A l'intérieur du Château, je sentais l'odeur du vin et du cuir, le parfum trop sucré des robes de cour et la sueur des hommes qui tentaient de trouver des potentiels épouses à diriger.
J'avançai.
Ma robe rouge écarlate épousait mes formes sans la moindre pudeur. Le décolleté ne laissait que peu de place à l'imagination, et la fente dévoilait juste assez de peau pour provoquer. À chaque pas, le tissu effleurait le sol de marbre, et je sentais déjà les regards se poser sur moi.
Celui des femmes, me jalousant, me jugeant en chuchotant. Ceux des hommes, se demandant comment ils arriveraient à me sauter. Et enfin...
Celui du prince.
Arthur, fils du roi Estion.
Ma cible.
Ma mission.
Je croisai son regard une fraction de seconde à peine, juste assez pour l'accrocher, avant de m'en détourner volontairement. Laisser croire que je n'étais qu'une autre invitée frivole. Une erreur de jugement.
Je me dirigeai vers le bar et commandai une bière, puis m'assis, dos à la salle.
— Vous...
La voix était grave. Proche. Trop proche.
Je tournai la tête.
Et le monde sembla se contracter autour de lui.
Cheveux blancs tirant sur l'argent, attachés négligemment. Yeux gris, durs comme l'acier, observateurs, pénétrants. Son visage portait les marques de batailles que personne d'autre dans cette salle n'aurait survécues. Sa présence avalait l'air, comme si même la musique hésitait à respirer trop fort.
Je le reconnus immédiatement.
Geralt de Riv. Le Loup Blanc. L'ensorceleur.
Mon souffle se fit un peu plus court, mais je refusai de le montrer. Il était fidèle à toute représentations, même plus impressionnant encore...
— Loup Blanc, dis-je en prenant une gorgée de bière. Je pourrais prétendre ne pas vous connaître, hélas... tout le monde sait qui vous êtes après tant de monstres tués. Que faites-vous ici, à un bal si peu... distrayant ?
Ses lèvres se retroussèrent dans ce qui ressemblait davantage à un grognement qu'à un rire.
— Je pourrais vous retourner la question, Cavalière Rouge.
Je fronçai les sourcils malgré moi.
Comment il...
— Je pourrais aussi prétendre ne pas vous connaître, continua-t-il. Mais ce n'est pas le cas. Vos talents en matière de sournoiserie font parler de vous dans bien des villages, ces derniers temps.
Une tension froide glissa le long de ma colonne vertébrale.
— Voler, tuer des hommes infidèles et cacher des corps reste tout de même moins impressionnant que combattre des démons, répondis-je en buvant de nouveau.
Un autre grognement.
— Les démons prennent parfois forme humaine.
Je me tournai vers lui, le défi brûlant dans les yeux.
— Et parfois, les monstres portent des couronnes.
Un silence s'installa. Dense. Électrique.
Je sentais son regard me détailler, pas avec la lubricité des autres hommes, mais comme un chasseur jauge une menace potentielle.
— Vous n'êtes pas ici pour le prince, lâcha-t-il soudain.
Je manquai de m'étrangler.
— Pardon ?
— Votre regard ne s'attarde pas sur lui comme celui d'une femme intéressée. Vous le surveillez. Comme une cible.
Je souris lentement.
— Vous voyez des monstres partout, Loup Blanc.
— Et vous mentez mal, Cavalière Rouge.
Avant que je puisse répondre, une main se posa sur mon bras.
Le prince Arthur.
— Je ne savais pas que ma future épouse préférait la compagnie des mercenaires, dit-il en souriant.
La main de Geralt se crispa imperceptiblement sur sa chope.
— Elle a de meilleurs goûts que vous ne le pensez, répondit-il froidement.
Le prince ricana.
— Prenez garde, sorceleur. Vous oubliez votre place.
Geralt se leva lentement. Il était très impressionnant.
— Je connais très bien ma place.
La tension devint suffocante. Je sentais que tout pouvait basculer. Du sang, ici, maintenant. Et ce n'était pas le plan.
Je me levai à mon tour, glissant ma main sur l'avant-bras de Geralt.
— Messieurs, dis-je doucement. Ce soir est une fête.
Mes doigts restèrent une seconde de trop sur sa peau.
Je sentis son regard se poser sur moi, plus sombre. Plus brûlant.
— Dansez avec moi, Geralt de Riv.
Le silence tomba.
— Ce n'est pas une requête, ajoutai-je.
Il hésita. Une fraction de seconde.
Puis il hocha la tête.
La musique nous enveloppa. Sa main se posa sur ma taille, ferme, brûlante, indécente. La mienne trouva son épaule. Nous bougions ensemble avec une lenteur calculée, comme si chaque pas était une négociation dangereuse.
— Vous jouez à un jeu mortel, murmura-t-il contre mon oreille.
— Je gagne toujours.
— Jusqu'au jour où quelqu'un vous attrape.
— Et si j'avais envie d'être attrapée ?
Son souffle se fit plus chaud. Plus proche.
— Je ne suis pas un prince, dit-il. Je ne sauve pas les femmes comme dans les contes.
— Tant mieux. Je déteste les contes.
La musique s'éteignit. Mais aucun de nous ne recula.
— Vous êtes un danger pour moi, Geralt, soufflai-je.
— Vous l'êtes aussi.
Nos visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres. Je sentais son souffle, son hésitation, sa lutte intérieure.
— Alors faisons quelque chose de stupide, dis-je.
Et je l'embrassai.
Ce ne fut pas doux.
Ce fut brutal, affamé, chargé de tout ce que nous refusions de dire. Sa main se referma sur ma nuque, et il répondit sans retenue, comme s'il avait attendu ce moment bien plus longtemps qu'il ne l'admettrait jamais.
Quand nous nous séparâmes enfin, essoufflés, le monde autour de nous avait disparu.
— Cavalière Rouge..., murmura-t-il.
— Loup Blanc.
Et pour la première fois de la soirée, je sus que ma mission venait de changer.
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𝕴𝖒𝖆𝖌𝖎𝖓𝖊
FanfikceAlors prête à vivre ton histoire avec ton crush de toujours ? Si oui alors clique et choisi le personnage que tu souhaites... (ne pas se fier à l'écriture des premiers chapitres, c'est bcp bcp mieux après)
