C'est pas moins de deux heures plus tard que finalement tout s'arrête.
Mon apnée inconsciente cesse.
Je finis par me sentir légère.
Des centaines de millers de commentaires de soutien.
Me parviennent d'une façon virtuelle.
Pourtant je ressens chacun des mots que l'on m'adresse.
Passant par les félicitations d'avoir pris la parole.
Ou par les motivations des femmes de ce milieu.
Je sens tout autour de moi le soutien des millers de femmes.
Je me sens enfin bien.
Tant bien que je finis ma soirée à regarder mes réseaux sociaux sans m'arrêter dans une frénésie inattendue.
Je me sens de nouveau moi.
Pourtant c'est jeudi matin que ma réalité professionnelle me frappe.
Je n'ai plus de travail. Mon contract s'est arrêté.
Je ne suis pas dans un avion pour assister à une course. Non.
Je suis chez moi.
Dans ce même canapé.
Dans cette même position.
Loin des monoplaces et de leurs bruits.
J'espérais qu'on ne m'oublie pas. Qu'on finisse par m'appeler, me proposer un contract et j'accepte.
Mon téléphone n'avait pas sonné et j'étais toujours là dans mon salon.
Alors me voilà à refaire mes vidéos, toute excitée après un dimanche mouvementée.
Je ressens énormément de nostalgie à cet instant. Peut-être que ces moments, simple autant qu'ils le soient, m'ont manqué. Finalement peut-être que oui. Je n'en ai jamais eu l'impression.
J'avais toujours été pressée de quitter mon appartement chaque week-end, de me jeter dans un taxi et ne plus me retourner.
C'est ce dont j'avais toujours rêvé, avoir l'opportunité de vivre dans le tourbillon qu'est le formula 1.
Entre deux sushis, je me permets de poster mes vidéos.
Avec la vague de soutien que j'ai reçu.
C'est le moment parfait pour être productive, montrer mon talent et faire ce que j'aime le plus.
Il faut le dire je n'avais pas été au courant de ma réalité.
Mon monde, presque entier, avait changé.
Je crains que je suis restée là. Au lieu de le suivre.
Ma réalité actuelle était qu'à présent mon contenu était regardé dans la minute.
Tant bien que je n'avais pas le temps de vérifier les réglages que des centaines de personnes l'avaient vus et jugés.
Que ma boîte mail m'angoissait tant elle était pleine.
J'ai voulu m'abandonner aux sushis et au programme télévisé pendant un instant mais un mail me retient.
Il porte le nom d'une célèbre écurie et il n'a rien à voir avec les soldes de leur boutique.
"Nous serons heureux de vous avoir à nos côtés, au sien de l'équipe. Pour un week-end de course.
Pour toutes informations supplémentaires merci de nous contacter au.."
Mercedes vient de me contacter.
Mes baguettes encore en mains, je reste un instant à ne rien faire.
Le temps semble s'arrêter et il me faut plusieurs vifs relectures pour m'arrêter. Pour me sortir de cet arrêt sur image.
Mercedes vient de me contacter.
- Mercedes vient de me contacter.
- Arrête!
- Non. Je t'assure que c'est vrai.
Assise sur une terrasse parisienne, deux cafés encore chauds. J'annonce à ma meilleure amie la bonne nouvelle.
- Explique moi.
- Je viens d'avoir la femme qui s'occupe des médias. Ils m'invitent pour passer le week-end avec eux, en échange je dois faire une vidéo où je montre les coulisses et je présente les femmes de l'équipe.
- Féministe en plus? Tu as déjà commencé ta valise?
Je pouffe de rire car presque oui.
Nous sommes seulement mardi et pourtant je suis prête.
La blonde à mes côtés me félicita et me rappela de toujours profiter.
C'est ce que je compte faire.
Profiter.
Évidemment c'est en pleine nuit que j'atterris, les vols sont sûrement les moins chers.
Pourtant le paysage nocturne me semble valoir beaucoup plus que celui de la journée.
Un sourire se cachent entre mes angoisses, de ne pas être à la hauteur.
- Bonne nuit. À demain.
Je coupe ma caméra. Je sens que mon contenu risque d'être le meilleur.
- Les pilotes vont pas tarder à arriver.
L'équipe Mercedes est déjà là et mon cerveau a presque cessé d'enregistrer les prénoms qu'on me dit.
J'ai rencontré énormément de personnes, ils m'ont tous bien accueillis.
Je me perds parfois entres des discussions de professionnels dont les termes sont complexes. J'essaie malgré tout de suivre le cours des choses.
- Salut.
Une voix se fait entendre et les personnes qui se tiennent près de moi se retournent.
Un blond nous sourit en attente de notre réponse.
Mick Schumacher, le pilote de réserve de cette écurie est là.
Il nous montre son poing et nous lui tapons dessus.
- Salut, Maëlle.
Je me présente car je doute qu'il me connaisse.
- Enchanté. Tu vas passer le week-end avec nous?
J'acquiesce légèrement intimidée maintenant que tout devient réel.
- Génial. J'espère que ça va te plaire.
Son optimisme et son sourire illumine un peu plus la pièce.
- Ça me plaît déjà pour être honnête.
Il pouffe légèrement de rire avant de cesser et nous quitter des yeux pour continuer de saluer le reste de l'équipe.
Par automatisme lors d'un silence, il m'arrive d'allumer mon téléphone pour fausser un intérêt ou de tout simplement jouer avec doigts par angoisse.
Plusieurs minutes plus tard, les pilotes font leurs entrées dans le garage.
Ce qui signifie que la journée a commencé.
C'est Georges Russel qui s'avance en premier vers moi pour me saluer poliment.
Alors que l'entièreté du garage s'est mis en action et que moi aussi du coup.
Je sens une main se poser sur mon bras alors que je discutais.
- Tiens c'est pour toi. Tu as le choix.
Seul ma tête se retourne premièrement puis lorsqu'il ne s'agit seulement de Mick Schumacher. Mon corps finit par se retourner.
Il me tends des vêtements de la boutique.
Je comprends que je suis la seule à ne pas porter un vêtement à l'effigie de l'écurie.
Alors je souris faiblement et regarde le tas d'objets.
- Sinon tu auras l'air d'une inconnue.
- Je n'y ai même pas pensé..
C'est une casquette que je finis par prendre et enfiler.
- Parfait.
- Merci.
De son visage il me fait comprendre que ça va de soit.
Puis je suis vite repartie, à filmer et à discuter avec l'équipe des médias.
La caméraman et la femme avec laquelle j'avais discuté par mail sont compréhensibles. Le début du tournage se déroule à merveille.
Ma matinée consiste à discuter avec les différentes femmes de l'équipe avant de les interviewer demain matin. Je réalise les plans d'ouverture, durant lesquelles je me présente et avance bêtement dans le garage vide.
J'introduis les femmes et l'importance de leurs présences.
En espérant inspirer ou toucher quelques jeunes filles ou jeunes femmes qui se sentent pas à leurs places.
- Bravo. C'est exactement ce qu'on voulaient..Merci pour cette matinée. On se retrouver plus tard?
Cette femme est claire et inspire l'ordre. Pourtant elle ne croise pas ses bras sur sa poitrine.
Seul son sourire et sa gentillesse l'aide.
La caméraman baisse aussitôt sa caméra pour rapidement la ranger.
Une fois dans le paddock. Je réalise que je suis seule.
Comme une adolescente au collège. Je me retrouve seule alors que les autres enfants mangent en compagnie.
Lorsque j'avance et que je remarque que tout le monde mangent. Ma faim se devine rapidement.
Le paddock est bruyant. Bruyant de centaines de discussions en même temps. De bruit de couverts. De cris.
Acceptant ma vérité, je m'avance devant un de ses stands de nourriture.
Regarde un instant la carte pour revenir à la réalité des clichés. L'air est américain, la carte l'est aussi.
Je finis par commander des nuggets et des frites que je déguste assise sur l'une des tables de son stand.
Comme à chaque fois que la solitude commence à devenir presque importante. J'allume ma caméra pour me divertir.
Je commente ma nourriture notant qu'elle est clichée et décide de me promener dans le paddock.
Celui-ci ne ressemble en rien aux autres. Les américains aiment surprendre et aller au delà des attentes.
Je m'apprête à couper la caméra lorsque je n'en ai pas le temps car je vois quelqu'un s'arrête devant moi.
Venant à toute allure et aussi surprenant soit-il quelqu'un s'est arrêté en face de moi.
Ma caméra collée contre moi tant je ne m'attendais pas.
- Salut.
Le mot se tient seulement en deux lettres lorsqu'il est prononcé en anglais.
C'est à l'entente de sa voix et son accent que je me rappelle de le froideur que j'avais eu face à son message.
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Trust me
Fanfiction"Ces derniers jours ont été à usage unique. Peut-être que je l'étais aussi. Moi. À usage unique. Pour lui." Lorsqu'une journaliste rencontre le monde des pilotes et les failles qu'ils représentent. Entre joies et tristesses finira-t-elle par re...
