'autre en se rasseyant, plus près cette fois-ci. Joue pas au plus fier, t'as les deux mains blessées. C'est quand même très con pour un sabreur.

   — Fiche-moi la paix, » grogna-t-il en se relevant, mais Sanji l'en empêcha. Il saisit son bras qu'il coinça sous le sien, noua ses jambes à une des siennes puis mit tout son poids sur lui. Il ne bougerait pas ainsi. Consterné de se faire maintenir au sol (au toit mais passons) de la sorte, Zoro tenta de se dégager, en vain. « Je prends ça pour une agression !

Not Emily in Paris but Zoro et Sanji à la placeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant